Macky Sall à l’ONU, une candidature française

Une candidature portée depuis Paris
C’est le président français qui est à la baguette. Emmanuel Macron n’avait-il pas pris l’ex-président du Sénégal à son service comme « envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P) » avant même l’élection présidentielle de mars 2024 ?
Il lui est apparu sans doute par la suite que l’ambition de cet allié zélé de la France de diriger l’ONU pourrait être autrement plus utile.
La bande des trois parrains français
Deux d’entre eux sont des grognards reconnus de la Francafrique : Alassane Dramane Ouattara et Dénis Sassou Nguesso
Le troisième est le porteur de flingue. C’est le général Évariste Ndayishimiye, arrivé au pouvoir au Burundi en 2020. Ce n’est pas un françafricain pur jus, mais son pays vient d’établir un « partenariat » avec la France, qui sous sanctions de l’UE depuis 2016.
Il a été élu par ses paires président de l’Union Africaine le 4 février 2026. C’est un chrétien évangéliste illuminé qui voit partout des « signes » de « Dieu le Tout-Puissant » dans « son destin hors du commun ».
Il faut considérer que le Burundi est sous enquête de la Cour pénale internationale (CPI) pour « actes de meurtre, d’emprisonnement, de torture, de viol et d’autres formes de violence sexuelle, ainsi que sur les cas de disparitions forcées » qui auraient été commis depuis avril 2015, sous le régime de son précédent et allié, Pierre Nkurunziza, alors que général d’armée, il était un des tous premiers responsables du régime.
Amnesty International et Human Rights Watch continuent de documenter les meurtres, les disparitions forcées et les actes de torture commis sous son propre mandat
La mise sous pression de Bassirou Diomaye Faye
Alassane Ouattarra lui, s’est chargé, très tôt, de « préparer » Bassirou Diomaye Faye. C’était l’objet de la première visite du nouveau président sénégalais en Côte d’Ivoire, le 7 mai 2024. Il voulait se faire une idée sur le nouveau président sénégalais et voir s’il était possible de l’intégrer à la manœuvre ou au moins d’obtenir sa neutralité.
Le président ivoirien déclarea à l’issue de la visite que les deux présidents étaient en « convergence totale des points de vue » et « complètement en phase sur les questions internationales et de coopération régionale ».
Dès lors, le président ivoirien multiplie les démarches : nouvelle rencontre à Abidjan, le 8 décembre 2025, lors de sa investiture pour un 3eme mandat présidentiel, puis relance ce mois son vice-président, M. Koné Meyliet ci. Dénis Sassou Nguesso, s’y emploiera également.
Il semble que c’était là, en réalité, l’objet de la visite officielle du président sénégalais à Brazzaville, les 2 et 3 février 2026
Bassirou Diomaye Faye at-il refusé sa caution officielle tout en s’engageant à ne pas s’y opposer officiellement ? Est-ce là, la raison pour laquelle il a évité le 39e Sommet ordinaire de l’Union africaine qui s’est tenu les 14 et 15 février 2026 à Addis Abeba, en s’y faisant représenter par Ousmane Sonko ?
Le bluff diplomatique du président Évariste Ndayishimiye
Le président Évariste Ndayishimiye a en tous cas alors tenté de porter la candidature par son pays, tout en jouant d’ambiguïté, avec son statut de président de l’Union Africaine, pour était celle de l’Union Africaine. Il s’agissait de présenter Macky Sall comme le candidat unique de l’Afrique unie sous la direction du président du Burundi.
Aucun dossier d’une quelconque candidature n’avait, bien entendu, été discuté à aucun moment par les chefs d’État lors du Sommet.
Le président de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf n’aurait pas manqué d’exprimer sa désapprobation de cette tentative d’instrumentalisation de l’organisation panafricaine.
Macky Sall est disqualifié pour diriger l’Organisation des Nations Unies
Le parrainage de ces figures honnêtes de la Françafrique et le recours à cette manœuvre tortueuse pour présenter sa candidature, suffiraient à discréditer la candidature de Macky Sall.
Mais il y a plus grave.
Il y a les accusations documentées de violations des droits de l’homme, de crimes économiques et financiers, de violations de l’état de droit et d’atteintes répétées aux libertés, commis pendant ses deux mandats de président de la République du Sénégal, de 2014 à 2024 ;
Les organisations de droits, ont ainsi recensé et documenté 65 morts à travers le Sénégal, dont 51 tués par balles, entre mars 2021 et juin 2024, à la suite de la répression policière des manifestations de protestation pacifique.
Ces organisations relèvent que plus de 1 000 personnes ont été blessées par les forces de l’ordre appuyées et encadrées par des civils armés et que plus de 2 000 personnes ont été arrêtées arbitrairement et emprisonnées sans jugement durant cette période.
Des audits de la Cour des Comptes du Sénégal réalisés après l’élection de 2024 ont révélé que le régime de M. Macky Sall a dissimulé 7 milliards de dollars (plus de 4 000 milliards F CFA) de la dette extérieure du pays, accumulée entre 2019 et 2024. Cette dissimulation, portant la dette réelle à 132% du PIB a provoqué la suspension du programme d’aide du FMI de 1,8 milliard de dollars en 2024 et la dégradation de la note de crédit du Sénégal, a plongé le Sénégal dans une grave crise économique et sociale.
M.Macky Sall est également interpellé pour des atteintes à l’état de droit, pour sa provisoire, le 3 février 2024, de rapport sine die de l’élection présidentielle, prévue pour le 25 février et pour la dissolution du Pastef, alors principal parti d’opposition.
Toutes ces accusations sont documentées par des institutions de l’Etat du Sénégal et par des organisations internationales des droits humains.
Sa candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies se heurte ainsi aux principes fondamentaux de l’organisation que sont la promotion et la protection des droits humains, le respect des principes démocratiques et la promotion de la paix et de la sécurité dans chaque pays et à travers le monde.
Le silence problématique du régime Diomaye/Sonko
Reste cette question incontournable : comment expliquer que le régime Diomaye/Sonko ne se serait pas déjà opposés ouvertement à la candidature de Macky Sall, au nom des principes du Projet pour lesquels ils se sont dressés contre le régime APR/Benno pendant toutes ces années, en payant un si lourd tribut ?
Le succès de la candidature de M. Macky au poste de Secrétaire Général de l’ONU, représentait pourtant une atteinte grave à l’intégrité politique et au moral de leur régime.



