Diomaye Faye et les promesses des réformes

Élu triomphalement dès la première tournée en mars 2024, Bassirou Diomaye Diakhar Faye avait suscité un immense espoir avec son ambitieux programme de rupture. Deux ans après son accession au pouvoir, si des avancées sont notées sur le coût de la vie, plusieurs réformes majeures, notamment en matière de justice, d’emploi et de gouvernance, peinent encore à se concrétiser, nourrissant interrogations et attentes au sein de l’opinion.
Élu cinquième président de la République du Sénégal dès le premier tour, au soir du 24 mars 2024, avec plus de 54 % des suffrages, Bassirou Diomaye Diakhar Faye célèbre ce mardi le deuxième anniversaire de son accession à la tête du pouvoir exécutif sénégalais. Désigné comme plan B du parti Pastef après l’invalidation de la candidature de l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko, avec qui il avait mené une campagne électorale intense de dix jours à travers le pays sous le signe du tandem « Diomaye moy Sonko », l’actuel chef de l’État avait promis une batterie de mesures de rupture dans le cadre de la mise en œuvre du « Projet Pastef d’un Sénégal juste et prospère ».
Lors de son discours d’investiture, le 2 avril 2024, il avait annoncé cinq grandes mesures inscrites dans un chantier prioritaire, que sont la lutte contre la corruption ; la baisse du coût de la vie afin d’aider les Sénégalais à faire face aux besoins quotidiens ; la souveraineté économique et monétaire pour rendre le Sénégal plus autonome ; la réforme de la justice en vue de renforcer l’État de droit ; et la lutte contre le chômage des jeunes, notamment à travers la création d’emplois et la valorisation des talents. Aujourd’hui, 24 mois après son investiture, force est de constater que la concrétisation de certaines de ces mesures annoncées en grandes pompes n’est pas encore à l’ordre du jour.
En effet, si le gouvernement, sous la direction du président de la République et de son Premier ministre, a consenti des efforts notamment dans la réduction du coût des denrées de première nécessité ainsi que de certains matériaux de construction dont le ciment et le fer mais aussi du carburant et de l’électricité, les autres engagements restent, pour le moment, en suspens. Il s’agit notamment de la réforme de la justice pour renforcer l’État de droit, de la création d’emplois et de la valorisation des talents pour lutter contre le chômage des jeunes, établie à 19,2 % au troisième trimestre 2025 selon l’ANSD, de la souveraineté économique, ainsi que de la lutte contre la corruption, dont l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 maintient le Sénégal dans la zone rouge, malgré un score de 46 sur 100, attestant une légère progression d’un point par rapport à l’année précédente.
S’agissant de la réforme de la justice, les conclusions des concertations nationales sur cette question, organisées par le président de la République il y a bientôt deux ans, sont toujours en attente d’application. Le projet de loi organique relative à la nouvelle Cour constitutionnelle, appelée à remplacer l’actuel Conseil constitutionnel, le projet de révision de la Constitution, ainsi que le projet de loi organique relative au Conseil supérieur de la magistrature, de même que leurs décrets d’application, seraient déjà finalisés et transmis depuis l’année dernière à la présidence de la République pour validation. Il en est de même pour les textes consacrant le juge des libertés et de la détention, ainsi que pour les modifications des dispositions du Code pénal et du Code de procédure pénale, comme l’avait annoncé le chef de l’État dans son discours à la Nation à l’occasion du 65e anniversaire de l’indépendance du Sénégal, prononcé le 3 avril 2025.
Outre ces réformes, le chef de l’État, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, sont également attendus sur la concrétisation des recommandations issues du dernier Dialogue national consacré à la réforme du système politique, tenu du 28 mai au 4 juin 2025, et dont le rapport général a été remis au président de la République le 14 juillet de la même année. S’exprimant lors de la cérémonie organisée au Palais de la République, le chef de l’État avait d’ailleurs assuré que les recommandations prioritaires de ce document feraient rapidement l’objet de déclinaisons concrètes, tant sur le plan constitutionnel que législatif et réglementaire. À ce titre, il avait annoncé l’institution d’un comité ad hoc chargé d’assurer le suivi rigoureux de la mise en œuvre des mesures consensuelles issues de ce dialogue, qui a réuni, selon le facilitateur, le Dr Cheikh Gueye, plus de 700 participants en présentiel.



