Politique

Les hésitations du président de la République à soutenir Macky Sall révèlent une inquiétante fragilité diplomatique.

Alors que les futures batailles diplomatiques se dessinent autour de la succession à la tête des Nations Unies, une question se pose : pourquoi le Sénégal, pourtant réputé pour sa maturité diplomatique, peine-t-il à afficher un soutien clair à la potentielle candidature de l’ancien président Macky Sall ? Plus encore, pourquoi le président SEM Bassirou Diomaye Faye semble-t-il prisonnier d’une prudence politique qui risque de coûter cher à l’influence internationale du pays ? Car en géopolitique, l’absence de décision constitue déjà une décision.

Nous sommes confrontés à une rupture silencieuse avec la tradition diplomatique sénégalaise car depuis son indépendance, le Sénégal s’est bâti une réputation rare en Afrique : celle d’un État dont la diplomatie va au-delà des alternances politiques.

De feu SEM Léopold Sédar Senghor à SEM Abdou Diouf en passant par SEM Me Abdoulaye WADE puis Macky Sall, notre pays s’est imposé comme un acteur du multilatéralisme, un médiateur crédible, un partenaire prévisible. Et cette constance a permis au Sénégal d’occuper une place disproportionnée à son poids économique réel.

Aujourd’hui, les hésitations autour du soutien à Macky Sall marquent un glissement inquiétant : la diplomatie semble désormais influencée par les fractures politiques internes, les positions partisanes et les disputes de fontaines des populistes pastefiens. Or, lorsqu’un pays politise sa diplomatie, il affaiblit sa principale force : la continuité de l’État.

Le premier principe diplomatique est qu’une candidature sénégalaise doit commencer par notre pays lui-même. Dans les mécanismes informels de sélection du secrétaire général de l’ONU, une règle domine : aucun candidat sérieux ne souhaite exister sans un soutien national total et visible. Les grandes puissances et les blocs régionaux observent d’abord une chose : la cohésion du pays d’origine. Un soutien hésitant peut produire trois effets immédiats : affaiblir les négociations diplomatiques, réduire dans certains cas la crédibilité du candidat et décourager les premières alliances internationales. Autrement dit, le manque d’engagement du gouvernement actuel pourrait tuer une candidature avant même son lancement officiel.

L’actuel gouvernement pastefien craint-il un dilemme politique interne : soutenir Macky Sall pourrait irriter une partie de son électorat, ne pas le soutenir pourrait affaiblir l’image internationale du Sénégal. Mais gouverner consiste justement à arbitrer entre coût politique interne et intérêt stratégique national. En laissant s’installer l’ambiguïté, les autorités donnent l’impression que la diplomatie sénégalaise est devenue défensive, voire hésitante. Or, dans les relations internationales, l’indécision est interprétée comme un manque de leadership.

Le leadership de l’ONU représente un défi majeur pour le continent africain, historiquement sous-représenté aux postes exécutifs mondiaux. Un ancien président africain doté d’une expérience internationale, d’un réseau diplomatique établi et d’une visibilité mondiale constitue un atout stratégique rare.

Ne pas mobiliser pleinement l’appareil diplomatique sénégalais reviendrait à rater une opportunité d’accroître l’influence africaine dans la gouvernance mondiale. Le paradoxe devient alors frappant : à l’heure où l’Afrique réclame plus de voix dans le monde, un pays africain, le Sénégal dont est originaire Macky Sall, hésite à apporter les siennes.

Les chancelleries étrangères lisent les signaux politiques avec pragmatisme. Les hésitations actuelles peuvent être interprétées comme : une instabilité stratégique, une diplomatie de transition incontrôlée, un recentrage excessif sur les questions internes. Pour un pays encore fortement dépendant des partenariats internationaux, cette perception comporte un risque réel : la perte progressive d’influence dans les espaces décisionnels multilatéraux.

Le président de la République, SEM Bassirou Diomaye Faye, est confronté à une épreuve classique des nouvelles administrations issues d’une rupture politique : comment transformer un mandat de changement sans affaiblir la crédibilité internationale héritée du passé ? Refuser ou retarder le soutien peut satisfaire une logique politique interne à court terme.

Mais à terme, cela pourrait créer une image dangereuse : celle d’un Sénégal hésitant à défendre ses propres valeurs sur la scène mondiale. Or, les États influents sont précisément ceux capables de distinguer rivalité politique nationale et intérêt stratégique international.

Le monde entre dans une phase de recomposition : rivalités entre puissances, crise du multilatéralisme, redéfinition des équilibres mondiaux. Dans ce contexte, toute opportunité d’influence devient stratégique. La question n’est donc pas seulement celle de l’accompagnement individuel. C’est plus profond : le Sénégal veut-il rester un acteur diplomatique visible ou devenir un observateur prudent du système international ?

Nous risquons de payer un énorme coût géopolitique en cas d’hésitation, car l’histoire diplomatique enseigne une règle constante : les nations perdent rarement leur influence à cause de décisions audacieuses, mais souvent à cause d’un manque de décisions claires.

En tardant à soutenir la candidature de Macky Sall, les autorités sénégalaises prennent le risque de transformer une opportunité de projection internationale en symbole d’indécision stratégique. Car dans la diplomatie mondiale, le vide politique ne reste jamais vide : il est toujours occupé par d’autres. Qu’on le veuille ou non, Macky sera le prochain secrétaire général des Nations Unies.

Le Président Mr Bougar DIOUF Coalition Défense des Valeurs et Fondamentaux Républicains C2SR UNION PANAFRICANISTES UPS

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