Société, Culture

L’Afrique doit d’urgence repenser sa souveraineté absolue

La guerre a déclenché le 28 février dernier par les États-Unis et Israël contre l’Iran menace de plonger l’Afrique dans une nouvelle spirale inflationniste, ont alerté deux économistes invités de l’émission “Décrypter l’Afrique” diffusée le 24 mars 2026.

Ndongo Samba Sylla, économiste et responsable de recherche Afrique pour International Development Economics Associates, et Hippolyte Fofack, chercheur associé à l’Université de Harvard et ancien économiste en chef d’Afreximbank, ont analysé les conséquences du conflit pour le continent africain, dans un contexte où le baril de pétrole est passé de 70 à 97-110 dollars en quelques semaines.

“L’augmentation des tarifs depuis les ‘reciprocity day’ ont mis le monde dans un sentier inflationniste et cette crise iranienne viendra simplement amplifier les difficultés rencontrées par la plupart des pays africains font déjà face”, a expliqué Hippolyte Fofack, soulignant que l’Afrique affiche déjà un taux d’inflation moyen de 13%.

Selon Ndongo Samba Sylla, l’impact se fera sentir via les « 5 F » : fret, carburant, nourriture (via les engrais), engrais et finance. “À chaque fois qu’il ya un choc global, même si nous ne sommes pas concernés, nous subissons cela en raison de nos vulnérabilités structurelles”, at-il déclaré.

Le paradoxe pétrolier africain

Un constat accablant émerge : l’Afrique dépense 95 milliards de dollars par an pour importateur de pétrole raffiné, son poste budgétaire le plus important, alors que plusieurs pays du continent produisent du brut. “Même quand un pays est producteur de pétrole, il produit du pétrole et il exporte du pétrole brut et il réimporte du pétrole raffiné à des coûts exorbitants”, résume Hippolyte Fofack, citant l’exemple du Nigeria.

La capacité de l’Iran à résister face aux États-Unis et Israël a stupéfié les observateurs. “Je ne pense pas en toute netteté qu’un seul pays africain aurait pu faire ce que l’Iran nous a démontré au cours des quatre dernières semaines”, a reconnu Hippolyte Fofack.

Le secret de cette résilience ? “L’Iran forme comme ingénieurs chaque année plus que ce que la France et l’Allemagne forment”, a révélé Ndongo Samba Sylla. Le pays, sous sanctions depuis 47 ans, a développé une industrie militaire performante, notamment dans les drones, forçant les porte-avions américains à reculer.

Souveraineté : au-delà du politique

Les deux économistes ont plaidé pour une reforme du concept de souveraineté en Afrique. “La souveraineté ne se limite pas au contrôle territorial politique. Elle doit être industrielle, technologique, monétaire”, a martelé Ndongo Samba Sylla, rappelant que la Libye, pays le plus avancé socialement d’Afrique en 2011, a été détruite par l’OTAN.

Hippolyte Fofack a insisté sur l’urgence de l’intégration continentale : “Avec une banque centrale africaine qui serait conséquente, on créerait des conditions où sur un marché domestique qui réduirait le fait que la plupart des pays africains s’endettent en monnaie étrangère.”

La question des bases militaires étrangères en Afrique a été soulevée à la lumière des déclarations de Donald Trump au Premier ministre espagnol. “Quand un pays accepte d’avoir une base militaire qui est utilisée comme base arrière pour déstabiliser un autre pays, alors ce pays s’expose, devient belligérant de facto dans une guerre”, a averti Hippolyte Fofack.

Ndongo Samba Sylla a appelé à leur suppression : “On n’a pas besoin de bases militaires étrangères. Les États-Unis n’ont jamais aidé le Niger à lutter contre le djihadisme. Qu’est-ce qu’ils ont fait là-bas ? Gérer leurs propres intérêts.”

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