La bévue du jury d’appel de la CAF est passée totalement inaperçue

Alors que le monde du football africain attend avec impatience la décision du Tribunal arbitral du sport (TAS) sur la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025, une erreur significative dans la décision de la Confédération africaine de football (CAF) concernant le Sénégal vient d’être révélée. Cette bévue, passée inaperçue jusqu’à présent, met en lumière de graves violations de la réglementation et soulève de sérieuses questions sur le respect de la légalité.
Le 17 mars, le président et quatre membres du jury d’appel de la CAF ont pris une décision controversée : attribuer la victoire finale au Maroc au détriment du Sénégal. Le timing et le contenu de cette décision ont surpris de nombreux observateurs. Selon le document publié sur le site officiel de la CAF, la phrase introductive précise : « Le Jury d’Appel de la Confédération Africaine de Football (CAF) a décidé, en application de l’article 84 du Règlement de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), de déclarer forfait l’équipe nationale du Sénégal lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations TotalEnergies CAF Maroc 2025 (« le Match »), le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF).
Ce passage révèle une confusion monumentale. Comme le souligne le Camerounais François Dikoumé, docteur en droit du sport et arbitre du TAS, « c’est l’équipe nationale marocaine qui a joué contre le Sénégal, et non la Fédération royale marocaine de football ». Cette imprécision formelle a été considérée comme lourde de conséquences par plusieurs experts, car elle constitue une violation flagrante des normes fondamentales de la rédaction juridique et sportive.
Au-delà de l’erreur de formulation, le fond de la décision est également discutable. Le forfait d’une équipe dont le match a été validé comme terminé par l’arbitre constitue un exercice dérisoire et contraire aux articles applicables du code disciplinaire. L’article 32 précise que « les faits relatés dans les rapports des officiels de match sont présumés exacts » et qu’« en cas de divergence entre les rapports des différents officiels de match, le rapport de l’arbitre prime pour les faits survenus sur l’aire de jeu ». Toutefois, le rapport officiel de l’arbitre ne constate aucun abandon du match, ce qui affaiblit la décision du jury d’appel sur le fond.
La forme de la procédure comporte également des irrégularités notables. La participation du président de la Fédération tunisienne de football au jury constitue un conflit d’intérêt évident, puisque son pays pourrait affronter le Sénégal lors des futures compétitions. Par ailleurs, le président du jury n’a pas présenté les membres du jury, privant ainsi la partie sénégalaise de la possibilité de récuser un membre pour conflit d’intérêts. Selon les spécialistes, cette omission représente une « bêtise procédurale impardonnable qui détruit toute la procédure ultérieure » et pourrait conduire le TAS à annuler la décision de la CAF.



