Société, Culture

l’ultime carte militaire que les Houthis du Yémen s’abstiennent encore de jouer

Alors que l’Iran fait face aux offensives des États-Unis et d’Israël, la tension gagne l’ensemble du Moyen-Orient. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz est déjà paralysé par les menaces iraniennes, et des alliés régionaux comme le Hezbollah libanais participent activement aux affrontements. Cependant, au Yémen, les rebelles Houthis n’ont pas encore engagé leurs forces dans cette nouvelle phase du conflit. Une retenue temporaire qui suspend le pays à la menace d’une crise multidimensionnelle.

Bien que le chef du mouvement, Abdel-Malik al-Houthi, ait affirmé avoir « les mains sur la gâchette », le groupe n’a pas encore abattu sa carte principale : le blocage du détroit de Bab al-Mandeb. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, un responsable militaire iranien a déclaré le 21 mars à l’agence Tasnim que toute agression américaine contre les installations pétrolières de l’île de Kharg poussait Téhéran à déstabiliser la mer Rouge et ce point de passage situé à l’ouest du Yémen.

L’activation de ce front entraînerait des répercussions militaires immédiates. Abdulsalam Mohammed, directeur du Centre d’études et de recherche Abaad, explique à Al Jazeera qu’une implication des Houthis consisterait à cibler les installations énergétiques des pays du Golfe et à bloquer les navires. Une telle manœuvre provoquerait la reprise de la guerre interne au Yémen, en pause depuis la trêve d’avril 2022. Les forces gouvernementales yéménites, soutenues par l’Arabie saoudite et les États-Unis, viennent de reprendre le contrôle d’Aden et des provinces du sud. Elles pourraient profiter d’un affaiblissement des Houthis pour lancer une nouvelle offensive. L’accord conclu en mai entre les Houthis et Washington, qui avaient mis fin aux attaques en mer Rouge, serait alors caduc.

Sur le plan économique, les conséquences s’annoncent lourdes. Le Yémen importe 85 % de ses denrées alimentaires ainsi que son carburant. Mustafa Nasr, directeur du Centre d’études et des médias économiques, souligne qu’une perturbation au large des côtes entraînerait une hausse immédiate des prix. Notre rédaction note que les compagnies maritimes internationales ont déjà imposé aux importateurs une nouvelle taxe de « risque de guerre » s’élevant à 3 000 dollars par conteneur à destination du Yémen, bien que le détroit soit actuellement sécurisé.

L’impact s’étendrait également aux pays du Golfe, dont les économies soutiennent financièrement le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. Une prolongation du conflit réduirait cette aide vitale.

La situation humanitaire, déjà qualifiée de pire crise au monde par l’ONU, risque de s’aggraver. Jorge Moreira da Silva, directeur exécutif du Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), a alerté lundi sur le fait que les perturbations énergétiques et le blocage d’Ormuz menacent la sécurité alimentaire de pays comme le Soudan, la Somalie et le Yémen. Au niveau local, les initiatives humanitaires anticipent une catastrophe. Laila, bénévole à Sanaa présente par Al Jazeera, rappelle qu’une famille moyenne survit avec trois dollars par jour, un montant insuffisant en cas d’explosion des coûts de transport et des prix des denrées.

À Sanaa, la capitale contrôlée par les Houthis, les habitants redoutent le retour des pénuries. Saleh Ahmed, chauffeur de bus, craint qu’une fermeture de Bab al-Mandeb ne fasse disparaître le carburant des stations-service au profit du marché noir, le privé de son outil de travail tout en alourdissant ses charges quotidiennes.

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