Toubab Dialaw abrite la Biennale de la danse en Afrique, une occasion de valorisation des talents du continent

Le Sénégal se prépare à accueillir la Biennale de la danse en Afrique à partir du 29 avril prochain, un événement itinérant d’envergure qui devrait aider à positionner le pays comme un carrefour majeur de la création chorégraphique sur le continent africain.
La manifestation se tient jusqu’au 3 mai à l’Ecole des sables de Toubab Dialaw, à une cinqquantaine de kilomètres au sud de Dakar, sous l’égide de Germaine Acogny, figure emblématique de la danse africaine.
Selon Acogny, fondatrice de l’Ecole des sables, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de structuration du secteur et de valorisation des talents du continent et de la diaspora.
Les débuts de la manifestation coïncident avec la Journée mondiale de la danse, le 29 avril, ce qui offre une opportunité supplémentaire de mettre à l’honneur les danses contemporaines de toute l’Afrique et de sa diaspora.
Dans un entretien accordé à l’APS, la chorégraphe a insisté sur la portée de l’événement, soulignant que « ce n’est pas l’Ecole des Sables qui reçoit, c’est le Sénégal qui reçoit ».
Le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme “nous a reçus, le secrétaire d’Etat à la Culture aussi. Ils disent que ce n’est pas l’Ecole des sables qui reçoit, c’est le Sénégal qui reçoit. Et donc ils sont prêts à nous accompagner”, explique Germaine Acogny.
Elle souligne que l’organisation de cette Biennale, une première au Sénégal, constitue un signal fort envoyé au monde de la danse contemporaine, de même qu’elle met en avant les capacités du pays à accueillir de grands événements culturels.
L’initiative entend rassembler des entreprises africaines et de la diaspora dans un espace d’échanges, de création et de diffusion artistique.
Au total, « 340 compagnies de danse ont candidaté » pour participer compagnies à la manifestation, a révélé Germaine Acogny, précisant que le comité artistique a retenu « 15 compagnies d’Afrique et de la diaspora et 10 compagnies sénégalaises ».
Depuis 2016, la Biennale de la danse en Afrique est à portée par un comité de pilotage indépendant, par le biais notamment d’un travail de sélection visant à « garantir la qualité artistique » des performances, tout en offrant une « diversité de styles et d’approches ».
Au-delà des 25 spectacles au programme, la Biennale se veut également un espace de rencontre entre artistes et professionnels, avec la présence de 200 programmateurs venus du monde entier.
« Ils vont donner la chance à ces danseurs de pouvoir tourner en Europe », a-t-elle indiqué, plaidant pour une meilleure circulation des œuvres sur le continent africain.
Pour Germaine Acogny, accompagnée de ses deux associés Gacirah Diagne (directrice du festival Kaay Fecc) et Ardo Ka (chorégraphe et danseur), l’enjeu est aussi de favoriser un ancrage des artistes dans leur environnement d’origine, en encourageant leur retour et leur contribution au développement local.
Elle a ainsi insisté sur le fait que « ce n’est pas seulement un événement artistique, mais un levier de développement pour l’Afrique et pour le Sénégal ».
Entre ambitions artistiques et contraintes financières
Si la Biennale de la danse en Afrique suscite de grandes attentes, son organisation est confrontée à des défis financiers importants, a confié Germaine Acogny.
A quelques semaines de l’événement, les organisateurs peinent encore à boucler le budget nécessaire à sa tenue dans de bonnes conditions.
”Nous sommes contents d’avoir des partenaires qui nous accompagnons, mais nous sommes sur des charbons ardents”, a déclaré Germaine Acogny, une manière de dire que le temps presse pour le bouclage du budget.
Il manque ”à peu près (…) peut-être 80 millions” de francs CFA pour finaliser l’organisation, précise-t-elle.
Cette situation met en lumière les difficultés récurrentes auxquelles sont confrontées les initiatives culturelles en Afrique, notamment en matière de financement durable.
Malgré ces contraintes, les organisateurs restent déterminés à maintenir le niveau d’exigence artistique et logistique de l’événement.
Germaine Acogny a salué l’implication des autorités sénégalaises, soulignant que « le ministre de la Culture ainsi que le secrétaire d’État ont reçu les organisateurs de la Biennale ».
Elle assure que les autorités sont prêtes à accompagner ce projet, d’autant que la Biennale de la danse en Afrique apparaît ainsi comme un test de grandeur nature pour les politiques culturelles et la capacité des pouvoirs publics sénégalais à soutenir des projets structurants.
Pour la chorégraphe, l’enjeu dépasse le cadre de l’événement, car il s’agit aussi de « renforcer les mécanismes de financement » du secteur culturel africain.
Aussi appelle-t-elle à une meilleure reconnaissance de la culture comme moteur économique, rappelant que « l’art génère de l’économie ».
Dans cette perspective, Germaine Acogny perçoit la Biennale comme une opportunité de démontrer que les investissements dans la culture peuvent avoir des « retombées positives sur l’économie et l’image du pays ».
La Biennale de la danse en Afrique est lancée depuis 1997 par l’Institut français. Après Maputo, au Mozambique, en 2023, la manifestation va célébrer sa trentième année d’existence au Sénégal.



