le sommet de Dakar revient dans le sillage de l’Agenda 2063 de l’UA

Le Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique est de retour après deux ans d’interruption due au retrait de la France de son organisation. En lançant la 10ème édition de l’événement, le ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères l’a inscrit dans le sillage de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et de ses impacts espérés sur la défense, la sécurité et la stabilité du continent.
Le Somaliland finira-t-il par devenir une base militaire israélienne à l’extrême est de l’Afrique ? Le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) parviendront-ils à sceller une paix durable avec ou sans l’aide de puissances extérieures au continent ? L’Alliance des États du Sahel (AES) composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger saura-t-elle surmonter les défis gigantesques que lui promettent ses adversaires les moins virulents ? Jusqu’à quand l’extrémisme violent et le terrorisme continueront-ils d’être les facteurs directs de plusieurs centaines de milliers de morts et de déplacements de populations d’un pays à l’autre ?
Défis
Telles sont quelques-unes des questions sans réponse implicites dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA), dont l’ambition est d’avoir de réels impacts « sur la défense, la sécurité et la stabilité du continent » à cet horizon. Les premiers signaux de réponse ont pu être aperçus lors du « Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique », dont la 10ème édition est prévue les 20 et 21 avril 2026. Ce 28 mars, le ministère sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères (MIAAE) a réuni diplomates, experts militaires, chercheurs, scientifiques et journalistes pour lancer l’événement autour d’une rencontre baptisée « Déjeuner des éditorialistes ». D’où le sous-thème consacré à la relation entre les forces de défense et les médias « dans la gestion des questions de paix et de sécurité en Afrique ».
A ce sujet, “une attention particulière sera portée au rôle de l’information et de la communication dans la gestion des questions de sécurité sur le continent, dans un contexte marqué par l’influence croissante des médias sur la perception des crises. Pour ce faire, le sous-thème suivant sera lié au thème principal : “Les relations entre les forces de défense et de sécurité et les médias dans la gestion des questions de paix et de sécurité en Afrique”, peut-on lire dans la “Note d’orientation” de la réunion.
Fragmentation
Cheikh Niang, chef de la diplomatie sénégalaise, a rappelé que les défis sécuritaires sont aujourd’hui aigus tant en Afrique que dans les relations du continent avec le reste du monde. A cet égard, il a souligné qu’au-delà de l’aspect sécuritaire, les dimensions humaine, environnementale et économique doivent cristalliser l’attention des gouvernants à l’heure où la cybercriminalité et la criminalité transnationale prospèrent au détriment du développement de nos pays. De plus, la dépendance financière du continent vis-à-vis de ses partenaires traditionnels, la faiblesse des institutions étatiques et régionales et l’absence d’engagement politique compromettent l’accès à l’autonomie stratégique essentielle à la structure continentale qu’est l’Union africaine.
Lancé en 2013 lors du cinquantième anniversaire de la naissance de l’Union africaine, l’Agenda 2063 est considéré comme la vision stratégique qui doit transformer l’Afrique : démocratie solide et participative, économies viables, compétitives et interconnectées grâce à des infrastructures dédiées, industrialisation maîtrisée grâce à la valorisation sur place de ses immenses ressources, performances éducatives et sanitaires de premier plan au service des populations, intégration politique au service d’un continent influent sur la scène mondiale, etc. Mais, prévient le professeur Omar Ndongo du Cheikh Université Anta Diop de Dakar (Ucad), l’urgence doit s’imposer.
Manque d’autonomie stratégique
Aujourd’hui, “il y a une tendance assez notable à la désintégration, à la sécession, à la rébellion. La fragmentation s’accélère dans de nombreux Etats et l’explosion des menaces est présente partout”, souligne l’universitaire membre du panel d’experts invités à la réunion. Il faisait référence à la sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025, et à la paralysie prolongée de l’Union du Maghreb arabe (UMA) imputable aux tensions politiques entre le Maroc et l’Algérie à propos du Sahara occidental.
Bouclier institutionnel de l’Agenda 2063, l’APSA (Architecture africaine de paix et de sécurité) est « le socle sur lequel repose » toute l’ambition de l’UA pour le continent. Toutefois, sa réussite dépend de plusieurs facteurs dont le principal est l’autonomie financière, rappelle le professeur Ndongo. C’est ce qui permettra à l’Afrique de disposer de l’autonomie stratégique nécessaire pour mettre en œuvre son propre programme. En attendant, les difficultés actuelles de la Force africaine en attente (FAA) laissent le monopole de l’intervention armée aux Nations Unies.
A ce niveau, le général de corps d’armée Abdoulaye Fall, président du conseil d’administration du Centre d’études avancées de défense du Sénégal (CHEDS), a fait état des difficultés financières des forces africaines lors de la crise ivoirienne de 2010-2011 dont il a été un acteur direct. Après huit mois d’engagement, il n’y avait plus d’argent… Il a fallu faire appel à la France, à l’Union européenne (UE), aux Etats-Unis pour demander divers soutiens comme le paiement des salaires, le suivi de la logistique, l’approvisionnement en carburant des véhicules… C’était “une ambition face à la réalité”, a déclaré l’animateur des débats.


