l’appel pressant lancé aux députés pour imposer un nouveau mécanisme de filtrage

Avec plus de 11 millions d’internautes au Sénégal et une croissance annuelle frôlant le million de nouveaux utilisateurs, l’accès à internet s’est démocratisé à un rythme fulgurant. Cependant, cette connectivité massive, notamment via les smartphones, expose une population de plus en plus jeune à un espace numérique privé de garde-fous. Face à ce constat, une initiative formelle émerge pour réclamer une intervention législative immédiate afin de reprendre le contrôle sur les contenus accessibles aux mineurs.
L’alerte est portée par Mouhamadou Lamine Mbacké, président de l’Institut Africain de Finance Islamique (AIIF). Dans une tribune détaillée, dont les éléments ont été relayés par IGFM, il qualifie l’exposition non maîtrisée des enfants sénégalais au web de « bombe à retardement ». Selon le document, l’absence de filtres et de contrôle parental permet aux préadolescents d’accéder en quelques clics à des contenus pornographiques, à des réseaux de manipulation et à des individus malveillants.
Cette situation dépasse le simple cadre familial pour devenir un enjeu de souveraineté nationale. Les algorithmes et les plateformes, majoritairement conçues à l’étranger, échappent à la régulation locale et influencent directement le développement cognitif ainsi que les repères sociaux de la jeunesse.
**Un modèle inspiré des régulations internationales**
Pour étayer son propos, Mouhamadou Lamine Mbacké rappelle que la régulation de l’espace numérique est une dynamique mondiale. Il cite notamment la Chine, qui a imposé la vérification d’identité des mineurs et l’intégration de filtres obligatoires dans les applications, ou encore l’Inde, qui interdit le ciblage publicitaire des plus jeunes. La Turquie et les pays du Golfe ont également mis en place des cadres légaux stricts et des systèmes de filtrage national bloquant les contenus inappropriés directement au niveau des opérateurs télécoms.
**Quatre piliers pour le Sénégal**
S’appuyant sur ces exemples, le président de l’AIIF propose une réponse structurée pour le Sénégal, articulée autour de quatre axes majeurs. Le premier consiste en un filtrage strict des contenus pornographiques à l’échelle nationale, via des technologies existantes telles que le filtrage DNS impliquant les fournisseurs d’accès. Le deuxième pilier vise à encadrer l’identification des utilisateurs en s’appuyant sur les données des cartes SIM, afin de responsabiliser les utilisations tout en respectant la protection des données.
Ce dispositif technique doit être complété par un investissement massif dans l’éducation numérique pour orienter les jeunes vers les compétences de demain, ainsi que par une mobilisation globale impliquant l’État, les opérateurs, le système éducatif, la société civile et les dirigeants religieux.
Pour matérialiser cette vision, l’auteur lance un appel direct à l’action législative. Il demande solennellement l’ouverture d’un débat à l’Assemblée nationale dédiée à la protection des mineurs dans l’espace numérique. L’objectif affiché est d’évaluer les risques actuels et d’aboutir à l’élaboration d’un projet de loi structurant. Selon cette tribune, réguler le numérique ne relève pas de la censure, mais constitue une étape indispensable pour protéger la jeunesse et garantir la souveraineté technologique du pays.



