Société, Culture

la condition financière imposée par Téhéran pour laisser transiter les navires dans le détroit d’Ormuz

Le blocage effectif du détroit d’Ormuz par l’Iran a mis un coup d’arrêt à une partie substantielle des flux énergétiques mondiaux. Alors que les navires s’accumulent dans la région, les spécialistes du transport maritime et du commerce international préviennent qu’une éventuelle réouverture de cette voie stratégique ne suffira pas à un retour immédiat à la normale.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, environ 2 000 navires sont actuellement bloqués dans la région en raison du blocus partiel imposé par Téhéran, d’après les données de l’Organisation maritime internationale (OMI). Près de 400 de ces bâtiments patientsent dans le golfe d’Oman, en attente d’une réouverture. D’autres ont été déroutés vers le canal de Suez ou le cap de Bonne-Espérance, tandis que les expéditions de pétrole saoudien transitent désormais par la mer Rouge.

Nils Haupt, directeur principal des communications de Hapag-Lloyd, souligne que la fin des hostilités marquera seulement le début du véritable travail logistique. Le traitement de l’arriéré de pétrole, de gaz et d’autres marchandises prendra des mois. Cette tâche est complexifiée par les dégâts subis par les infrastructures. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) recense plus de 40 actifs énergétiques gravement endommagés au Moyen-Orient. Plusieurs entreprises, dont QatarEnergy, Kuwait Petroleum Company et Bapco Energies, ont déclaré la force majeure face aux perturbations de production, un contexte logistique aggravé par les récents bombardements sur des infrastructures stratégiques.

Ce blocus, initié en réponse aux frappes américaines-israéliennes débutées le 28 février, perturbe environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole brut et en gaz naturel liquéfié (GNL). Les exportations de produits pétrochimiques, d’engrais et de matières premières plastiques sont également interrompues.

Sur le plan sécuritaire, l’OMI a confirmé au moins 18 attaques contre des navires depuis le début du conflit. Le 11 mars, un pétrolier de Safesea a été percuté par deux navires sans pilote, causant la mort d’un membre d’équipage. Face à ces risques, Marco Forgione, directeur général du Chartered Institute of Export & International Trade, précise que les primes d’assurance pour les corps de navires et les cargaisons ont bondi de 300 %.

Actuellement, seule une poignée de navires a pu traverser le détroit après avoir obtenu l’autorisation de Téhéran. Selon les données maritimes de Lloyd’s List citées par Al Jazeera, un navire aurait déboursé 2 millions de dollars pour obtenir ce droit de transit. Parallèlement, les législateurs iraniens ont approuvé cette semaine une législation imposant des frais de transit sur cette voie maritime, selon l’agence de presse Fars.

À plus long terme, la crise actuelle pousse l’industrie à revoir ses stratégies. Nick Marro, analyste principal à l’Economist Intelligence Unit, prévoit que les entreprises chercheront à diversifier leurs routes commerciales, à l’image du mouvement observé lors de la pandémie de COVID-19 vis-à-vis de la Chine. Oscar Seikaly, PDG de NSI Insurance Group, prévoit également une baisse progressive du trafic dans le détroit d’Ormuz, les pays exportateurs réalisant la nécessité de s’éloigner d’une zone de concentration pétrolière jugée trop instable.

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