Ige révèle l’origine exacte du retard accusé au constructeur

Le projet de construction du Centre d’entrepreneuriat et d’innovation Mohamed Bin Zayed, futur siège de la Délégation à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (Der/Fj), s’enlise dans un imbroglio juridique et financier. Suite à la résiliation unilatérale du contrat initial par les autorités, le contrat vient d’être réattribué en urgence. Une décision que le premier adjudicataire conteste vigoureusement, en s’appuyant sur des vices administratifs documentés.
Par arrêté du 8 janvier, le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a acté la clôture du marché d’une valeur de plus de 17,2 milliards de francs CFA qui liait Der/Fj au groupe Sertem. La raison invoquée repose sur le retard pris dans la réalisation des travaux du bâtiment de sept étages prévu à Mermoz. Depuis l’ordre de service de mars 2022, le projet n’a atteint qu’un taux d’avancement de 16 %. Dans la foulée, la Der a publié un avis d’appel d’offres restreint selon la procédure d’urgence.
Selon les informations rapportées par Le Quotidien, la société Azhkhar International a été retenue avec une offre de 17,3 milliards de francs CFA, devant son concurrent Etic. Le journal précise que le site Internet de la nouvelle entreprise primée ne fait état d’aucune réalisation récente dans le domaine du bâtiment ou des travaux publics, se présentant plus généralement comme spécialisée dans le commerce, le nettoyage et l’infographie.
Cette procédure accélérée a provoqué une réaction immédiate de la part du Groupe Sertem. Par l’intermédiaire de ses avocats, la société a adressé des correspondances à la déléguée de la Der, Aïda Mbodj, ainsi qu’à l’Agent judiciaire de l’Etat (Aje). L’entreprise dénonce les violations de la réglementation sur les marchés publics et rejette l’entière responsabilité des retards. Elle pointe notamment le dépôt tardif des plans architecturaux validés, intervenu près d’un an après le démarrage officiel, et la délivrance partielle des titres de défiscalisation.
La position de l’entreprise trouve directement écho dans un récent rapport de l’Inspection générale de l’État (Ige), détaillé par Le Quotidien. Le document révèle un échec majeur dans la structuration financière du projet, soutenu par l’Abu Dhabi Emirate Fund. L’Ige souligne que l’État du Sénégal n’a jamais décaissé sa contrepartie de 5 millions de dollars (environ 4,1 milliards de francs CFA), condition sine qua non posée par le bailleur pour débloquer la deuxième tranche de financement.
Face à ces flux financiers limités, le Sertem affirme n’avoir reçu que 14,28% des fonds prévus, limitant sa capacité à dépasser les 19,2% d’avancement des travaux. L’entreprise sollicite désormais un soutien financier cumulé de plus de 2,6 milliards de francs CFA.
Face au blocage de sa garantie bancaire provoqué par ces retards institutionnels, le constructeur initial réclame l’annulation de l’avis d’attribution provisoire accordé à Azhkhar International. Le Groupe Sertem prévient qu’il s’adressera à la Commission de Règlement des Litiges de l’Arcop, ainsi qu’aux tribunaux compétents, pour suspendre toute attribution définitive et faire valoir ses droits.

