Économie, Affaires
[Reportage] Pâques 2026 : le "ngalakh" à l’épreuve de la vie chère
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Dans quelques jours, la communauté chrétienne du Sénégal va célébrer la fête de Pâques. Au cœur de cette célébration se trouve une tradition célèbre : la préparation du “ngalakh”. Cette bouillie onctueuse, mélange de mil, de pâte d’arachide et de pain de singe (bouye), est bien plus qu’un plat, c’est le symbole du partage et de la cohésion sociale entre chrétiens et musulmans.
Pourtant, cette année, dans les allées du marché de La Rochette à Thiaroye, l’effervescence habituelle est teintée d’une sourde inquiétude. Au marché de La Rochette, les produits sont disponibles, mais les clients se font désirer.
Pourtant, cette année, dans les allées du marché de La Rochette à Thiaroye, l’effervescence habituelle est teintée d’une sourde inquiétude. Au marché de La Rochette, les produits sont disponibles, mais les clients se font désirer.
À l’intérieur d’une petite cantine du marché, Cheikh Cissé, la quarantaine, s’active. Vêtu d’un T-shirt gris et d’un pantalon noir, il ajuste avec sérieux ses tas de produits locaux. Depuis 2007, il voit défiler les clients lors des préparatifs de Pâques, mais cette édition 2026 lui laisse un goût amer. « À vrai dire, je n’ai pas vu beaucoup de clients comparés aux années précédentes », nous confie-t-il d’un ton résigné, tout en balayant du regard les allées moins denses que d’habitude. « À l’approche de la fête, je ne vois que quelques personnes, et elles n’achètent pas en grandes quantités. »
La raison de ce ralentissement, nous dit-il, est l’inflation. Cheikh fait les comptes, le visage serré : « Le pain de singe est devenu extrêmement cher. Le kilo est passé de 600 à 1000 francs. Même le mil, base de tout, coûte désormais 450 francs. » Il se rappelle avec nostalgie l’époque où sa boutique ne désemplissait pas de clients pressés.
Un peu plus loin, au milieu des odeurs fortes de pâte d’arachide fraîche, Aïssatou Tall partage ce constat désolant. À 50 ans, cette vendeuse d’expérience scrute le passage dans l’espoir d’une vente. « Je n’ai vu personne pour le moment. J’ai l’impression que le « ngalakh » n’est pas préparé cette année », lâche-t-elle. Ses prix sont un peu plus élevés que ceux de ses voisins, mais elle s’en justifie : « Chez moi, le kilo de bouye est à 1200 francs, le mil à 500 francs et la pâte d’arachide à 1400 francs. Les produits nous arrivent déjà chers en gros. Je suis obligée de les revendre à ce prix pour simplement m’en sortir. »
Face à cette flambée, les consommatrices doivent utiliser. Marguerite Faye, ingénieure en bâtiment et travaux publics, ne cache pas sa surprise devant les prix pratiqués à Dakar. « Le marché est extrêmement cher. J’ai l’impression que les prix ont presque doublé par rapport à l’an dernier », témoigne-t-elle.
Pour ne pas sacrifier la qualité de son « ngalakh », Marguerite a mis en place une véritable stratégie. Elle a profité d’un déplacement dans son village natal, Ngohé Ndoffongor, dans la région de Fatick (commune de Tattaguine), pour s’approvisionner directement chez les producteurs. « J’en ai profité pour acheter le mil, le pain de singe et la pâte d’arachide là-bas avant de revenir à Dakar », raconte-t-elle.
Mais le périple ne s’arrête pas là. Pour que son mélange soit parfait, elle doit compléter ses achats au marché Castors : sucre, raisins secs, noix de coco et les précieuses essences de banane et de vanille. Marguerite ne fait pas les choses à moitié : elle prévoit de transformer 50 kg de mil, 50 kg de bouye et 50 kg de pâte d’arachide. Un vrai travail qui commencea dès le jeudi pour une distribution s’étalant jusqu’au vendredi, incluant même des livraisons payantes (jusqu’à 20 000 francs de frais l’an dernier) pour ses proches éloignés.
Chez les Basses, la fatigue est oubliée par le plaisir de donner. À Thiaroye Sam Sam 2, l’ambiance est à son comble. Madeleine Basse, femme au foyer, termine bientôt son Carême de 40 jours avec courage. Pour elle aussi, le passage au marché de Thiaroye hier a été un choc : « Tout est devenu plus cher cette année ».
Pourtant, pas question de réduire les quantités. Ici, on parle en “bassines” (paan en wolof). « Cette année, je ferai 6 à 7 bassins à partir de vendredi », explique-t-elle avec détermination. La distribution commencera le samedi pour servir les voisins, les amis et la famille. Pour ceux qui habitent à Keur Massar ou Petit-Mbao, Madeleine n’hésite pas à payer des livreurs de sa poche. « Je me fais plaisir en faisant plaisir aux gens que j’aime », conclut-elle avec un grand sourire qui efface toute la fatigue accumulée.
Du marché de La Rochette, aux maisons de Sam Sam 2, le constat est identique, la vie est chère, les portefeuilles sont vides, mais le cœur est plein. Le “ngalakh” de Pâques 2026 sera celui de la résilience. Malgré l’inflation, le plaisir de partager cette bouillie sucrée reste le moteur d’une solidarité qui continue de souder les communautés sénégalaises.
Du marché de La Rochette, aux maisons de Sam Sam 2, le constat est identique, la vie est chère, les portefeuilles sont vides, mais le cœur est plein. Le “ngalakh” de Pâques 2026 sera celui de la résilience. Malgré l’inflation, le plaisir de partager cette bouillie sucrée reste le moteur d’une solidarité qui continue de souder les communautés sénégalaises.
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