Thiès, carrefour spirituel et terre de convergences religieuses au Sénégal

Carrefour stratégique à un peu moins de 80 Km à l’est de Dakar, la région de Thiès s’impose, à la fois, comme un bastion du syndicalisme, un pôle politique, économique, académique et culturel de premier plan et un creuset religieux d’une rare densité, toutes choses qui font de ce terroir, hôte de la fête de l’indépendance 2026, un haut lieu de mémoire et de convergence spirituelle nationale.
Ville d’attraction et de convergence, Thiès abrite d’importants foyers religieux musulmans comme Tivaouane, Ndiassane, Thiénaba et Pire, sans compter que la région a offert au pays des figures majeures de l’Église et des sites sacrés chrétiens comme Popenguine.
L’ancien Cayor fut également comme une terre de passage pour de grandes figures de la confrérie des mourides, à l’instar de Serigne Saliou Touré et Cheikh Ibrahima Fall, dont l’empreinte toponymique demeure visible à travers le quartier Médina Fall. A l’occasion de la fête de l’indépendance délocalisée à Thiès, l’Agence de presse sénégalaise a jeté une lumière sur ces marqueurs de religiosité.
Les Ndiéguène de Thiès, des gardiens de la tijaniyya
La ville de Thiès, hôte du défilé du 66e anniversaire de l’indépendance du Sénégal, ce samedi, est connu pour être un foyer religieux animé par les Ndiéguène. Tafsir Aḥmadou Barro Ndiéguène a quitté son Saloum natal pour s’installer à Thiès. Il a grandement contribué à la diffusion de l’enseignement arabo-islamique et de la tijaniyya.
Fondateur du quartier religieux « Keur Mame El Hadj », dans la capitale du rail, Tafsir Ahmadou Barro Ndiéguène a laissé un héritage considérable.
Les différents khalifes qui lui ont réussi se sont inscrits dans le soufisme et ont propagé ses enseignements et la tariqa tijaniyya. Cette famille religieuse fait la fierté de beaucoup de Thiéssois.
Tivaouane, un héritage spirituel d’El Hadji Malick Sy
Tivaouane, l’un des départements de la région de Thiès, est un carrefour de spiritualité et de convivialité. Son Gamou marquant la célébration de l’anniversaire de la naissance du Prophète Mohamed (PSL) s’inscrit dans une histoire profondément marquée de l’empreinte d’El Hadji Malick Sy (1855-1922).
Installé définitivement à Tivaouane vers 1902 après des séjours à l’appel des commerçants lébous de Ouakam, le patriarche communément appelé « Maodo » a voulu redonner à cette commémoration toute sa dimension spirituelle. Depuis, la capitale de la Tijannya a su irradier son héritage dans la région de Thiès et au-delà.
Ndiassane, le flambeau de la Khadriya
Les Kounta de Ndiassane, dans la région de Thiès, revendiquent un lien de consanguinité avec le Prophète Mohamed (PSL). Après que Cheikh Mohamed, plus connu sous le nom de Cheikh Bounama Kounta, a lancé la zawiya Kounta du Sénégal à Ndankh Nar, dans le département de Tivaouane, vers 1800, Cheikh Mohamed Kounta, qui a fondé la cité religieuse de Ndiassane en 1883, a célébré la naissance du Prophète (PSL) l’année suivante.
Le Gamou de Ndiassane ou « Nguente-Li », célébrant l’anniversaire du « baptême » du Prophète Mouhamed (PSL), revêt une grande importance chez les khadres, qui ont la particularité de faire cette commémoration une semaine après la plupart des foyers religieux sénégalais.
Thiénaba, le foyer d’Amary Ndack Seck
La particularité du Gamou de Thiénaba, dans le département de Thiès, réside dans le fait qu’il se déroule sur deux jours. Il démarre en même temps que celui de Tivaouane, avec une lecture de poèmes à la gloire du Prophète Mohamed (PSL), comme le font tous les autres foyers religieux du pays. Serigne Amary Ndack Seck a intégré des intermèdes de prières sur le Prophète.
Trois dimensions structurent chronologiquement la trajectoire spatio-temporelle d’Amary Ndack Seck. Il a été d’abord recteur de « daara » (école coranique) à Thiénaba Kadior (1860-1871), puis résistant à la conquête coloniale (1871-1875) et enfin guide religieux à Thiénaba (1882-1899).
Pire, une inspiration de Maodo
La ville de Pire avec sa célèbre université populaire occupe une place non négligeable sur la carte intellectuelle et dans l’enseignement arabo-islamique au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Plusieurs figures musulmanes comme El Hadji Oumar Tall, Thierno Souleymane Baal, Almamy Abdoul Khadre Kane, entre autres, ont séjourné dans ce haut lieu du savoir. Le Gamou qu’il abrite depuis 1902 a été initié par Tafsir Abdou Cissé, un disciple et compagnon d’El Hadji Malick Sy originaire du Saloum. Sa célébration intervenait une semaine après celui de Tivaouane. C’est sur le tard que la date a commencé à varier au cours de l’année. Comme des « jumeaux », le Gamou de Pire et celui de Tivaouane sont nés le même jour sous l’inspiration de la même personne, à savoir El Hadj Malick Sy, le guide de la cité religieuse de Tivaouane. Cette situation géographique préjugeait déjà d’une parfaite collaboration pour l’organisation de ces deux événements phares de la confrérie tijanyya du Sénégal, dans deux localités liées par une proximité à la fois géographique et spirituelle. Chaque année, une grande affluence de fidèles musulmans est notée dans la cité religieuse.
Haut lieu du Mouridisme
La capitale du rail est aussi une terre profondément marquée par la spiritualité mouride, incarnée notamment par l’ancrage de Serigne Saliou Touré et par la présence remarquable de la communauté des Baye-Fall. Durant plus de quarante ans, Serigne Saliou Touré, représentant du khalife général des mourides à Thiès, a façonné la vie religieuse et sociale de la ville. Par son engagement, sa proximité avec les fidèles et son attachement indéfectible aux enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, il a contribué à faire de Thiès un pôle spirituel majeur. Son héritage demeure visible à travers les « daaras » (écoles coraniques), les lieux de culte et l’élan de solidarité qu’il a insufflé dans plusieurs quartiers.
Thiès s’affirme également comme un véritable fief des Baye-Fall, branche emblématique du mouridisme fondée par Cheikh Ibra Fall. Dans des quartiers comme Médina Fall, Keur Cheikh ou encore Keur Ablaye, leur présence structure la vie religieuse et sociale. Fidèles à leurs valeurs de travail, de dévotion et de solidarité, les Baye-Fall participent activement à l’animation spirituelle de la ville, notamment à travers les chants religieux (khassaïdes), les dahiras et les grands rassemblements.
Popenguine et archevêques : les éminences grises de Thiès
Thiès-région est aussi un véritable foyer du christianisme. Érigé en 1969, le diocèse de Thiès est un pilier de l’Église catholique au Sénégal. Au cœur de cette ferveur, il y a le sanctuaire marial de Popenguine, symbole de transmission de la foi entre générations.
Le pèlerinage marial de Popenguine trouve ses racines dans l’initiative des membres de la Congrégation du Saint-Esprit appelés Spiritains. Ces religieux ont prospecté plusieurs lieux avant de choisir le site actuel, jadis appelé « Bop Jinné » ou « Tête du génie », et d’en faire un centre de pèlerinage chrétien.
Le site actuel aurait été choisi par un évêque émerveillé par la beauté des lieux qui, depuis 1888, est devenu le point de convergence annuel de milliers de fidèles catholiques du Sénégal et d’ailleurs. Avec le temps, le pèlerinage à pris de l’ampleur, en recevant des délégations lieux de pays de la sous-région.
La marche-pèlerinage a permis de donner un certain engouement auprès des jeunes. Officiellement lancée en 1981 sous l’impulsion de feu du colonel Pierre Faye, cette marche, qui contribue largement à la visibilité du pèlerinage, tenue aujourd’hui des milliers de personnes.
Le choix de l’implantation du sanctuaire marial à Popenguine trouve véritablement son origine dans une visite de Monseigneur Picarda (1845-1889), ancien vicaire apostolique du Sénégal, apprend-on. D’après certains témoignages, c’est après avoir célébré des baptêmes à Guéréo qu’il découvre le site de Popenguine. Frappé par sa beauté et sa situation en hauteur sur le Cap de Naze, il s’écrie : « Quel magnifique site pour un sanctuaire à la Vierge ! ». D’origine bretonne et ancien missionnaire aux Antilles, Monseigneur Picarda est inspiré par le sanctuaire de Notre-Dame de la Délivrande de Bayeux, en France. Il a souhaité ériger en Afrique un lieu de pèlerinage dédié à la Vierge.
Popenguine s’est ainsi naturellement imposée pour ce projet, en raison notamment de la signification symbolique du nom du village en wolof : « Tête du Génie ou Tête du Serpent », une référence biblique à la Vierge écrasant la tête du serpent. C’est ainsi qu’est née l’idée du sanctuaire marial de Notre-Dame de la Délivrande en terre sénégalaise.
De Hyacinthe Thiandoum à André Guèye
La région de Thiès a aussi produit le nombre des éminences grises qui ont dirigé l’Église sénégalaise. Le cardinal Hyacinthe Thiandoum lui-même, premier prélat sénégalais à occuper ce poste, est un natif de Popenguine. Il a été archevêque de Dakar pendant plus de 40 ans. Son successeur, le cardinal Théodore Adrien Sarr, est aussi un enfant de Fadiouth (Mbour) comme son suivant Monseigneur Benjamin Ndiaye. Et l’actuel archevêque de Dakar, auparavant évêque de Thiès, André Guèye, est aussi un natif de Pallo-Youga, dans le département de Tivaouane.



