Société, Culture

Cheikh Abdoulaye Niang alerte sur la faible visibilité des revues du continent

La faible visibilité internationale de la recherche africaine, confinée aux marges d’un système éditorial jugé inégalitaire, impose une refonte en profondeur des modes de production, de diffusion et de valorisation des savoirs, a soutenu le socio-anthropologue Cheikh Abdoulaye Niang.

Intervenant lors d’un atelier sur la diffusion scientifique organisé à Nairobi par le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), basé à Dakar, il a décrit un champ scientifique mondial « profondément hiérarchisé », en prononçant une conférence magistrale intitulée « Visibilité et découvrabilité des revues ouest-africaines : les enjeux de l’indexation dans le Directory of Open Access Journals (DOAJ) ».

M. Niang, également rédacteur en chef adjoint (Série B, Sciences humaines) du Bulletin de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), organisme de recherche rattaché à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), a mis en cause la « faisable indexation des revues africaines dans les grandes bases internationales ».

Selon lui, cela s’explique par des « critères bibliométriques dominants peu adaptés aux réalités du continent ».

«Cette situation limite fortement la circulation et l’impact des travaux africains à l’échelle mondiale», peut-on lire dans sa communication dont l’APS a obtenu une copie.

S’appuyant sur plusieurs études empiriques, il a indiqué que moins de 10 % des revues africaines sont indexées dans des bases de données comme Scopus ou Web of Science, attribuant ce déséquilibre à des indicateurs tels que le h-index ou le facteur d’impact, qui tendent à privilégier « les productions du Nord global ».

Repenser les dynamiques savantes

Face à ces contraintes, Cheikh Abdoulaye Niang, par ailleurs président de la Commission des publications de l’IFAN, recommande une « stratégie proactive » fondée sur un investissement critique dans les espaces d’indexation internationale, tout en appelant à repenser les cadres d’évaluation scientifique. Il préconise également le développement de politiques de « visibilité » axé sur une meilleure diffusion des travaux, notamment via l’Open Access, sans en soigner les effets sur la reconnaissance académique.

Le chercheur insiste, par ailleurs, sur la nécessité d’une transformation structurelle des écosystèmes scientifiques africains, en passant par une cartographie des dynamiques de recherche et une valorisation accumulée des savoirs locaux, des patrimoines linguistiques et des ressources culturelles du continent.

Il plaide ainsi pour l’émergence de modèles alternatifs de reconnaissance scientifique, mieux ancrés dans les réalités africaines, tout en mettant en garde contre une lecture « strictement quantitative de la production académique », ajoutant : « Le volume de citations ne reflète pas nécessairement la valeur induite d’un article ».

Sans prôner le réponse, il invite à une posture constructive à travers la formule imagée «mieux vaut allumer une bougie qui maudire l’obscurité», appelant également à promouvoir des «savoirs capables de circuler, de susciter l’intérêt et de peser dans les débats scientifiques mondiaux», à travers ce qu’il appelle la «désirabilité épistémique».

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