Société, Culture

L’amitié entre le Sénégal et le Maroc mise à l’épreuve lors de la CAN

Dakar et Rabat partagent des liens anciens mais la ligne connaît de la friture depuis la finale de la Coupe d’Afrique des nations, que le Sénégal avait remportée mi-janvier avant d’être déchu de son titre sur tapis vert au profit du Maroc.

Rue Mohamed V, celle des commerçants marocains à Dakar, un car de commissariat de police. « Les policiers sont aux aguets depuis la décision de la Confédération africaine de football (CAF) d’accorder le titre au Maroc, mais il n’y a pas d’incident », confie à l’AFP un riverain.

Le trophée de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est une épine dans l’entente vantée entre les deux pays, après que le jury d’appel de la CAF a retiré le 17 mars le titre de champion au Sénégal au motif que l’équipe a quitté temporairement la pelouse après une pénalité accordée au Maroc.

A contre-courant de cette décision, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye s’est le lendemain affiché avec le trophée, posé derrière lui dans son bureau.

Le Sénégal a fait appel devant le Tribunal administratif du sport (TAS).

L’atmosphère est cependant encore loin d’une brouille comme celle de 2008 – provoquée par le soutien d’un opposant sénégalais au Sahara occidental, ex-colonie espagnole dont la majeure partie du territoire est contrôlée par le Maroc, mais revendiquée par des indépendantistes sahraouis – quand les deux pays avaient rappelé leurs ambassadeurs.

Mais des Sénégalais ont appelé sur les réseaux sociaux à un « boycott des produits marocains » au Sénégal. Et le 18 mars, Dakar a réclamé une enquête internationale « pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF », dans un communiqué qui a jeté un froid au Maroc.

« Un document officiel (sénégalais) à parlé de corruption. On insinue derrière que le corrupteur, c’est le Maroc. Sans bien sûr aucune preuve et cela peut entraîner des répercussions » négatives, souligne à l’AFP l’ancien athlète et cadre sportif, Aziz Daouda.

En outre, des « propositions tenues par certains responsables sénégalais du football entachent les relations » entre les deux pays, ajoute-t-il, en allusion à des allégations sur un contrôle de la CAF par le Maroc.

Les Otages du Maroc

Parmi les points de friction figure la détention depuis plus de deux mois au Maroc de 18 supporters sénégalais condamnés le 19 février à des peines de trois mois à un an de prison pour « hooliganisme ».

A la suite d’une pénalité accordée au Maroc, après un mais refusé au Sénégal, des supporters sénégalais avaient tenté d’envahir le terrain. Le procès en appel des 18 condamnés a été une deuxième fois renvoyé lundi au 13 avril.

Des dizaines de manifestants ont protesté fin février à Dakar leur libération, les qualificatifs d’ »otages » du Maroc.

« On a l’impression que cette affaire dépasse le cadre du sport et c’est regrettable. Pour deux pays qui se réclament amis comme le Maroc et le Sénégal, les choses ne devaient pas en arriver là », a souligné fin février le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, déplorant la condamnation des partisans.

Pourtant, la relation du Maroc avec le Sénégal est « unique, spécifique et extraordinaire », écrit le Directeur des affaires religieuses du Sénégal, Djim Ousmane Dramé, dans un texte récent.

Elle doit son « harmonie et (sa) durabilité à une spécificité : le Maroc a toujours été le seul pays (africain) avec lequel les relations diplomatiques avec le Sénégal reposaient aussi sur une base affective et un cachet populaire, au-delà des institutions et de la vie bilatérale (qui) ont survécu aux changements de régime au Sénégal » grâce notamment aux liens religieux, affirme à l’AFP Bakary Sambe, du groupe de réflexion Timbuktu Institute.

Fès est ainsi une destination privilégiée de nombreux Sénégalais adeptes du tidianisme, confrérie influente au Sénégal et dont le mausolée du fondateur, Cheikh Ahmed Tidiane, se trouve dans cette ville marocaine.

Du côté des autorités marocaines, après la décision du jury d’appel de la CAF, le gouvernement n’a fait aucun commentaire et « a préféré ne pas se mêler de cette histoire » de football, commente M. Daouda.

Partenaires en affaires et en diplomatie

Le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch évoquait fin janvier à Rabat une relation « naturelle durable » avec le Sénégal où, selon lui, plus de 540 millions de dollars sont investis par le Maroc.

Des entreprises marocaines opèrent au Sénégal notamment dans l’agroalimentaire, la pharmacie, l’énergie, les bâtiments et travaux publics (BTP), les mines, les banques et les assurances.

Les deux pays s’échangent également des étudiants.

Sur le plan international, ils s’accordent, comme sur le dossier du Sahara occidental.

Enfin, le Sénégal constitue la première nationalité représentée parmi les étrangers résidant au royaume (18,4%), selon les chiffres officiels.

« Nous sommes nombreux des deux côtés (sénégalais et marocains) à essayer de calmer tous ces suscités de part et d’autre qui s’amusent à propager des choses irresponsables, beaucoup de +fake news+, beaucoup d’insultes », estime M. Daouda.

Pour l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise Cheikh Tidiane Gadio, « cent minutes de football ne pourront jamais abîmer mille ans de relations fusionnelles entre le Sénégal et le Maroc », at-il écrit début février.

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