Société, Culture

À Dakar, le CORAF dresse le bilan du projet régional ABEE après cinq ans d’actions

(SénéPlus) – Le CORAF a réuni à Dakar, ce mercredi 25 mars 2026, des chercheurs, partenaires financiers, représentants des États et organisations de producteurs pour clore spécifiquement le projet ABEE – West Africa Breeding Network and Extension Empowerment. Financé à hauteur de 5,2 milliards de FCFA par l’Union Européenne dans le cadre de l’initiative DeSIRA, ce projet aura, en cinq ans, contribué à moderniser la sélection variétale au Burkina Faso, au Niger et au Sénégal, en touchant plus de vingt mille producteurs et en appuyant la formation d’une nouvelle génération de chercheurs agricoles.

C’est dans ce cadre qui s’est tenu à Dakar la cérémonie de clôture du projet ABEE. Le projet, dont le nom complet est Renforcement des réseaux et des capacités institutionnelles en Amélioration des plantes pour le développement de cultures résilientes répondant aux besoins des paysans d’Afrique de l’Ouest, s’inscrivait dans un contexte agricole ouest-africain marqué par des contraintes bien documentées. L’agriculture représente environ 35 % du PIB de la sous-région et mobilise plus de 70 % de la population active, mais les rendements demeurent en fonction du potentiel, avec des écarts pouvant atteindre 150 % par rapport aux performances agronomiques possibles.

À cela s’ajoute la pression du changement climatique, susceptible de faire baisser les rendements de certaines cultures de base de 10 à 20 % d’ici 2050. C’est dans ce contexte que le CORAF, en consortium avec l’INERA du Burkina Faso, l’INRAN du Niger, l’ISRA du Sénégal, le CIRAD et IBP/AfricaRice, avait conçu une approche régionale et participative : placer les sélectionneurs et les producteurs au cœur des dispositifs, moderniser les outils, et connecter les pays dans un réseau partagé de données et de matériel génétique. Prenant la parole au nom des partenaires techniques, Ibra Touré, directeur régional du CIRAD, a rappelé l’orientation qui a guidé le projet : « La recherche n’a de sens que si elle est utile, partagée et valorisée au bénéfice des acteurs de terrain. »

Les résultats présentés lors de la cérémonie permettent de mesurer ce qui a été accompli. Douze programmes de sélection ont été appuyés dans les trois pays (quatre par pays), et 356 essais régionaux ont été conduits sur les cinq cultures cibles du projet : l’arachide, le fonio, le mil, le niébé et le sorgho. Vingt-huit sélectionneurs, dont sept femmes, utilisent désormais le Breeding Management System, un outil numérique de gestion et d’analyse des données variétales. Plus de 57 tonnes de semences de prébase ont été produites, et en 2024, les quantités de semences certifiées ont atteint 1 599 tonnes au Burkina Faso, 14 628 tonnes au Niger et 74 953 tonnes au Sénégal pour les cultures ciblées. En tout, 20 400 producteurs ont retenu les actions du projet, dont 10 310 ont été directement touchés par l’introduction de variétés améliorées dans leurs parcelles. Trente-quatre variétés ont par ailleurs été inscrites dans les catalogues nationaux des trois pays, en collaboration avec le Comité régional des semences et plantes de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel (CRSPAOS).

Sur le plan des pratiques scientifiques, le projet a introduit des outils numériques de collecte de données, une plateforme de gestion des connaissances – la E-chain, accessible sur e-chain.sck-africa.org et un portail web IAVAO-ABEE permettant de partager et de tracer le matériel génétique à l’échelle régionale. Moustapha Gueye, représentant du ministère sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage et lui-même chercheur et directeur de l’ISRA, a illustré ce changement à partir de sa propre expérience : « Avant, je faisais 500 kilomètres pour aller faire mes observations. Aujourd’hui, quelqu’un’un collecte les données sur le terrain, et depuis mon bureau, j’ai les données. »

Le projet a également soutenu la formation de ressources humaines. Douze étudiants en doctorat, dont deux femmes, ont été encadrés dans ce cadre, et six articles scientifiques ont été publiés par des étudiants. Cinquante étudiants en licence et master, dont huit jeunes femmes, ont bénéficié d’un accompagnement pour leurs travaux de recherche. Un ouvrage collectif a par ailleurs été publié en mémoire de Fabrice Zongo, étudiant en thèse décédée au cours du projet, intitulé L’économie institutionnelle de l’innovation variétale du sorgho et du mil au Burkina Faso, paru en 2025 aux éditions L’Harmattan Burkina Faso.

Pour Simon Vanden Broeke, représentant de la délégation de l’Union européenne au Sénégal, cet aspect du projet mérite d’être souligné. « L’Union Européenne apprécie les résultats concrets du projet sur la production de semences, ainsi que le renforcement et la féminisation du personnel de recherche agricole à travers les thèses et les masters financés », s’est-il réjoui.

La cérémonie n’a pas écarté les difficultés rencontrées. La pandémie de Covid-19, les crises sécuritaires dans certains pays partenaires et des retards dans la justification des dépenses ont conduit l’Union Européenne à prolonger le projet de dix-huit mois. Ces points ont été abordés lors des échanges, dans une perspective d’apprentissage pour les projets à venir. Le Dr Moumini Savadogo, directeur exécutif du CORAF, a appelé à ne pas s’arrêter à la clôture formelle : « Les acquis du projet doivent être amplifiés et portés à l’échelle pour permettre à d’autres pays de la sous-région de bénéficier de ses résultats. » Moustapha Gueye a abondé dans ce sens, estimant que cet atelier devait être vu non pas comme une fermeture, mais comme une étape de bilan avant de nouveaux engagements. Selon lui, les taux d’utilisation de semences certifiées restent en effet faibles dans les trois pays, inférieurs à 6 % pour certaines cultures au Sénégal, ce qui indique que les chaînes de développement des variétés améliorées restent un défi à part entière, au-delà de leur.

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