Société, Culture

À Lens, le Maroc fête son sacré de la CAN 2025… sans le revendiquer

(SénéPlus) – L’effervescence contrastait avec la sobriété. Mardi soir à Lens, la diaspora marocaine a transformé le stade Bollaert en terrain de célébration, trois jours après l’attribution du titre de champion d’Afrique des nations par le jury d’appel de la CAF. Valentin Germain, journaliste RMC Sport présent sur place, a décrit dans l’émission de la chaîne sportive une ambiance exceptionnelle : “Il y avait 38 000 spectateurs à Bollaert hier. Quasiment que des Marocains, des supporters marocains”, a-t-il rapporté.

Les supporters venus de toute l’Europe ont convergé vers la ville du Nord dès le matin. “Très tôt en ville, on les a vu arriver. Ils sortaient les drapeaux des coffres, des plaques d’immatriculation de Belgique, de partout en France”, a raconté le journaliste. Un cortège parti du centre-ville a rejoint le stade dans une atmosphère de fête, avec fumigènes et feux d’artifice, scandant “Champion d’Afrique” à quelques minutes de la fin du match amical contre le Pérou.

Au-delà de la liesse, les banderoles déployées dans les tribunes révélaient un message de défiance. “Leur haine nous nourrit, nos exploits les écraser”, “Seul contre tous” et “À l’aube du triomphe, les masques tombent” : ces slogans traduisaient, selon Valentin Germain, “un sentiment d’injustice” face aux critiques dont fait l’objet le royaume depuis la CAN 2025. “Certains supporters ne comprennent pas les critiques vis-à-vis du Maroc parce que certaines sélections, certains pays ont un peu taxé de favoritisme la CAN”, at-il expliqué.

Cette perception d’être jugée à l’aune de deux poids deux mesures alimentait la ferveur des tribunes. “On pensait que tel pays était un pays ami, un pays frère et au final on se fait critiquer”, rapportait le journaliste en synthétisant les propositions recueillies auprès des supporters. Un état d’esprit qui contrastait fortement avec les célébrations ostentatoires liées à Dakar, où l’équipe sénégalaise a défilé avec le trophée physique.

Une communication officielle sous haute prudence

Si les gradins résonnaient de chants victorieux, l’encadrement technique marocain affichait une retenue appliquée. Le nouveau sélectionneur et ses joueurs ont adopté un profil bas troublant : exprimés après le match, plusieurs d’entre eux ont affirmé ne pas avoir entendu les supporters crier “Champion d’Afrique”. “Allez, vous allez me prendre pour un fou, pour un menteur. Mais je vous jure que je savais pas qu’ils avaient crié champion d’Afrique”, a déclaré l’un des joueurs dans des propositions relayés par RMC Sport.

Cette posture tranche avec l’enthousiasme ambiant. “Aucune mention du titre dans l’organisation du match. Il y avait pas d’étoiles supplémentaires, il y avait pas de panneau particulier”, a souligné Valentin Germain. Pour le journaliste, cette sobriété s’explique par une stratégie délibérée : “Pour eux le règlement il est respecté. Ils sont champion en Afrique, pas besoin d’en faire des tonnes.” Une attitude qui pourrait également relever de la prudence juridique, alors que la Fédération sénégalaise de football a saisi le TAS pour contester la décision de la CAF.

La juridiction sportive devrait rendre son verdict dans un délai de 9 à 18 mois, soit courant ou fin 2026. D’ici là, le feuilleton qui oppose les deux nations ouest-africaines continue d’alimenter les débats, entre revendications populaires et silence des institutions.

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