À qui profite la guerre en Iran ?

L’argent est le nerf de la guerre, dit l’adage, mais la guerre fait aussi gagner ou perdre de l’argent. Le conflit armé qui se joue actuellement entre l’Iran d’une partie et les États-Unis et Israël d’autre part a comme effet immédiat un début de flambée des prix du pétrole et du gaz, faisant planer le spectre d’un nouveau choc pétrolier aux conséquences désastreuses pour l’économie mondiale. Après la fermeture par l’Iran du détroit d’Ormuz où transitent 20 % du trafic pétrolier mondial, la prise pour cibles d’infrastructures énergétiques des pays arabes oblige certaines entreprises à arrêter leur production pour des raisons de sécurité, risquant de perturber davantage l’approvisionnement du marché. Même si l’Opep+ saute sur l’occasion, annonçant une augmentation de son quota de production de 206.000 barils par jour pour le mois d’avril. Le trafic aérien dans toute la région est à l’arrêt, et le transport maritime mondial en train d’être perturbé.
Pays très résilient face aux sanctions économiques américaines, l’Iran, qui assure 4,5 % de l’offre mondiale de pétrole et tire l’essentiel de ses revenus des hydrocarbures, joue sa survie dans cette guerre et n’aura donc plus rien à perdre en paralysant un secteur aussi névralgique. Si le conflit perdure, il est fort à craindre de voir le baril grimper jusqu’à 100 dollars, avec tout ce que cela comporte comme risque inflationniste pour une économie mondiale dérégulée par les droits de douane du président américain.
Le conflit au Moyen-Orient remet au goût du jour le contrôle des routes commerciales, notamment le détroit d’Ormuz. La sécurisation et la lutte pour assurer une mainmise sur ces armes géopolitiques ont de tout temps rythmé le commerce mondial, ont assuré la prospérité mais aussi provoqué la décadence de nombreux pays. Au 21e siècle, les routes commerciales sont revenus avec force au-devant de la scène depuis que la Chine a lancé son initiative la Ceinture et la Route. Pékin a noué des partenariats stratégiques avec l’Iran et Oman pour renforcer sa présence navale dans le détroit d’Ormuz et garantir son approvisionnement en pétrole. Au fil du temps, la Chine est devenue le partenaire de l’Iran, ses entreprises absorbant 90 % des exportations de pétrole iranien.
Les Américains n’ont jamais caché leur désir de contrecarrer le réseau dense des Nouvelles routes de la soie à travers le monde pour affaiblir l’influence chinoise grandiose. À la rivalité entre les deux premières économies autour du canal de Panama (point de transit de 5 % du commerce maritime mondial), est venue s’ajouter le contrôle total par les Américains de tout le pétrole du Venezuela, après qu’ils ont arrêté et extradé le président Nicolas Maduro.
Voir Trump garnir son tableau de chasse avec le détroit d’Ormuz pourrait faire de lui le maître incontesté du pétrole. Ce sera une occasion rêvée d’asphyxier la Chine ou de lui imposer son diktat, mais aussi mettre sous embargo le pétrole russe. Une chute de l’Iran priverait la Russie de la possibilité de s’approvisionner en drones iraniens pour sa guerre contre l’Ukraine. Quant à Israël, la guerre des douze jours contre le régime des Mollahs, en juin 2025, a démontré à suffisance la vulnérabilité de son économie si la guerre devait s’étirer en longueur, malgré sa supériorité technologique qui consomme une part importante de ses ressources.
Et l’Afrique dans tout ça ? Tout comme les autres régions du monde, elle a peu de chance d’être épargnée par les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. « Toute perturbation prolongée dans le Golfe persique menacerait les flux pétroliers et gaziers mondiaux. Une flambée des prix de l’énergie aurait un impact immédiat sur les économies ouest-africaines, déjà fragilisées par l’inflation et la dépendance aux importations de produits raffinés », déclare par communiqué la Cedeao. Le philosophe et théoricien de la guerre chinoise Sun Tzu disait que « la guerre a le mensonge pour fondement et le profit pour ressort ». Sauf que son problème est toujours incertain.



