Politique

Adama Lam, l’exemple qui interpelle les employeurs*

Dans un paysage institutionnel où partir est souvent plus difficile que rester, certains choix méritent d’être salués. Le départ d’Adama Lam de la tête de la Confédération nationale du patronat du Sénégal (CNES) en fait partie.

Ingénieur civil doté d’une solide culture financière, entrepreneur aguerri notamment dans le secteur stratégique de la pêche, Adama Lam incarne cette génération de bâtisseurs dont la légitimité repose sur l’expérience, la rigueur et l’engagement dans l’économie réelle. Son accession à la présidence du CNES, en mars 2021, intervient dans un contexte particulier, marqué par le décès de Mansour Cama. En cette période de fragilité institutionnelle, son choix est évident. Il est alors unanimement perçu comme la figure capable d’assurer la continuité et de préserver un patrimoine structurant pour le patronat sénégalais. Mais il n’a pas seulement assuré une transition : il a consolidé, structuré et repositionné l’institution.

Sous sa direction, le CNES a retrouvé une lisibilité, une crédibilité et une place dans le débat économique national. Il apportait une vision exigeante : celle d’un employeur organisé, responsable et pleinement engagé dans la transformation économique du pays. Son plaidoyer en faveur d’un rapprochement entre le CNES et le CNP témoigne de cette volonté de dépasser des fragmentations devenues contre-productives.

Car la réalité est là, et elle mérite d’être affrontée : le patronat sénégalais reste structurellement dispersé, parfois captif de logiques sectorielles ou d’intérêts individuels, au moment même où les enjeux nécessitent cohérence, puissance collective et vision stratégique. Cette dispersion n’est pas sans conséquences : elle affaiblit la capacité d’influence, dilue les positions et retarde les transformations nécessaires. Mais c’est au moment de son départ que l’ampleur de son action prend toute sa dimension.

Dans notre environnement, les transitions pacifiques restent l’exception. Trop souvent, les responsabilités sont étendues, les renouvellements différés et les fonctions finissent par être confondues avec des postes à préserver, au détriment de l’institution. Ce glissement silencieux fragilise nos organisations et les éloigne des réalités, même si à l’heure des changements économiques, sociaux et générationnels que traverse notre pays, le patronat et les organisations syndicales ne peuvent plus reporter leur transformation : le renouveau n’est plus une option, il est indispensable. Refuser cette évolution, c’est prendre le risque de voir les institutions devenir de moins en moins représentatives, de plus en plus déconnectées, et finalement contournées.

En choisissant de préparer la relève et de passer le relais avec sérénité, Adama Lam accomplit un acte qui dépasse sa personne : il introduit une norme, celle de placer l’institution au-dessus des individus. Pour l’avoir rencontré, je peux témoigner : Adama Lam est un homme d’une grande humilité, profondément fédérateur, habité d’un patriotisme sincère et animé d’une générosité sans égal. Une générosité discrète, mais réelle, qui explique le respect qu’il inspire.

Son départ ouvre une page pour le CNES. Mais surtout elle ouvre une ligne de fracture pour toutes les organisations patronales, professionnelles et syndicales de notre pays : entre ceux qui auront le courage d’évoluer, et ceux qui choisiront de s’accrocher.

L’exemple est là. Il est clair. Il est exigeant. Reste à savoir qui aura le courage de s’en inspirer. Car finalement, ce n’est pas le pouvoir qui élève un leader, c’est sa capacité à s’en détacher.

Abdoulaye DIENG*

Entrepreneur

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