Ahmed Youssouph Benjeloun ouvrant le Forum départemental sur le changement climatique : « Nous ne pouvons pas rester de simples spectateurs »

L’Association des Départements du Sénégal (ADS) a tenu son premier Forum départemental sur le changement climatique, réunissant les présidents des conseils départementaux, les membres du gouvernement, les partenaires techniques et financiers, les experts et les chercheurs autour de l’urgence climatique. Ainsi, les départements ne peuvent plus simplement observer.
C’est Ahmed Youssouph Benjalloun, au nom de l’Association des Départements du Sénégal, qui a donné le ton dans un discours d’ouverture à la fois lucide et volontariste. « Le Sénégal est confronté à de profonds changements environnementaux », a-t-il déclaré à ses collègues. En effet, l’érosion côtière qui ronge chaque année les terres et les habitations des départements côtiers, les sécheresses qui s’intensifient, les inondations qui frappent avec une violence croissante les zones périurbaines et rurales, et la désertification qui progresse menacent les équilibres agropastoraux de nombreux territoires.
Pour illustrer les racines humaines de ces phénomènes, il a évoqué trois figures concrètes : l’agriculteur du Boundou dont les récoltes se tarissent d’année en année, le pêcheur de Rufisque dont le village se replie inexorablement face à la mer, et la communauté du Ferlo contrainte de réorganiser sa transhumance. Autant de visages qui rappellent que le changement climatique n’est pas une abstraction, mais une réalité vécue au quotidien par des populations entières.
Les départements, acteurs clés de la bataille climatique
S’appuyant sur les compétences conférées aux départements par l’acte III de la décentralisation en matière d’aménagement du territoire et de développement socio-économique local, Ahmed Youssouph Benjalloun a plaidé pour la pleine reconnaissance du rôle institutionnel des collectivités départementales. « C’est justement dans cet espace d’interface entre l’État et les populations que se joue une grande partie de la bataille climatique », a-t-il soutenu, rappelant que les départements sont par nature les mieux placés pour articuler les politiques nationales avec les réalités du terrain.
Dans cette perspective, l’Association des Départements du Sénégal a formellement placé la résilience climatique territoriale au cœur de son agenda institutionnel, entendant peser de tout son poids dans la mise en œuvre de l’Agenda Sénégal 2050, dont la durabilité environnementale constitue l’un des piliers fondamentaux.
Un plaidoyer pour une décentralisation climatique efficace
Le forum, selon le président de l’ADS, vise à produire des recommandations opérationnelles concrètes, que l’association s’engage à porter aux instances nationales et aux processus internationaux liés au climat et à la décentralisation. Mais le message le plus fort adressé à l’État et aux partenaires techniques et financiers concerne les conditions sine qua non d’une action départementale efficace : de réels transferts de compétences, des ressources financières adéquates et une reconnaissance institutionnelle du rôle central des départements dans la gouvernance environnementale. « Nous ne pourrons pas relever les défis climatiques territoriaux sans ces trois piliers », a insisté Benjelloun, signifiant clairement que ce forum marque le début d’un plaidoyer structuré et durable.


