Société, Culture

Aly Ngouille Ndiaye révèle les non-dits d’Ousmane Sonko

Aly Ngouille Ndiaye a pris la parole avec une franchise rare, revenant sur plusieurs dossiers sensibles de l’État sénégalais. Anciennement en charge de départements stratégiques tels que l’Énergie et les Mines, l’Industrie ou l’Agriculture sous le régime de Macky Sall, l’homme politique a confronté la communication actuelle du gouvernement sur les contrats miniers, pétroliers et agricoles à la réalité de sa gestion passée.

Dès l’entame de l’entretien, Aly Ngouille Ndiaye a contesté la manière dont l’État communique sur les permis pétroliers et miniers. Il a notamment réfuté les allégations selon lesquelles certains permis auraient été attribués sur des « feuilles volantes », une affirmation rapportée par le ministre Birame Soulèye Diop. « C’est vague », tranche-t-il. Pour l’ancien ministre, de telles accusations, portées à un niveau officiel, doivent être accompagnées de preuves concrètes et vérifiables. Selon lui, toutes les procédures d’attribution ont été encadrées par le Code pétrolier, et les négociations menées par des fonctionnaires expérimentés.

Concernant les plus de 300 titres miniers récemment retirés par les nouvelles autorités, Aly Ngouille Ndiaye relativise la portée de cette mesure. Il rappelle que le retrait de permis relève d’une pratique administrative régulière dans le secteur minier. « Tous les régimes procédant à des évaluations et à des réajustements », affirme-t-il, citant le cas de Sabodala, dont un permis de recherche avait été retiré sous sa responsabilité sans que cela n’affecte l’exploitation. Selon lui, une partie de ces permis concerne des matériaux de construction à faible valeur, tels que le sable, le calcaire ou le basalte, et qu’il est prématuré de tirer des conclusions sur un supposé laxisme passé sans disposer de la liste exhaustive des titres concernés.

Sur le dossier emblématique de Yakaar-Téranga, Aly Ngouille Ndiaye a insisté sur la distinction entre reprise politique et restitution administrative. BP et Kosmos, les opérateurs initials, ont estimé que le développement du projet était trop lourd financièrement. Ainsi, même si l’État sénégalais reprend la main, la recherche d’un nouvel investisseur reste difficile, compte tenu du contexte économique mondial défavorable. Concernant l’exploration onshore par Petrosen avec un budget de 100 millions de dollars, l’ancien ministre a appelé à la prudence. Il a rappelé que même des majors comme Total avaient investi des sommes similaires sur des blocs sans découvrir de pétrole exploitable, citant l’exemple du bloc Rufisque Offshore profond (Rep).

Le point le plus incisif de son intervention concerne la renégociation des contrats pétroliers et miniers. Selon Aly Ngouille Ndiaye, le gouvernement actuel communique beaucoup mais démontre peu. « Je n’ai pas vu un seul contrat sur lequel on pourrait dire : voilà ce qui était au départ et voilà ce qui a été obtenu », at-il déclaré, en référence aux accusations de concessions au rabais. Il a précisé que, même si certains ajustements sont possibles, tout contrat obéit à la loi des parties et est souvent protégé par des clauses de stabilité. Toute remise en cause brutale des accords, at-il averti, exposerait le Sénégal à un contentieux juridique lourd, avec des conséquences sur l’emploi et l’approvisionnement intérieur, notamment dans le domaine des engrais via les Industries Chimiques du Sénégal (ICS).

Sur le contrat d’Indorama, Aly Ngouille Ndiaye a rappelé que l’État avait acquis sa participation de 15 % dès 2008, dans un contexte de quasi-faillite des ICS, et que sa gestion avait permis de redresser l’entreprise. La remise en cause brutale de ce contrat, estime-t-il, risquerait d’affecter la production d’engrais et, par ricochet, l’agriculture nationale.

Enfin, sur le marché controversé du matériel agricole attribué à Intermaq, l’ancien ministre a réfuté les accusations de surfacturation. Il a expliqué que le contrat était basé sur une offre spontanée, réalisée par des experts agréés par l’ARCOP, et que tout avenant visait à améliorer le projet en améliorant les équipements disponibles pour les agriculteurs. Selon lui, le plus urgent n’est pas la polémique, mais la mise à disposition efficace des matériels avant l’hivernage.

Tout au long de l’entretien, Aly Ngouille Ndiaye a défié Ousmane Sonko et les autorités actuelles de produire des preuves tangibles et documentées. Pour lui, beaucoup d’annonces ont été faites, mais elles restent pour l’instant peu démontrées sur le plan factuel. « Le talon d’Achille du pouvoir actuel, c’est la preuve », a-t-il insisté, rappelant que seules des accusations juridiquement solides peuvent justifier une action contre les anciens responsables.

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