Anciennes vallées fossiles : un potentiel hydrique encore exploitable

Il est encore possible de revitaliser les anciennes vallées fossiles du centre du Sénégal, soutient l’ingénieur hydraulique Abdoulaye Sène, pour qui des problèmes géopolitiques et politiques ont empêché cette initiative de densification du réseau hydrologique sénégalais.
“Est-il encore possible de valoriser les anciennes vallées fossiles ? Oui, c’est davantage possible aujourd’hui que par le passé”, a dit M. Sène dans une interview accordée à l’APS.
«Pourquoi c’est encore plus facile maintenant ? […] Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte géopolitique très favorable», a argumenté l’ingénieur hydraulique désigné par le président de la République de l’époque, Abdou Diouf, pour conduire une délégation ministérielle chargée de la revitalisation des vallées fossiles.
“Lors de l’élaboration de ce programme, nous étions dans une période géopolitique très compliquée de l’espace ouest-africain. Je ne reviendrai pas sur certains détails…”, at-expliqué, ajoutant : “Nous étions dans un contexte géopolitique extrêmement compliqué.”
Solidarité hydrique
L’alternance survenue en 2000, avec l’élection d’Abdoulaye Wade, a impacté négativement ce programme, selon lui. “Il s’est que le contexte politique était ce qu’il était, il y avait des problèmes. Je ne veux trouver la balle à personne, mais l’alternance de 2000 a été aussi un mauvais déclic. [pour cette initiative]. Ceux qui sont arrivés au pouvoir n’ont pas cherché à comprendre quels étaient les enjeux. Ils n’ont pas cherché à savoir où nous en étions», a souligné Abdoulaye Sène, rappelant avoir conduit ce programme pendant quatre ans.
“C’était à une période historique, pendant laquelle il n’y avait pas beaucoup de ressources. La situation économique était très difficile”, s’est-il souvenir.
Selon lui, l’initiative est née du ministre du Développement rural de l’époque, Cheikh Abdoul Khadre Cissokho, un ingénieur agronome et homme politique membre du Parti socialiste. “Un jour, il m’a dit : ‘Vous connaissez mes convictions, vous connaissez les convictions du président Diouf : c’est l’eau qui est au cœur du développement'”, a rappelé M. Sène.
« La sécheresse des années 1970 avait beaucoup dégradé les ressources naturelles […] Il y avait un exode rural très fort», a dit M. Sène en évoquant le contexte dans lequel le programme de revitalisation des vallées fossiles a été élaboré.
“Par la réflexion, nous en sommes arrivés à l’idée qu’il fallait utiliser à la solidarité hydrique. Il s’agissait d’aller chercher de l’eau dans des zones où il y avait des excédents afin d’alimenter des zones où le déficit était très important. C’est ça l’idée des vallées fossiles”, at-il expliqué.
Recalibrer certaines vallées
L’ingénieur hydraulique d’ajouter : “On estime, à cette époque, que plus de 10 milliards de mètres cubes d’eau se déversaient dans le fleuve Sénégal. Il y avait donc un potentiel extrêmement important […] Le tissu hydrographique était interconnecté, de la vallée du Ferlo à la vallée du Sine, de la vallée du Saloum au lac de Guiers. Il y avait un maillage hydrologique, que nous avions étudié en menant des recherches sur l’évolution historique des anciennes vallées fossiles ».
«C’est de cette manière que nous nous sommes rendu compte qu’il y avait la possibilité de recalibrer certaines vallées, d’aménager des canaux et de faire en sorte que, avec des réservoirs, nous pourrions aller chercher les excédents d’eau du fleuve Sénégal pour alimenter ces zones et revitaliser les anciennes vallées», a expliqué Abdoulaye Sène.
“Il était envisagé d’aménager certaines vallées de manière à faire stagner les eaux pluviales pendant trois ou quatre mois. Ces eaux devaient ensuite être utilisées pour des activités agricoles”, at-il ajouté, rappelant que les pouvoirs publics voulaient en même temps “fixer les jeunes du centre du pays dans leur terroir et réduire l’exode vers les villes”.
Selon M. Sène, il s’agissait d’approvisionner les vallées fossiles avec une partie des eaux du fleuve Sénégal, qui est mise en valeur par la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal.



