Au Congo, le règne sans fin de l’empereur Denis Sassou Nguesso

(SénéPlus) – Il est l’un des chefs d’État les plus indéboulonnables du continent africain. À 82 ans, le général Denis Sassou Nguesso a brigué ce dimanche 15 mars 2026 un cinquième mandat consécutif à la tête du Congo-Brazzaville. Surnommé « l’empereur » ou « le patriarche », le candidat du Parti congolais du travail (PCT) cumule déjà près de quarante-deux années de pouvoir. Dans un examen sans suspense que la journaliste Morgane Le Cam décrypte dans un portrait pour Le Mondela victoire du président sortant semble acquise face à six candidats chargés de « donner un vernis » à l’élection.
Le parcours de Denis Sassou Nguesso s’est forgé par les armes. Arrivé au sommet de l’État en 1979 après avoir évincé Joachim Yhombi Opango, il perd le pouvoir par les urnes en 1992 face à Pascal Lissouba, avant de le reprendre par la force en 1997 à l’issue d’une violente guerre civile. Depuis, l’ancien officier s’assure de ne plus jamais quitter son siège. Selon Le Mondeil a mis en place « un système oligarchique et népotique qui perdure jusqu’à aujourd’hui ». Les postes clés sont accaparés par son clan : son neveu Jean-Dominique Okemba dirige les renseignements, et son fils, Denis Christel, gère le ministère de la coopération internationale.
Cette mainmise sur l’appareil d’État s’accompagne d’une captation de la manne pétrolière. Le pays est le troisième producteur d’or noir d’Afrique subsaharienne, mais la population s’est appauvrie. De multiples scandales financiers attachent le régime. La journaliste du Monde rappelle notamment l’évaporation de 14 000 milliards de francs CFA destinés à la jeunesse et l’affaire des « biens mal acquis » en France, qui a valu des mises en examen à plusieurs membres de la famille présidentielle. Un ancien diplomate cité par le quotidien français n’hésite pas à décrire Denis Sassou Nguesso comme un « chef de clan un peu mafieux » responsable de « détournements massifs ».
Pourtant, à l’international, les condamnations sont rares. Face aux dérives autoritaires, les puissances étrangères privilégient leurs intérêts économiques et géopolitiques. « Nous n’approuvions pas les résultats truqués des élections mais nous ne pouvions rien condamner correctement, sinon TotalEnergies était exclu », avoue l’ex-diplomate évoqué par Le Monde. Le président congolais joue habilement de son statut de médiateur sur le continent et de manœuvre entre la France, la Russie et la Chine. Il utilise également la carte de la protection des forêts du bassin du Congo pour capter des financements verts et soigner son image.
Sur le plan intérieur, la répression a fait le vide. Pour Morgane Le Cam, la nouvelle Constitution adoptée en 2015 a été « taillée sur mesure pour permettre au « patriarche » de se représenter ». Les contestations électorales de 2016 ont été réprimées dans le sang, et les figures de l’opposition, comme André Okombi Salissa et Jean-Marie Michel Mokoko, purgent aujourd’hui de lourdes peines de prison. Alors que la présidentielle de ce dimanche s’est déroulée dans un climat de boycott de la part de l’opposition, un seul véritable mystère subsiste : celui de la succession. Un sujet tabou que « l’éléphant » refuse le farouchement d’aborder.



