au moins 169 civils tués dans un nouveau massacre dans le nord du pays

L’ONU se dit profondément inquiète après un nouveau massacre perpétré au Soudan du Sud, dimanche 1er mars, dans lequel au moins 169 personnes ont été tuées à Abiemnhom, dans la zone administrative de Ruweng frontalière du Soudan, selon les autorités qui soulignent que ce bilan est encore provisoire. « Les gens ont fui dans toutes les directions, si bien que nous allons sans doute encore retrouver des blessés et d’autres corps », a ainsi confié à RFI le ministre de l’Information du gouvernement local, James Monyluak.
Selon lui, l’attaque s’est déroulée autour de 4 heures du matin, quand un « très grand nombre » de jeunes Nuers armés originaires du comté voisin de Mayom, certains vêtus d’uniformes militaires, ont pris d’assaut Abiemnhom, rapporte notre correspondante à Juba, Florence Miettaux.
Si 79 soldats et policiers ont été tués en tentant de les repousser, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) a annoncé avoir reçu 80 blessés par balles au sein de l’hôpital d’Abyei situé à quelques kilomètres à l’ouest, parmi lesquels certains sont décédés des suites de leurs blessures – dont une femme enceinte. Les casques bleus de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) déployés dans la région ont quant à eux accueilli près de 1 000 civils sur leur base où ils ont prodigué des soins d’urgence aux blessés. Face au grand nombre de victimes de l’attaque, les autorités d’Abiemnhom n’ont eu d’autre choix que de les entrer dans une fosse commune.
« Cette escalade brutale des hostilités nous inquiète au plus haut point »
Si les raisons de cet assaut restent inconnues à ce stade, les autorités locales évoquent des affrontements intercommunautaires, une situation qui inquiète dans le contexte de forte recrudescence de la violence que connaît le pays ces derniers mois, notamment dans l’État de Jonglei, où les combats entre les partisans du chef de l’État et ceux de l’opposant Riek Machar se sont intensifiés malgré l’accord de paix que l’un et l’autre ont signé en 2018 pour mettre fin à la guerre civile commencée en 2013.
Aujourd’hui, la violence touche vraiment tout le Soudan du Sud.
Alexandra Brangeon
« Nous sommes très inquiets : le pays est dans une situation fragile où les tensions politiques se traduisent par une insécurité sur le terrain, ce qui est très préoccupant pour l’avenir du Soudan du Sud », affirme ainsi Priyanka Chodhury, la porte-parole de la Minuss, qui a récemment alerté sur le risque de violences à caractère ethnique sur fond de conflit politique. « Nous constatons que les combats entre les deux parties qui ont signé les accords de paix se sont intensifiés. Nous recevons des rapports sur des bombardements aériens et nous savons qu’il y a eu des déplacements importants de populations, des destructions et des pillages d’infrastructures humanitaires. Cette escalade brutale des hostilités nous inquiète au plus haut point », déclare également ce dernier, qui a exhorté toutes les parties à cesser les hostilités et à engager un dialogue constructif.
Les autorités de Ruweng, elles, demandent l’ouverture d’une enquête, le déploiement de forces de sécurité supplémentaires et l’envoi d’aide humanitaire dans la région. Elles pointent également du doigt les autorités de Mayom, sur fond de tensions entre les communautés Nuer de Mayom et Dinka d’Abiemnhom.


