Chronique : la guerre des coalitions entre Diomaye et Sonko est-elle lancée ? (par PIDvito)

Au sommet de l’État sénégalais, une séquence politique récente laisse entrevoir des remous stratégiques qui n’échappent ni aux observateurs ni aux militants. Deux rencontres distinctes, organisées à quelques jours d’intervalle par le président de la République et son Premier ministre, ont relancé les débats sur l’équilibre politique au sein du pouvoir.
La semaine dernière, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a présidé une réunion présentée comme une assemblée générale de la coalition Diomaye Président. L’événement, qui a réuni plusieurs dirigeants politiques et partisans de la majorité, a rapidement suscité de nombreux commentaires dans l’espace public. Lors de leurs interventions, plusieurs participants ont clairement exprimé leur volonté d’œuvrer dès maintenant à la réélection du Chef de l’Etat en 2029.
Quelques jours plus tard, ce week-end, le Premier ministre et leader du parti PASTEF, Ousmane Sonko, a également réuni ses alliés au sein d’une autre alliance politique baptisée APTE. La rencontre s’est tenue à l’Azalaï Hôtel Dakar et a été l’occasion pour le chef du gouvernement de rencontrer plusieurs partenaires politiques.
Sur les réseaux sociaux, les militants des deux camps alimentent déjà les spéculations. Les partisans du Premier ministre multiplient les messages de soutien et lancent ouvertement le slogan « Sonko 2029 », tout en s’en prenant parfois au président Bassirou Diomaye Faye.
Ces signaux politiques alimentent une interprétation de plus en plus répandue : les deux hommes, longtemps unis par une même trajectoire politique, semblent aujourd’hui suivre des voies stratégiques différentes. Cependant, ni le Président de la République ni son Premier Ministre ne se sont publiquement engagés dans une confrontation politique.
Mais la réalité des dynamiques politiques est souvent plus subtile. La création de deux cadres de mobilisation distincts, ainsi que les rivalités visibles entre militants sur les réseaux sociaux, donnent le sentiment qu’une recomposition silencieuse est en cours. En politique, ces signaux d’alarme comptent souvent autant que les déclarations officielles.
Cette situation intervient au moment où les Sénégalais attendent surtout des résultats concrets de l’action gouvernementale, après les douze années au pouvoir de l’ancien président Macky Sall, dont le bilan reste un point de comparaison constant dans le débat public.
Autre élément révélateur : lors de ces deux meetings politiques, plusieurs membres du gouvernement ont été aperçus dans des camps différents. Certains ministres ont participé à l’assemblée générale de la coalition présidentielle, tandis que d’autres étaient présents à la réunion organisée par le Premier ministre.
Ce détail n’est pas anodin. Elle révèle, au sein même de l’exécutif, des sensibilités politiques distinctes, certains responsables semblant se positionner davantage derrière le président de la République, tandis que d’autres affichent leur proximité avec le chef du gouvernement.
Pour l’heure, la cohabitation institutionnelle entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko reste intacte. Mais la politique sénégalaise, souvent imprévisible, montre une fois de plus que les alliances les plus solides peuvent se développer lorsque les horizons électoraux commencent à se dessiner.
Et alors que l’échéance de 2029 s’installe dans les calculs politiques, une idée semble déjà s’imposer dans les cercles d’observateurs : Diomaye n’est peut-être plus tout à fait Sonko, et Sonko n’est peut-être plus tout à fait Diomaye.
PIDvito
Journaliste

