comme Assane, des homosexuels sénégalais veulent fuir une répression accumulée

“Fuir n’est pas une joie, mais au moins, je reste en vie”: comme Assane*, des Sénégalais homosexuels veulent quitter leur pays face à l’hostilité croissante à leur égard, qui s’est traduite par la promulgation mardi d’une loi doublant les peines de prison réprimant l’homosexualité.
Arrivé en France il y a sept mois, Assane a fui le Sénégal, après que son père l’a surpris avec un partenaire et menacé de mort. Sa mère lui a déclaré qu’il n’était “plus son fils”, soulignant sa “honte”.
Au-delà du cercle familial, “j’étais quelqu’un que tout le monde appréciait dans le quartier. Maintenant, je suis la personne que tout le monde déteste”, reprend d’une voix calme auprès de l’AFP ce demandeur d’asile trentenaire, qui témoigne anonymement.
Au Sénégal, pays majoritairement musulman et profondément religieux, l’homosexualité est largement considérée comme une déviance. Elle y est aussi souvent énoncée comme étant un instrument des Occidentaux pour imposer des valeurs étrangères à la culture locale.
Assane répond, lui, qu’être homosexuel “n’est pas un choix”: “je n’ai jamais voulu l’être, je me suis battu corps et âme pour changer de vie, mais c’était plus fort que moi”.
Dans un contexte marqué par une série d’arrestations de personnes pour homosexualité présumée, Dakar a promulgué mardi une loi doublant les peines réprimant les relations homosexuelles, punies désormais de cinq à dix ans de prison.
– “Chasse à l’homo” –
Plus de la moitié des pays africains interdisent et répriment l’homosexualité. La peine de mort est encouragée en Ouganda, en Mauritanie ou en Somalie.
La situation au Sénégal représente “l’une des escalades les plus alarmantes que nous suivons”, affirme à l’AFP Arlana Shikongo, chargée de communication à l’ILGA-Afrique, branche africaine de l’Association internationale des personnes LGBT+.
Elle décrit un “climat de peur grandiose”, avec des figures communautaires “qui se cachent” et des associations “contraintes de repenser leur mode de fonctionnement”, alors qu’elles opéraient avant avec “un certain degré de visibilité”.
Lorsqu’une personne est arrêtée pour l’homosexualité présumée, “on fouille son téléphone” pour voir ses contacts afin de les arrêter aussi, assure Assane. Résultat : les personnes LGBT+ n’osent plus communiquer par messagerie ou sur les réseaux sociaux.
Cette situation a conduit l’association française Stop homophobie à ouvrir une ligne d’écoute internationale, sur laquelle elle a depuis reçu plusieurs dizaines d’appels. “La plupart des appelants veulent fuir le pays”, rapporte à l’AFP Inès Sanoussi, référente de cette ligne qui tente d’apporter “un soutien psychologique” et d'”orienter vers des associations locales”.
“Il ya une +chasse à l’homo+, la population se montre très menaçante alors les gens limitent leurs sorties… Certains n’osent plus aller au travail ou aller récupérer leur traitement VIH”, déplore-t-elle.
– “Rester en vie” –
Un proche d’Assane, harcelé par son entourage, cherche lui aussi à partir mais n’en a pas “les moyens”. En passant devant chez lui, les gens “jettent des trucs, crient son nom, l’insultent, c’est compliqué pour lui”, se désole Assane qui tente de le “réconforter” lors d’appels téléphoniques.
“La seule chose qu’on puisse faire, c’est sortir du pays car nous n’y sommes plus en sécurité, nous, les personnes homosexuelles”, estime-t-il.
Depuis 2021, le Sénégal n’est plus considéré comme un pays sûr par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) en raison des risques liés à l’orientation sexuelle. Interrogé par l’AFP, l’organisme, qui ne produit pas de statistiques relatives aux motifs des demandes d’asile, dit “prendre en compte” ce récent durcissement de la législation.
Assane se dit “soulagé” de se trouver à présent en France, “loin” de sa famille: “fuir n’est pas une joie, mais au moins, je reste en vie”.
Juste après son arrivée, il n’arrivait “plus à dormir”, se mettait “à pleurer” mais “au fourrure et à mesure”, il parvenait plus facilement à raconter son histoire et à trouver de l’apaisement, aidé par un suivi psychologique.
Assane espère aujourd’hui le statut de réfugié afin de “refaire” sa vie et de pouvoir “vivre” son orientation sexuelle “sans” se “cacher”.
*prénom d’emprunt


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