Politique

Comment Brice Clotaire Oligui Nguema a forcé TikTok à changer de méthode

Une semaine après la suspension des réseaux sociaux sur tout le territoire gabonais, une délégation de responsables de TikTok est attendue à Libreville. Objectif affiché : discuter avec la Haute Autorité de la Communication (HAC) et proposer de nouvelles mesures susceptibles d’encadrer davantage les contenus diffusés sur la plateforme.

La décision de suspendre les réseaux sociaux a été prise le 17 février par la HAC. Il concerne l’accès à plusieurs plateformes sur tout le territoire, dans un contexte marqué par des tensions sociales et politiques. Les autorités évoquent la présence de contenus jugés « diffamatoires, haineux ou préjudiciables à la cohésion sociale et à la sécurité nationale ».

Depuis cette date, l’accès aux réseaux sociaux reste restreint, même si la connexion internet n’a pas été totalement interrompue. Cette mesure a suscité diverses réactions, notamment de la part des acteurs économiques du secteur numérique, qui font état de répercussions sur leurs activités.

Le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguemainvesti en mai dernier, n’a annoncé aucune remise en cause de la décision prise par le régulateur. La suspension intervient alors que les enseignants tentent de se mobiliser pour lancer un mouvement social présenté comme sans précédent par certains observateurs.

Une correspondance officielle de TikTok

Dans ce contexte, TikTok a engagé des démarches auprès des autorités gabonaises. Le 18 février, le directeur des politiques publiques et des relations institutionnelles de TikTok Afrique francophone, Nshingu Kazadi, a adressé une lettre au président du HAC, Germain Ngoyo Moussavou.

Dans cette correspondance, la plateforme indique qu’elle « prend acte » de la mesure de suspension et affirme comprendre les inquiétudes exprimées par les autorités gabonaises. Elle évoque également la loi gabonaise n°019/2016 du 9 août 2016 portant Code de la communication, qui réglemente l’environnement médiatique et numérique dans le pays.

TikTok réitère son engagement à respecter les lois nationales et propose un ensemble de mesures destinées à renforcer la régulation des contenus. Parmi ceux-ci figurent le renforcement de la modération, la transmission des URL litigieuses aux autorités compétentes, l’établissement d’une liste de mots-clés sensibles ainsi qu’un mécanisme de signalement prioritaire des contenus jugés inappropriés.

La plateforme évoque également la possibilité pour la HAC d’intégrer le « TikTok Safety Enforcement Tool » (TSET), un outil destiné à faciliter la coopération avec les autorités en matière de modération et d’application des règles.

Discussions attendues sur les modalités concrètes

La délégation annoncée à Libreville devrait permettre d’aborder les modalités pratiques de mise en œuvre de ces propositions. Les discussions pourraient porter sur les mécanismes de coopération technique entre la plateforme et le régulateur, ainsi que sur les garanties attendues par les autorités gabonaises.

A ce stade, aucune date officielle de rétablissement de l’accès aux réseaux sociaux n’a été communiquée. Les échanges entre TikTok et le HAC pourraient cependant ouvrir la voie à une évolution du système en place.

Selon les sites d’information Info241 et Direct Infos Gabon, la suspension des réseaux sociaux aurait entraîné une perte quotidienne estimée à environ 50 millions de francs CFA pour les principaux opérateurs internet du pays. Sont notamment cités Moov Afrique Gabon Télécom, Airtel Gabon Et CanalBox Gabon.

Ces estimations n’ont pas fait l’objet de communication officielle de la part des sociétés concernées. Elles reflètent néanmoins les inquiétudes exprimées par certains acteurs économiques quant aux conséquences financières d’une suspension prolongée.

La situation continue d’évoluer. Les prochaines discussions entre la délégation TikTok et la Haute Autorité de la Communication devraient permettre de préciser les conditions d’un éventuel rétablissement de la plateforme au Gabon, dans le respect du cadre réglementaire en vigueur.

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