Société, Culture

Comment mèches, perruques et cheveux naturels mènent vers le cancer

Une étude menée par des chercheurs américains portant l’attention sur la composition chimique de perruques, mèches et extensions capillaires. Selon cette recherche publiée dans le journal de l’American Chemical Society, ces produits contiennent 170 substances chimiques différentes, dont 48 sont classées comme cancérigènes ou perturbateurs endocriniens par des organismes internationaux. Les scientifiques soulignent que ces substances peuvent avoir des effets sur la santé, notamment des troubles hormonaux, des impacts sur la fertilité, et dans certains cas, des risques de cancer.

Le problème majeur réside dans la durée de contact avec le cuir chevelu. Les extensions, perruques et mèches sont souvent portées plusieurs semaines d’affilée, collées directement sur la peau. Cette exposition prolongée pourrait, selon les chercheurs, accroître à long terme les risques pour la santé, y compris pour le cancer du sein. Contrairement aux idées reçues, les cheveux dits « naturels » ou « vierges » ne sont pas systématiquement plus sûrs. Certains produits naturels subissent des traitements chimiques lors de leur transformation et peuvent contenir davantage de substances nocives que des produits synthétiques.

Pour le cancérologue sénégalais Bachir Bâ, il convient de rester prudent face à ces conclusions. « On ne peut pas dire que l’utilisation de ces extensions capillaires est à l’origine d’un cancer du sein », explique-t-il. Selon lui, les facteurs environnementaux représentent seulement une faible proportion des causes de cancer, estimée à environ 5 %, tandis que les causes génétiques expliqueraient entre 5 et 10 % des cas. « Cette étude montre surtout la présence de certaines molécules dans les produits analysés, mais elle n’établit pas de mécanisme direct conduisant à un cancer », précise le spécialiste.

Les chercheurs alertent également sur les pratiques professionnelles autour de ces produits. Le chauffage ou l’immersion des mèches et perruques dans l’eau bouillante peut libérer des vapeurs toxiques, exposant non seulement les utilisatrices, mais aussi les coiffeurs à des irritations, démangeaisons, éruptions cutanées ou troubles respiratoires. De plus, les perturbateurs endocriniens présents dans certains produits peuvent intervenir dans divers déséquilibres hormonaux ou troubles reproductifs, même si la causalité directe n’est pas démontrée.

Malgré ces précautions, l’étude américaine soulève une question jusqu’ici peu abordée : la sécurité chimique des produits capillaires. Au Sénégal, ces accessoires sont largement utilisés par des millions de femmes. Selon un article publié en 2018 par Jeune Afriquele pays importait cette année-là 575 tonnes de cheveux humains transformés, pour un montant total d’environ 1 115 milliards de FCfa. L’industrie mondiale des cheveux et extensions représente quant à elle entre 10 et 15 milliards de dollars, soulignant l’importance économique de ce marché.

Face à ces données, le docteur Bachir Bâ recommande une interprétation prudente des résultats. « Il s’agit d’une étude environnementale. Ses conclusions doivent être lues avec précaution. Il ne faut pas en tirer de conclusions hâtives ou alarmistes », insiste-t-il. L’objectif de cette recherche est avant tout de sensibiliser et de renforcer la protection des consommatrices.

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