De Dakar à Paris, un dossier explosif plongé dans le silence

L’affaire impliquant un agent français en poste à Dakar continue de susciter de nombreuses interrogatoires, plus de trois ans après son arrestation. Interpellé en février 2022 à son arrivée à l’aéroport de Roissy, Frédéric Coudon, cet administrateur informatique rattaché à la représentation diplomatique française au Sénégal a été mis en examen en France pour une série d’infractions liées à la pédocriminalité, commissions sur plusieurs territoires, dont le Sénégal.
Une enquête ouverte depuis Dakar
Les enquêtes ont débuté après la détection, en mai 2021, d’une adresse IP localisée à Dakar ayant servi à partager des vidéos d’abus sur mineurs, rapporte Libération. Les enquêteurs français, notamment l’Office central pour la répression des violences aux personnes, ont progressivement retracé l’activité numérique du suspect. Les analyses techniques ont mis en évidence un volume particulièrement important de fichiers échangés sur une période s’étendant sur plusieurs années.
L’identification formelle du mis en cause a été facilitée par le croisement des données de connexion internet et de téléphonie mobile. Des perquisitions menées en France ont permis la saisie de matériels informatiques contenant des images et échanges compromettants.
Des faits étendus sur plusieurs pays
Le magistrat instructeur du Tribunal judiciaire de Paris a retenu plusieurs chefs d’accusation portant notamment sur la détention, la diffusion, l’importation et la consultation répétée de contenus pédopornographiques, ainsi que sur des faits présumés de corruption de mineurs via les réseaux sociaux. Les faits visés couvraient une période de plus de vingt ans et concernaient plusieurs pays en Europe et en Afrique.
Après avoir nié les accusations, le suspect aurait fini par admettre certains téléchargements et reconnu l’utilisation de faux profils pour entrer en contact avec des mineurs en ligne.
Commission rogatoire au Sénégal
Dans le cadre de l’information judiciaire, une commission rogatoire internationale a été exécutée à Dakar en avril 2022. Des enquêteurs sénégalais et français se sont rendus au domicile occupé par le diplomate à la Cité des magistrats, où du matériel informatique supplémentaire a été saisi.
Des collègues à l’ambassade ainsi que des employés de l’immeuble ont été auditionnés. Tous ont décrit un homme discret, investi dans son travail et passionné d’informatique, sans évoquer de comportements suspects apparents.
Une question centrale toujours en suspens
Malgré ces procédures avancées, peu d’informations ont été filtrées depuis l’exécution de la commission rogatoire. L’un des points les plus sensibles demeure l’éventuelle existence de victimes sénégalaises, question qui, à ce jour, n’a pas reçu de réponse publique.
L’affaire, révélée à l’époque par le journal Libération, reste donc marquée par un silence judiciaire qui alimente les interrogations sur l’état d’avancement du dossier et ses implications internationales.


