Société, Culture

Derrière la loi anti-LGBT, l’ombre de l’Amérique de Trump

(SénéPlus) – Derrière le récent renforcement de la loi contre l’homosexualité au Sénégal se cache une alliance transatlantique inattendue. Selon une enquête exclusive de l’agence Reuters signé Robbie Corey-Boulet, le collectif sénégalais Et Samm Jikko Yi a discrètement collaboré avec Résistance de masseun puissant groupe de pression américain d’extrême droite. Cette organisation « pro-famille », basée dans le Massachusetts, considère l’homosexualité comme une menace pour la santé publique et s’illustre aux États-Unis par sa lutte contre le mariage homosexuel.

Si Résistance de masse conseiller des militants africains depuis plusieurs années, le groupe entend aujourd’hui tirer parti du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Contrairement aux administrations Biden et Obama, qui intégraient la défense des droits LGBT à leur politique étrangère, l’actuel président américain s’y refuse fermement. Arthur Schaper, directeur de campagne de Résistance de masses’en réjouit auprès de Reuters : « Il y a une volonté renouvelée de mettre en place ces interdictions strictes de la promotion et de la prolifération de l’idéologie LGBT maintenant, parce que le président Trump n’a pas l’intention de harceler et d’intimider les pays pour qu’ils incorporent ces idéologies destructrices. »

Selon la chercheuse Haley McEwen, citée par Reutersle mouvement pro-famille transnational a ainsi atteint « de nouveaux sommets en termes de niveau d’influence maintenant que Trump est au pouvoir ».

Au Sénégal, la criminalisation des « actes contre nature » n’est pas nouvelle, mais la campagne pour l’adoption d’un arsenal répressif plus sévère s’est intensifiée dès 2020 sous l’impulsion du réseau d’organisations islamiques et civiles Et Samm Jikko Yi. La promesse électorale du duo Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko en 2024 a ouvert une fenêtre de tir décisif.

C’est dans ce contexte favorable qu’Ababacar Mboup, alors coordinateur du réseau, a contacté Résistance de masse en décembre 2024. L’objectif : discuter d’une modification de la loi et envisager la création d’une antenne locale du lobby américain. D’après l’enquête, les deux entités ont échangé sur les « tactiques de sensibilisation, de mobilisation et de plaidoyer auprès des autorités sénégalaises ». Une stratégie payante, puisque les députés sénégalais ont récemment adopté un nouveau texte doublant la peine maximale pour les relations homosexuelles à dix ans de prison, tout en pénalisant l’apologie et le financement de ces actes. La loi attend désormais d’être promulguée par le président Diomaye Faye.

Un laboratoire ouest-africain

L’influence de Résistance de masse ne s’arrête pas aux frontières sénégalaises. Le lobby mène une offensive similaire au Ghana, où une législation extrêmement répressive est à l’étude. Frank Mackay Anim-Appiah, directeur de l’ONG ghanéenne Freedom International, assume cette collaboration. Je confirme à Reuters avoir échangé du matériel éducatif avec Arthur Schaper pour contrer l’« infiltration » du mouvement LGBT dans les écoles : « Je considère Arthur comme un collègue… Nous menons tous une bataille. »

Sur le terrain, les conséquences du nouveau cadre légal sénégalais suscitent l’inquiétude des professionnels de santé. La pénalisation de la « promotion » de l’homosexualité menace directement les programmes de prévention du VIH/SIDA auprès des minorités sexuelles. La prévalence du virus, bien que très faible au niveau national (0,3%), explose au sein de la communauté des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), frôlant les 49% dans certains quartiers de Dakar.

D’après la Fédération internationale pour les droits humains, la vague d’arrestations est déjà en cours, forçant de nombreux homosexuels à l’exil vers la Mauritanie, la Gambie ou la Côte d’Ivoire. Une tragédie sanitaire et humaine qui s’ajoute aux coupes budgétaires drastiques de l’aide étrangère américaine décidées l’an dernier par l’administration Trump.

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