Économie, Affaires

Économie Sénégalaise ou le flambeau qui vacille : « Comment le PM a organisé la chute du Sénégal », selon Yoro Dia

Le mot est lâché. « Nakba. » Le politologue et ancien coordonnateur de la communication de la présidence, Dr Yoro Dia, a choisi ce terme arabe, lourd de sens historique, pour qualifier ce qu’il considère comme la catastrophe économique silencieuse qui traverse actuellement le Sénégal. Une catastrophe qui, selon lui, a un acte fondateur précis. Le 26 septembre 2024, lorsque le Premier ministre Ousmane Sonko a publiquement accusé l’État, selon Yoro Dia, d’avoir dissimulé une « dette cachée » aux yeux de ses partenaires financiers internationaux. Ce jour-là, estime l’ancien ministre, quelque chose s’est brisé dans la crédibilité économique du pays.

 

Les chiffres semblent-ils lui donner raison, au moins en partie ? La Banque mondiale projette pour le Sénégal une croissance de seulement 4,1% en 2026, ce qui le placerait bon dernier de la CEDEAO. Derrière la Guinée, à 9,3%. Derrière la Côte d’Ivoire, à 6,4%. Derrière le Bénin, à 7%. Et, fait particulièrement saisissant, derrière le Niger et le Burkina Faso, à respectivement 6,7% et 4,6%, deux pays pourtant englués dans des conflits armés qui ravagent leurs territoires depuis plusieurs années. Le Sénégal, longtemps présenté comme un modèle de stabilité et de dynamisme en Afrique de l’Ouest, se retrouve ainsi éloigné par des voisins que tout, sur le papier, semblait condamner à faire moins bien.

 

Pour Yoro Dia, ce déclassement n’est pas le fruit du hasard ni d’une conjoncture internationale défavorable. Il y voit l’aboutissement d’un « sabotage systémique » soigneusement orchestré, qui aurait accéléré le pays, selon sa formule, « de l’avant-garde à l’arrière-garde » des économies régionales. Son analyse, volontiers politique et accusatoire, désigne l’exécutif comme principal responsable d’un naufrage qu’il juge évitable. Le journal Le Témoin Quotidien, qui relaye ces projections de la Banque mondiale en Une, n’entre pas dans cette lecture partisane mais fournit, sans le vouloir peut-être, la matière factuelle qui nourrit et crédibilise le discours de Yoro Dia. Les chiffres de l’institution de Bretton Woods font office de prudence objective à une thèse résolument subjective.

 

Sur le fond, les analystes pointent des fragilités structurelles que la polémique politique ne doit pas occulter. Les retombées de l’exploitation des hydrocarbures, annoncées depuis longtemps comme le moteur d’une croissance spectaculaire, peinent à se matérialiser dans les indicateurs économiques réels. L’effet d’entraînement sur l’emploi et les recettes de l’État demeure en deçà des projections initiales, alimentant une déception populaire croissante. À cela s’ajoute un climat d’incertitude institutionnelle qui refroidit les ardeurs des investisseurs étrangers, dans un contexte de relations tendues avec certains partenaires traditionnels du Sénégal.

 

Les voix critiques se multiplient et se radicalisent. Samba Diouldé Thiam, figure de l’opposition, compare ouvertement le Premier ministre à Mussolini, dénonçant ce qu’il perçoit comme une dérive autoritaire doublée d’une incompétence économique.


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