Politique

En l’absence de Tariq Ramadan à son procès pour viol, la justice ordonne une expertise médicale

Le tribunal correctionnel départemental de Paris, qui doit juger l’islamologue Tariq Ramadan pour viols sur trois femmes, a ordonné lundi une expertise médicale, l’accusé n’ayant pas comparu à l’ouverture de son procès en raison d’une hospitalisation à Genève selon ses avocats.

L’audience reprendra mercredi à 14 heures, a annoncé le président du tribunal. En fonction de cette expertise collégiale sur pièces, confiée à deux neurologues, le tribunal décidera du report ou non du procès à une date ultérieure.

Plus tôt dans la journée, le procureur général Philippe Courroye avait demandé aux magistrats d’émettre un mandat d’arrêt international contre l’accusé, estimant qu’il avait “en violation de son contrôle judiciaire” qui l’oblige notamment à informer l’autorité judiciaire de tout déplacement hors de France.

Le prédicateur de 63 ans, déjà condamné par la justice suisse pour viol sur une autre femme, doit comparaître jusqu’au 27 mars devant un tribunal composé uniquement de juges professionnels. Il risque jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle.

Mais Tariq Ramadan, atteint de sclérose en plaques, ne s’est pas présenté à l’audience lundi matin, étant hospitalisé depuis samedi à Genève, selon Me Marie Burguburu, une de ses avocates, qui a demandé au président du tribunal de reporter le procès “afin qu’il puisse comparaître”.

Elle a expliqué que son client habitait à la frontière avec la Suisse et effectuait des visites à Genève “depuis des mois” au chevet de sa mère de 93 ans. Il a été hospitalisé lors d’un de ces voyages en raison d’une aggravation de son état.

Le président du tribunal a observé que le contrôle judiciaire auquel est soumis M. Ramadan imposait également qu’il réside à Saint-Denis, près de Paris, et non à la frontière franco-suisse.

– “Éluder le débat” –

« Nous comprenons que l’idée est d’éviter le débat qui doit s’ouvrir aujourd’hui », a déclaré Me David-Olivier Kaminski, avocat d’Henda Ayari, l’une des parties civiles.

“Il ne faut pas se tromper, Tariq Ramadan utilise tous les moyens pour ne pas comparaître et ne pas être jugé”, a ajouté le procureur général.

Après plusieurs rebondissements procéduraux, la cour d’appel de Paris a ordonné en juin 2024 un procès contre cette figure contestée de l’islam européen pour viols sur trois femmes : un viol aggravé, avec violences et sur personne vulnérable, commis sur « Christelle » (prénom d’emprunt) à Lyon en octobre 2009 ; un autre viol qui aurait eu lieu en 2012 à Paris sur Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue militante laïque qui avait déclenché l’affaire en portant plainte en octobre 2017 ; et un autre sur une troisième femme, remontant à 2016.

Dans un premier temps, les juges d’instruction chargés de l’enquête l’avaient également renvoyé en justice pour les viols d’une quatrième femme, Mounia Rabbouj. Mais l’islamologue a fait appel devant la cour d’appel, qui a finalement débouté ce dernier.

Elle a également balayé la notion de “contrôle” qui imprégnait jusqu’alors le dossier, estimant que cette notion, “au sens d’un stratagème conduisant à la privation nécessairement totale du libre arbitre”, ne pouvait être retenue à aucun stade de la relation entre M. Ramadan et les parties civiles.

– Relations brutales –

Pour la cour d’appel, c’est au contraire « les violences qui sont principalement mises en avant dans les différents récits » des victimes.

Les plaignantes ont en effet décrit des relations sexuelles particulièrement brutales, résumées ainsi par les juges d’instruction dans leur ordonnance.

L’intellectuel avait d’abord nié avoir eu des relations sexuelles avec ces femmes, puis reconnu mi-2018 l’existence de relations adultères, marquées par une « domination », rudes mais « consensuelles », un tournant majeur dans cette problématique.

M. Ramadan a multiplié ses offensives procédurales pour exiger la reprise des enquêtes et reporter la tenue d’un procès, arguant qu’il dispose de nouvelles expertises prouvant, selon lui, son innocence.

En Suisse, après avoir été acquitté en première instance, il a été condamné en appel en septembre 2024 à trois ans de prison, dont un an pour le viol d’une femme dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008 dans un hôtel de Genève.

Il a annoncé qu’il saisirait la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et a également déposé une demande de révision du procès, qui est actuellement en cours selon les tribunaux genevois.

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