Frappé au sommet, l’Iran confie la survie de son armée d’élite à un vétéran visé par une notice rouge d’Interpol

En pleine tempête militaire, la République islamique réorganise l’ossature de son appareil de défense. Alors que l’offensive conjointe des États-Unis et d’Israël a déjà coûté la vie à plus d’un millier de personnes et décapité une grande partie du commandement iranien, un nouveau chef prend les rêves du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Le général de brigade Ahmad Vahidi succède ainsi à Mohammad Pakpour, tué fin février lors des premières phases des attaques, tout comme le Guide suprême Ali Khamenei. Avant sa mort, ce dernier avait d’ailleurs nommé Vahidi au poste de chef adjoint en décembre pour préparer les forces armées à une éventuelle confrontation directe.
Contrairement à ses précédents, Ahmad Vahidi ne se limite pas à une carrière strictement militaire. S’il a dirigé la force d’élite Al-Qods de 1988 à 1997 avant de passer le relais à Qassem Soleimani, il a également occupé des fonctions politiques de premier plan. Il a notamment été ministre de la Défense sous Mahmoud Ahmadinejad et ministre de l’Intérieur sous le défunt président Ebrahim Raïssi, quittant ce poste en 2024.
Selon des analyses réalisées par la chaîne Al Jazeera, cette double casquette fait de lui un bureaucrate expérimenté, jugé apte à correspondre à une structure militaire devenue complexe. L’ancien chef du CGRI, Mohammad-Ali Jafari, avait en effet intentionnellement décentralisé l’organisation pour qu’elle puisse survivre à l’élimination de ses dirigeants. Aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi concède que certaines unités militaires opèrent de manière isolée. La mission de Vahidi consiste à réunifier ces forces sur le terrain grâce à l’appui des vétérans de l’organisation.
Le parcours du nouveau commandant s’accompagne de lourdes accusations à l’international. Depuis la fin des années 2000, Ahmad Vahidi est visé par une notice rouge d’Interpol, émise à la demande des autorités argentines, pour son implication présumée dans l’attentat de 1994 contre le centre communautaire juif AMIA à Buenos Aires, qui a fait 85 morts. Téhéran a toujours rejeté ces allégations, son ministère des Affaires étrangères qualifiant la notice de sans fondement.
Plus récemment, il a été sanctionné par les États-Unis et l’Union européenne pour son rôle dans la répression meurtrière des manifestations de 2022, consécutives à la mort de Mahsa Amini. Mohammad Ali Shabani, rédacteur en chef du média Amwaj, souligne publiquement que ses précédents, Pakpour et Salami, ont fait figure d’instituteurs comparés à cet homme, qu’il décrit comme particulièrement brutal.
Pour les dirigeants iraniens, le choix de Vahidi répond à une urgence existentielle. Alors que le conflit s’étend activement dans la région du Golfe, la survie du système politique repose entièrement sur la capacité des Gardiens de la révolution à absorber les frappes, à se réorganiser et à maintenir leur capacité opérationnelle malgré la perte de leurs figures historiques.



