Société, Culture

Gouvernance du secteur des médias, Mamoudou Niane décrypte les enjeux du nouveau régulateur

Expert en droit du numérique, Mamoudou Niane s’est exprimé sur le nouveau Conseil national de régulation des médias dont la loi a été adoptée en plénière le 3 mars dernier par l’Assemblée nationale, marquant désormais le passage d’une régulation sectorielle limitée à l’audiovisuel à une régulation intégrée de l’écosystème informationnel mondial. Invité de l’émission Objection sur Sud Fm hier, dimanche 8 mars, l’enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis est revenu sur les enjeux démocratiques et sociaux que représente ce nouvel instrument de régulation.

La création du Conseil national de régulation des médias (CNRM) marque un tournant dans la gouvernance du secteur médiatique au Sénégal. Désormais, la régulation ne se limitera plus à l’audiovisuel, mais s’étendra à l’ensemble de l’écosystème informationnel, incluant la presse écrite, la presse en ligne, les créateurs de contenus ainsi que les médias étrangers accessibles sur le territoire national.

Invité de l’émission Objection sur Sud Fm, l’expert en droit du numérique Mamoudou Niane a souligné que cette évolution répond d’abord à un enjeu démocratique majeur. « L’enjeu démocratique, c’est de renforcer la qualité du débat public en instaurant une confiance dans la circulation de l’information », at-il expliqué. Selon lui, le nouveau dispositif ne doit pas être perçu comme une instance répressive. « Ce n’est pas en tant que tel une police de l’information. C’est simplement un mécanisme destiné à restaurer la confiance du public dans les médias. »

L’enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger rappelle que les médias occupent une place essentielle dans l’architecture démocratique. « En tant qu’instrument assurant un service public et quatrième pouvoir de surcroît, les médias doivent participer de manière transparente au débat démocratique. C’est un enjeu fondamental dans un État de droit comme le Sénégal », a-t-il insisté.

Au-delà de la dimension démocratique, Mamoudou Niane a rencontré en avant les enjeux sociaux liés à la régulation du secteur. « Les médias participent aujourd’hui à la fabrication de l’opinion publique. Dans ce cadre, ils ont une obligation de vigilance accumulée qui doit être renforcée par la posture éthique des professionnels des médias », a-t-il indiqué. Selon lui, cette responsabilité impose de protéger l’opinion publique contre les phénomènes de désinformation, de trafic d’influence ou encore les dérives informationnelles.

Dans cette perspective, il estime que la régulation peut contribuer à la fois au renforcement de la démocratie et à la crédibilité de l’information. « Il ne faut pas voir tout changement comme une entreprise de censure ou d’autocensure. Il s’agit plutôt de répondre à l’esprit de la Constitution, qui garantit que l’exercice des droits fondamentaux doit se faire dans la diversité », at-il expliqué. Pour l’expert, les sanctions prévues dans le cadre du nouveau dispositif doivent être perçues comme « un instrument pédagogique permettant de redresser le tir pendant qu’il est encore temps ».

Mamoudou Niane a également appelé le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (CORED) à accompagner cette transformation en s’ouvrant davantage aux nouveaux espaces médiatiques, notamment aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux.

Concernant les critiques émises par certains acteurs du secteur, notamment le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS) et le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (SYNPICS), qui dénoncent un manque de concertation, l’expert a apporté des nuances. « Durant le processus, au moins à deux reprises, des réunions auxquelles j’ai participé en tant qu’expert externe ont associé des représentants de l’écosystème médiatique. Je ne peux pas garantir la profondeur de leur intégration dans le processus, mais ils ont bel et bien pris partie aux travaux », a-t-il précisé. Pour lui, l’ambition du futur régulateur doit être claire : instaurer un climat de confiance entre les médias et les citoyens. « Si le CNRM a été doté d’outils aussi importants que la supervision technique, le contrôle et un pouvoir d’investigation renforcé, c’est pour qu’il puisse s’imposer comme un arbitre de l’espace médiatique », a-t-il soutenu.

Enfin, l’expert s’est attardé sur la question sensible des influenceurs, devenue incontournable dans le paysage informationnel contemporain. « Les influenceurs constituant une catégorie hétérogène : certains sont économiques, sociaux ou politiques, et ne poursuivent pas les mêmes objectifs ni n’utilisent les mêmes moyens », at-il observé

Derrière cette diversité, il appelle à construire une grille de lecture adaptée afin d’appliquer la loi avec pertinence. « On ne peut pas appliquer indistinctement un texte à des catégories qui ne relèvent pas de la même logique. Il appartiendra donc au nouveau régulateur d’identifier les influenceurs qui participent de manière décisive à la création et à la circulation de l’information afin de leur appliquer les règles appropriées », a conclu Mamoudou Niane.

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