Hydrocarbures : Ousmane Sonko met en examen les « contrats hérités » et promet des comptes devant le Parlement

Devant la presse, le Premier ministre Ousmane Sonko a dressé sans concession un tableau de la gestion passée des ressources naturelles du Sénégal, tout en annonçant une série de mesures destinées à corriger les lacunes. La séance a porté principalement sur les secteurs des hydrocarbures et des mines, deux piliers de la stratégie de souveraineté économique du gouvernement séparatiste.
GTA : un contrat « dont nous n’avons pas pu discuter des termes »
Sur le bloc gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA), exploité conjointement avec la Mauritanie et entré en production depuis l’année dernière, le premier ministre n’a pas mâché ses mots. Sans entrer dans le détail des clauses, il a affirmé que les contrats signés sous l’ancienne administration l’avaient été dans des conditions qui ne laissaient aucune place à la discussion au Sénégal. “Tant qu’on parle de milliards de dollars alors que le Sénégal ne peut même pas récupérer 800 milliards de francs sur la même période, je ne peux pas dire qu’on gagne quoi que ce soit”, a-t-il déclaré, résumant l’ampleur d’un déséquilibre qu’il qualifie de “pain béni” pour les partenaires étrangers.
Dans ce contexte, le gouvernement entend rendre public l’intégralité des revenus attendus au cours des vingt prochaines années pour chaque bloc, afin que les citoyens puissent eux-mêmes évaluer la réalité des gains. En attendant, la priorité affichée reste l’approvisionnement du marché local en gaz naturel du bloc GTA, dans le cadre des dispositions du contrat de recherche et de partage de production, qui selon lui reconnaît explicitement ce droit.
Yakaar-Teranga : 94 milliards en jeu pour le marché local
Concernant le bloc Yakaar-Teranga, qualifié de « 100 % sénégalais » et doté de réserves prouvées de l’ordre de 2,7 à 3 TCF (térafeet cube), Sonko a évoqué une négociation en phase finale visant à obtenir que GTA approvisionne en priorité le marché local avant toute exportation. L’enjeu financier est estimé à 94 milliards de francs sur les opérations et 8 milliards supplémentaires en avantages fiscaux. Au-delà des chiffres, le Premier ministre a souligné la dimension structurelle de l’enjeu : approvisionner en gaz naturel l’ensemble du tissu industriel sénégalais, soutenir la politique nationale d’industrialisation et régler durablement la question du gaz domestique.
Ce bloc fait pourtant partie de ceux dont le contrat a été renouvelé en 2024, soit pendant la période électorale. Des irrégularités de procédure ont été relevées, a indiqué le chef du gouvernement, précisant que les discussions se poursuivront « de manière consensuelle » afin que le Sénégal puisse tirer le meilleur parti de ces ressources pour les générations futures.
Les licenciements en série et la nouvelle doctrine pétrolière
Sur le plan contractuel, le Premier ministre a annoncé l’arrêt de plusieurs blocs jugés improductifs ou non conformes aux engagements des titulaires : le bloc profond de Thiès, le bloc en offshore profond de Saint-Louis et le bloc offshore de Dakar ont ainsi été arrêtés depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel gouvernement. Ces décisions s’inscrivent dans une doctrine révisée dont Sonko a rappelé les fondements : “Nous ne sommes plus dans une logique de signature de concessions avec des partenaires privés pour nous retrouver 25 ans plus tard à un résultat décevant. Désormais, l’Etat définit sa stratégie de développement et de consommation intérieure, et n’ouvre la porte qu’aux partenaires désireux d’y adhérer.”
Par ailleurs, le gouvernement s’emploie à redimensionner les périmètres d’exploration et d’exploitation, jugés « trop larges et trop imprécis » par rapport aux standards internationaux, dans le but d’augmenter le nombre de partenaires potentiels et d’optimiser le partage des bénéfices pour le pays.
Un rapport manquant et des responsabilités à établir
La partie la plus politique du discours concerne les responsabilités des décideurs de l’époque précédente. Sonko a révélé l’existence d’un rapport étatique qui aurait, à l’époque, formellement déconseillé la signature du décret approuvant l’une des conventions pétrolières, au motif qu’il contreviendrait au Code pétrolier. Ce rapport a mystérieusement disparu des archives officielles, avant que des copies conservées par des particuliers n’en attestent l’existence. Selon le Premier ministre, il s’agit explicitement de « pots-de-vin et de corruption, avec des montants très clairement précisés ».
Interrogé par les députés, il a annoncé qu’il mettrait toutes les informations à disposition des commissions d’enquête parlementaires afin que “ceux qui ont signé les rapports, les recommandations et le décret lui-même puissent rendre compte de leurs actes”. De nouvelles annonces sont attendues dans les prochains jours.



