Société, Culture

Il ne doit y avoir aucune condition à la restitution des biens culturels

Dakar accueille, du 23 au 26 février 2026, le colloque international « Souverainetés et restitutions ». Ce rendez-vous scientifique majeur marque l’aboutissement de quatre années de recherches mondiales sur le retour des patrimoines spoliés. Mamarame Seck, enseignant-chercheur à l’Ifan Cheikh Anta Diop et membre du groupe de recherche « Retours », revient sur l’urgence d’une restitution totale et sans compromis des trésors africains encore détenus en Europe.

Dakar accueille depuis lundi un colloque international intitulé « Souverainetés et restitutions ». Quel est l’enjeu de ce rendez-vous ?

Je fais partie du groupe de recherche international « Retours », qui réunit depuis bientôt quatre ans des chercheurs d’Afrique, d’Europe et des Etats-Unis. Ce colloque de Dakar est notre rencontre finale. L’enjeu est de taille : il s’agit de réfléchir à la restitution réelle et totale des biens culturels africains spoliés, aujourd’hui conservés dans les musées occidentaux. Nous voulons que ce débat ne soit plus une simple discussion académique, mais un acte de souveraineté.

Où est le Sénégal précisément ? Le sabre de Cheikh Omar Tall est souvent cité comme exemple..

Pour le cas du Sénégal, un seul objet a été officiellement restitué : le sabre de Cheikh Omar Tall. Rappelons qu’il nous avait d’abord été « prêté » de façon temporaire, alors qu’il nous appartient ! Ce n’est que récemment qu’une restitution totale a été actée. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il reste des centaines de manuscrits, d’archives et d’objets d’art dans les bibliothèques et musées français. Ce colloque doit être le déclic pour que l’État du Sénégal formule des demandes officielles afin de rapatrier ce patrimoine qui appartient à des communautés précises avec lesquelles nous travaillons.

Le processus de restitution est souvent considéré pour sa lenteur et ses conditions. Qu’en pensez-vous ?

Une loi a été votée en France, mais elle comporte encore trop de «garde-fous». A mon sens, il ne doit y avoir aucune condition à la restitution. On nous demande souvent : «où allez-vous les mettre ?» ou « comment allez-vous les conserver ? ». C’est une insulte à notre souveraineté. Nous avons des musées et des communautés capables de valoriser ces objets. Ce n’est pas à ceux qui ont spolié ces biens et les détiennent illégalement de nous dicter la marche à suivre. Nous devons reprendre le contrôle sur les modalités et le calendrier, au lieu de célébrer les «victoires» symboliques qui n’en sont pas vraiment.

At-on une idée précise de la quantité d’objets restants à rapatrier ?

C’est extrêmement difficile à quantifier. Entre les objets exposés et ceux qui dorment dans les réserves ou les collections privées, les chiffres sont vertigineux. Le rapport de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy a ouvert une brèche, mais il est loin d’avoir tout révélé. Le travail doit se poursuivre pour obtenir un inventaire exhaustif et, enfin, une restitution totale

Qui participe à ce sommet de Dakar ?

C’est un groupe très diversifié. Nous recevons une cinquantaine de participants étrangers -Camerounais, Béninois, Maliens, Français, Allemands, et même des chercheurs venant d’Iran- qui se joignent aux experts locaux.

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