« Il y a eu des contacts sans précédent entre les États-Unis et les forces politiques kurdes »

Asso Hassan Zadeh : Non seulement nous l’espérons, mais nous y croyons. Le régime est plus que jamais affaibli par les frappes israélo-américaines. La population iranienne et le peuple iranien dans son ensemble veulent saisir cette opportunité pour se débarrasser de ce régime.
La chute de la République islamique n’est-elle qu’une question de temps ?
Absolument, mais ce n’est pas facile. Le cas de l’Iran est très différent des autres cas. Le système de la République islamique repose sur plusieurs piliers. Ils ont encore des cartes en main. L’appareil répressif, en l’absence d’une défection au sein du régime à laquelle je n’ai jamais cru et je ne crois pas, est toujours capable de réprimer tout soulèvement populaire.
Mais en même temps, si l’on regarde la situation actuelle, même si l’on parle d’une cessation des hostilités – dans l’intérêt non seulement du peuple iranien, mais aussi de l’Occident, y compris des Européens et des Français, qui sont malheureusement depuis longtemps absents des grands dossiers du Moyen-Orient – il faut évoluer dans cette perspective. Mais la fin du régime n’est pas tout. Nous devons également réfléchir sérieusement à une alternative crédible qui représenterait les aspirations des Iraniens.
“La guerre risque encore de durer longtemps”, selon le chef d’état-major israélien. De votre point de vue, cette guerre peut-elle durer ?
Les Américains l’ont déjà annoncé dès le premier jour. Leur projection était de 4 à 5 semaines. Dans un précédent plus facile à compléter, le cas irakien de Saddam Hussein en 1991, cela a duré plusieurs semaines. Ainsi, l’exemple de l’Iran qui est en cours, notamment avec la conflagration dans la région, est bien plus compliqué. Elle pourrait durer encore plusieurs semaines, surtout s’il n’y a pas de consensus international, si les Européens ne s’y prennent pas au sérieux et s’il n’y a pas surtout une offensive terrestre ou des soldats au sol, ce qui est exclu du côté américain.
Donald Trump a déclaré le 7 mars qu’il ne souhaitait pas que les Kurdes lancent une offensive contre l’Iran. Pourtant, deux jours plus tôt, le même président des États-Unis était « totalement favorable » à une offensive des milices kurdes iraniennes contre le pouvoir de Téhéran. Vous voyez-vous dans les intentions et les attentes américaines ?
Il est difficile de prédire Donald Trump. C’est son style personnel, soit parce qu’il hésite lui-même – on l’a vu aussi dans le cas ukrainien avec des déclarations contradictoires – soit c’est une guerre psychologique qu’il mène contre l’Iran. Quoi qu’il en soit, il a affirmé que la carte de l’Iran ne resterait pas la même après la guerre.
Je peux vous confirmer que ces derniers jours, des contacts et des discussions sans précédent et d’un niveau exceptionnel ont eu lieu entre l’administration américaine et la coalition des forces politiques kurdes du Kurdistan iranien, pour réfléchir au rôle que peuvent jouer les Kurdes d’Iran dans ce contexte.
Quel type de contacts y a-t-il eu entre les partis kurdes qui ont formé une coalition et l’administration américaine ?
Je ne suis malheureusement pas en mesure de donner des détails sur le niveau et la nature des contacts. Je peux seulement dire qu’ils sont d’un niveau exceptionnel.
Quel rôle les partis kurdes voudraient-ils jouer dans la chute de la République islamique ?
Le Kurdistan iranien est la partie de l’Iran la plus mobilisée, la plus politisée. Les partis kurdes – de par leur profond enracinement dans la population et la présence de leur siège, leur base au Kurdistan irakien – ont une certaine influence sur la population. Même si ces dernières années leur marge de manœuvre au Kurdistan irakien a été assez limitée, ils ont toujours maintenu leurs unités de guérilla entraînées, avec la possibilité de participer à une libération des territoires kurdes et même au-delà, si l’on voit que le régime est complètement affaibli.
Mais il faut savoir que même avec la destruction des capacités militaires iraniennes en drones et en missiles, le régime iranien sera capable de réprimer dans le sang un soulèvement populaire avec les armes qu’il a utilisées en 1980 et les années suivantes.
Les milices kurdes sont-elles prêtes à participer à un mouvement militaire qui permettrait la chute du régime islamique ?
En tout cas, ils en ont le potentiel. Plusieurs conditions doivent être remplies, mais en tout état de cause, je ne pense pas que les partis kurdes iraniens se lancent dans une telle aventure sans être sûrs que par la suite, il y aura une garantie de protection des civils en Iran.
Cela signifierait-il que les milices kurdes ne s’impliqueraient qu’avec la certitude d’avoir le soutien américain ou militaire ?
Notre combat a commencé avant les frappes américaines en Iran. Et si jamais il y a de nouveaux accords entre eux, notre combat continuera tant que nos droits ne seront pas respectés. Il y a aussi une part d’initiative de notre part, une attente de la part de la population, mais en tout cas, dans l’hypothèse certaine où le régime iranien utilise les villes kurdes iraniennes comme bouclier humain, comme il commence à le faire, il faut certainement y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans une telle hypothèse et préparer le terrain par la mise en place d’une « zone d’exclusion aérienne », comme ce fut le cas grâce aux Français à l’époque au Kurdistan irakien.
Comment imaginez-vous l’Iran après cette guerre ? Quel pourrait être le futur régime ?
Malheureusement, il n’existe toujours pas d’alternative politique crédible qui représente les aspirations de tous les Iraniens, de tout le peuple iranien. Il y a plusieurs pôles qui se forment, mais en tout cas, je pense que le pôle des nationalités opprimées et des républicains, de ceux qui ne veulent pas d’un retour à la monarchie, dans les jours et les semaines à venir, peut être très fort.
Et nous œuvrons pour un Iran démocratique, si possible fédéral en tout cas, dans lequel les droits des nationalités opprimées, des peuples opprimés, notamment des Kurdes qui ont longtemps souffert des deux régimes et qui ont une longue histoire dans ce combat, sont reconnus à tous les niveaux.
Pas de retour à la monarchie, donc pas de Reza Pahlavi, le fils du dernier shah d’Iran souvent cité ?
Assez.
RFI



