Société, Culture

Ils fuient la traque anti-LGBT et témoignent

(SenePlus) – Depuis l’adoption d’un texte durcissant les peines contre l’homosexualité, des dizaines de personnes fuient le pays dans la terreur. Témoignages recueillis par TV5 Monde révèlent l’ampleur d’une répression qui brise des vies et pousse à l’exil des citoyens sénégalais contraints d’abandonner familles et identité.

L’Assemblée nationale vient de franchiser un cap dans la répression des minorités sexuelles. Les députés ont adopté une loi doublant les peines encouragées pour les relations homosexuelles, désormais passibles de dix ans de prison. Les conséquences sont immédiates et brutales : arrestations en série, climat de terreur et, dans l’ombre, un exode silencieux de femmes et d’hommes fuyant leur propre pays.

“Salif” (un pseudonyme) incarne ce drame humain. Homosexuel sénégalais dont l’orientation a été révélée publiquement, il a quitté son pays la semaine précédant le reportage, relate TV5 Monde. “J’ai eu cet instinct de survie qui m’a poussé à partir. Je n’ai même pas eu le temps de réfléchir”, confie-t-il aux journalistes Benjamin Ber, Julien Bouillet et Guelor Longo. Derrière lui, toute une existence. Devant lui : l’incertitude d’un pays d’accueil qu’il refuse de nommer par crainte d’être traqué. “Je ne suis même pas en sécurité là où je suis. Je ne sais même pas si j’aurai le courage de repartir pour voir ma famille, de les regarder dans les yeux”, ajoute-t-il.

Le renforcement législatif s’inscrit dans un contexte de répression généralisée. TV5 Monde rapporte qu’une quarantaine d’homosexuels présumés ont été arrêtés en un mois, selon les médias locaux sénégalais. Tous sont accusés par les autorités d'”actes contre nature” et de transmission volontaire du VIH, des accusations que Salif qualifie d’infondées.

Le témoignage qu’il livre à TV5 Monde décrit un système policier particulièrement intrusif : “La police t’appelle ou débarque chez toi. On t’amène chez le médecin. On t’oblige à faire un test de dépistage du VIH. On expose tes résultats et ta vie.” Cette pratique de tests forcés et de divulgation publique des données médicales constitue une double violation : celle de l’intimité et celle du secret médical, transformant la santé en instrument de stigmatisation.

L’histoire d’Aboubakar, recueillie également par TV5 Monde, illustre la violence familiale et sociale à laquelle sont confrontées les personnes LGBT. Surpris par son père avec un autre homme il ya plusieurs mois, il raconte : “Il nous a insulté et nous a menacé de mort. Mon ami est parti en courant. La seule chose que j’avais en tête, c’était de me suicider.” Réfugié en France, il est aujourd’hui hébergé dans une maison d’accueil LGBT nommée Alana, destinée aux personnes en situation de précarité.

Une mobilisation associative face à l’urgence

Depuis son refuge français, Aboubakar tente de joindre ses proches restés au Sénégal, mais avec une extrême prudence. “Le téléphone était notre issue de secours, c’était notre refuge. Mais là, dès qu’ils attrapent quelqu’un, ils fouillent nos téléphones pour voir ses contacts et ses amis en commun et vraiment c’est dangereux pour certaines personnes”, explique-t-il à TV5 Monde. La technologie, autrefois outil de lien, est devenue arme de traque.

L’association Stop Homophobie, qui a aidé Aboubakar, témoigne d’une explosion des demandes de secours. Interrogée par TV5 Monde, l’organisation indique avoir ouvert une ligne d’écoute internationale et reçu “une bonne quarantaine d’appels” depuis le Sénégal en quelques semaines seulement, contre deux ou trois par semaine habituellement. “Les personnes, elles sont paniquées, elles ont carrément sombre dans une sorte de paranoïa parce qu’elles ne savent pas à quel moment sur leur tombera dessus”, décrit un représentant de l’association.

L’objectif : apporter un soutien psychologique et, surtout, trouver des solutions pour permettre aux personnes menacées de quitter leur pays. Mais une fois en exil, le parcours reste semé d’embûches. Aboubakar évoque des délais administratifs kafkaïens : “Pour avoir un rendez-vous pour faire son préenregistrement, ça peut prendre un an ce qu’ils m’ont dit. Après, pour passer l’audience, ça peut prendre encore un an. J’ai vu des amis qui ont fait cinq ans en temps d’attente.”

Face à l’urgence de la situation, l’association Stop Homophobie prévoit un rendez-vous avec le ministère français des Affaires étrangères pour alerter le gouvernement sur la nécessité d’une réponse et humanitaire rapide. Entre droit d’asile et délais administratifs, entre protection des personnes persécutées et capacité d’accueil des États, c’est toute la question de la responsabilité internationale face aux violations des droits humains qui se posent.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button