Société, Culture

Impliqué dans les opérations militaires à Gaza, un géant américain de la technologie s’enracine au cœur de l’État britannique

Le gouvernement britannique fait face à une pression croissante concernant l’attribution de marchés publics colossaux. Malgré les alertes d’organisations de défense des droits humains, Londres continue de confier la gestion de ses données stratégiques à un prestataire américain dont les activités s’étendent des champs de bataille du Proche-Orient aux hôpitaux publics du Royaume-Uni.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, l’entreprise technologique américaine Palantir a récemment consolidé sa présence au sein des institutions britanniques. En janvier, la firme a obtenu un contrat de la Défense d’une valeur de 240 millions de livres sterling (environ 323 millions de dollars) par entente directe. Ce marché s’ajoute à un autre contrat de 330 millions de livres accordé par le ministère de la Santé fin 2023, dont les clauses restent largement expurgées.

L’implication de Palantir dans le conflit israélo-palestinien constitue le principal axe de préoccupation des observateurs. La plateforme Open Intel indique que Palantir fournit des systèmes d’intégration de données combinant communications interceptées et imagerie satellite, permettant d’établir des listes de cibles pour l’armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie. L’entreprise, qui a officialisé un « partenariat » avec Israël en janvier 2024, assume publiquement cette position. Un porte-parole de la branche britannique a confirmé à Al Jazeera leur soutien logistique à Israël, qualifié d’allié de l’Occident, en réponse aux attaques du 7 octobre.

Au Royaume-Uni, l’attention se porte également sur les relais d’influence de l’entreprise. L’arrestation fin février de Peter Mandelson, ancien ambassadeur britannique aux États-Unis, a accentué la surveillance autour de ces contrats. M. Mandelson, visé par des accusations liées à ses relations avec le défunt délinquant sexuel Jeffrey Epstein, dirigeait la société de conseil Global Counsel, qui comptait Palantir parmi ses clients. Des parlementaires s’interrogent notamment sur une visite informelle effectuée par le Premier ministre Keir Starmer et Peter Mandelson au siège de Palantir à Washington, un mois avant l’attribution du contrat militaire sans appel d’offres.

La méthode d’expansion de Palantir touche particulièrement le National Health Service (NHS), le système de santé publique britannique. Des ONG comme Foxglove et MedAct rappellent que l’entreprise a initialement facturé ses services à 1 livre sterling lors de la pandémie de Covid-19 afin d’accéder aux données médicales. Des courriels internes, précédemment cités par Bloomberg, ont révélé une stratégie assumée consistant à racheter des prestataires concurrents pour s’imposer dans le système de santé et neutraliser les résistances politiques.

Face à ces éléments, des chercheurs de Human Rights Watch pointent la responsabilité des gouvernements britanniques successifs concernant l’accès accordé à Palantir aux données sensibles de la population. Du côté de l’exécutif, le ministre de la Santé Wes Streeting a défendu ces investissements publics, les jugeant d’une importance vitale pour les patients, tandis qu’un porte-parole gouvernemental a assuré que tous les fournisseurs étaient soumis à des vérifications de sécurité rigoureuses.

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