“J’ai vendu mes charmes pour sauver ma fille… ce que M. Tall m’a fait”

A Guédiawaye, un procès mettant en lumière les dangers des réseaux sociaux et des relations rémunérées s’est tenu hier mercredi devant le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye. L’affaire oppose R. Guèye, une jeune mère divorcée de 22 ans, à BM Tall, un étudiant de 20 ans, dans une affaire mêlant sextorsion, diffusion d’images intimes et extorsion. L’audience a révélé les coulisses d’une rencontre qui a rapidement dégénéré, affectant profondément la vie d’une jeune femme vulnérable et de sa famille.
R. Guèye, résidant à Malika et mère d’une fillette de deux ans souffrant d’asthme, explique que sa démarche visait avant tout à récolter 50 000 FCfa pour couvrir les soins médicaux de sa fille. Selon ses déclarations, elle s’est rendue sur l’île de Ngor sur les conseils d’un ami qui lui a parlé d’un homme capable de l’aider financièrement. Ce qu’elle pensait être une rencontre pour obtenir une aide médicale s’est transformé en un piège complexe.
Lors de l’audience, les versions des deux prévenus divergent fortement. BM Tall, étudiant en mécanique au lycée Seydina Limamoulaye, affirme que R. Guèye lui a elle-même proposé une relation rémunérée et qu’ils se sont mis d’accord sur un paiement de 15 000 FCfa avant d’avoir des relations sexuelles dans un foyer. R. Guèye décrit quant à elle une situation où elle s’est retrouvée face à BM Tall sans avoir réellement accepté le cadre commercial, expliquant que son objectif était uniquement d’obtenir une aide financière pour sa fille.
Selon la partie civile, la situation s’est aggravée lorsque, sous la douche, elle a surpris le jeune homme en train de filmer leurs ébats à son insu. Quelques jours plus tard, BM Tall l’a contactée pour lui dire qu’il possédait ces vidéos et qu’il avait également accédé à son compte TikTok, récupérant des séquences où elle apparaissait avec son enfant. Toujours selon R. Guèye, le prévenu a alors créé un faux compte TikTok à son nom, publié un message obscène et partagé son numéro de téléphone dans plusieurs groupes WhatsApp ainsi que sur un site pornographique fréquenté par près de 900 personnes.
Tentative d’extorsion révélée
Les conséquences pour R. Guèye sont immédiates et graves. Elle reçoit de nombreux appels d’inconnus lui proposant des relations sexuelles rémunérées, perturbant ainsi sa vie personnelle et professionnelle. BM Tall aurait exigé 120 000 FCfa pour ne plus diffuser les images. A la barre, le jeune homme reconnaît avoir demandé cette somme, mais nie avoir proféré une quelconque menace directe. Il reconnaît toutefois avoir vendu certaines vidéos aux internautes pour des sommes variant entre 20 000 et 300 000 FCfa. Le prévenu explique que ces revenus proviennent de ses activités en ligne et de paris sportifs via la plateforme Xbet, tout en reconnaissant son appartenance à plusieurs groupes WhatsApp où circulent ce type de contenus.
Pour R. Guèye, la diffusion de ces contenus a eu des répercussions personnelles et professionnelles. Son compte TikTok, utilisé pour promouvoir ses produits commerciaux, ne génère plus de nouveaux abonnés depuis la création du faux profil. Elle se constitue partie civile et réclame 300 000 FCfa de dommages et intérêts pour le préjudice subi, dont l’atteinte à sa réputation et le stress provoqué par la diffusion de contenus intimes.
Le procès et les réquisitions du parquet
Le procureur a qualifié BM Tall de « prédateur sexuel », soulignant qu’il avait exploité la détresse d’une femme vulnérable pour en faire un business. Il a requis une peine de deux ans de prison, tout en sollicitant sa libération pour détention d’images pédopornographiques, faute de preuves suffisantes. La défense a plaidé l’erreur de jeunesse et l’absence d’antécédents pour ce primo-délinquant.
Lors de l’audience, la jeune mère a reconnu sa faute liée à la prostitution sans certificat de santé et a demandé la clémence du tribunal, expliquant que ses actes étaient motivés par la nécessité de soigner sa fille malade.
Après délibération, le tribunal a acquitté BM Tall de la détention d’images à caractère pédopornographique, mais l’a reconnu coupable des autres chefs d’accusation, notamment la collecte illicite de données personnelles, la diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs, la tentative d’extorsion et l’usurpation d’identité numérique. Il a été condamné à deux ans de prison, dont un an, et devra verser 300 000 FCFA à la victime. R. Guèye a été condamné à deux mois de prison avec sursis pour prostitution sans carnet de santé.


