La bourgade de Foxboro menace d’annuler sept matchs de la Coupe du monde

(SénéPlus) – À moins de 100 jours du coup d’envoi, l’instance mondiale du football se retrouve dans une impasse inédite. Foxboro, bourgade de 18 000 âmes du Massachusetts, refuse de délivrer la licence nécessaire pour accueillir sept matches du Mondial, dont un quart de finale. En cause : un différend financier de 7,8 millions de dollars sur la sécurité que personne ne veut assumer.
La réunion de mardi soir à la mairie a viré au pugilat juridique, rapporte The Athletic dans une enquête publiée par le journaliste Adam Crafton. D’un côté, les élus locaux campent sur leurs positions et exigent des garanties financières immédiates pour couvrir les frais de police et de sécurité publique. De l’autre, des avocats mandatés par le comité organisateur de Boston Soccer 2026 tentent de les convaincre, tandis que la FIFA brille par son absence.
Le conseil municipal a fixé une date butoir au 17 mars. Sans accord d’ici là, le stade Gillette (propriété du milliardaire Robert Kraft) ne pourra pas accueillir les rencontres prévues en juin et juillet. L’ironie de la situation n’échappe à personne : une organisation qui prévoit d’engranger 11 milliards de dollars de recettes selon son président Gianni Infantino se retrouve bloquée par une somme équivalant à 10 % du budget annuel d’une municipalité.
Les élus locaux martèlent le même message depuis des semaines : Foxboro n’a jamais accepté de supporter ces coûts lors de la candidature initiale, conclue entre la FIFA, le propriétaire du stade et le comité organisateur. “Je suis solidaire des citoyens et des contribuables de la ville de Foxboro. C’est ce que nous sommes élus pour représenter”, a tranché Bill Yukna, président du conseil municipal, impliqué par The Athletic.
Son collègue Mark Elfman s’est montré encore plus direct, confiant au média qu’il s’attendait “aux mêmes conneries” et déplorant que le dossier n’ait pas été réglé depuis des mois. Le chef de la police locale, Michael Grace, a enfoncé le clou en soulignant l’absurdité de la situation : organisateur du plus grand événement sportif mondial sans avoir sécurisé le financement de l’équipement de sécurité identifié depuis un an et demi.
Des négociations qui tournent court
Les avocats du comité organisateur ont bien tenté une percée mardi en annonçant que le Groupe Kraft garantirait les fonds nécessaires et que les factures seraient réglées sous 48 heures au lieu des 30 jours habituels. Mais tout a dérapé lorsqu’ils ont évoqué une livraison du matériel de sécurité au 1er juin, soit dix jours avant le début de la compétition.
Les élus ont vu rouge. Pour eux, cette date tardive compromet l’installation, la programmation et la formation des équipes sur le terrain. Pire, lorsque les avocats ont suggéré que le comité travaillerait avec la police pour “identifier la meilleure source” d’approvisionnement, le conseil municipal ya flairé une tentative de réduire les coûts. “Les experts vous disent ce dont ils ont besoin. Et vous essayez de rogner sur les coûts”, a lancé Elfman selon The Athletic.
Le coup de grâce est venu en fin de réunion, lorsqu’un des avocats a tenté de contester l’autorité du conseil en arguant qu’il n’avait pas le pouvoir de bloquer la licence pour des raisons budgétaires. La conseillère juridique de la ville, Lisa Mead, a immédiatement démoli l’argument en rappelant que le conseil dispose “d’un large pouvoir discrétionnaire” sur ce type de licence.
L’affaire est compliquée par un contexte plus large. Les 11 villes américaines hôtes du Mondial avaient obtenu l’été dernier 625 millions de dollars de financement fédéral pour la sécurité. Mais cet argent n’a toujours pas été distribué en raison d’une fermeture partielle du gouvernement fédéral affectant l’Agence de gestion des urgences (FEMA), explique The Athletic.
Boston devrait recevoir 46 millions, mais le conseil de Foxboro prévient que sa partie ne couvrira pas l’intégralité de la facture locale, car les fonds transiteront par l’État et seront partagés entre plusieurs agences. D’où l’exigence d’une garantie privée immédiate.
Reste maintenant à savoir si la FIFA, habituée à dicter ses conditions aux villes hôtes, acceptera de pince face à une municipalité de province. Réponse dans deux semaines. En attendant, ce David contre Goliath version football illustre les limites du modèle économique d’un Mondial censé profiter à tous, mais dont les coûts retomberont souvent sur les contribuables locaux.



