Société, Culture

La chute express de la note du Sénégal

(SénéPlus) – En 2025, le Sénégal a encaissé trois abaissements successifs de sa note souveraine par S&P Global Ratings, terminant l’année rétrogradé à CCC+, un niveau associé aux économies en situation de vulnérabilité aiguë. C’est ce que révèle le rapport annuel Tendances des notations de crédit en Afrique de l’agence américaine, publié le 19 février 2026 et analysé par la journaliste Alix Lavoué dans Jeune Afrique du 20 février 2026.

Il y a encore peu, le Sénégal affichait une note de B+, honorable dans le contexte africain, et se présentait comme l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest. La révélation de l’ampleur réelle de la dette publique a tout fait basculer. Ce que l’on appelle désormais la « dette cachée » est aujourd’hui estimée à 11,5 milliards d’euros, propulsant l’endettement public à près de 132 % du PIB. Des chiffres qui ont sidéré les marchés et ont précipité la chute de la notation du pays.

Pour S&P, ces « révisions importantes des données budgétaires » ont suffi à justifier une dégradation en cascade, inédite par son ampleur et sa rapidité. Trois crans perdus en moins d’un an : le signal envoyé aux investisseurs internationaux est dévastateur.

La dégradation de S&P n’est pas la seule mauvaise nouvelle. Le 30 janvier 2026, l’OCDE a maintenu le Sénégal dans la catégorie 7 de sa classification des risques-pays, soit le niveau le plus élevé de l’échelle. Cette classification a des conséquences très concrètes : elle limite mécaniquement l’octroi de garanties publiques à l’exportation par les pays membres de l’organisation, renchérissant de facto le coût et les conditions d’accès au financement extérieur pour Dakar.

Le pays se retrouve ainsi pris en étau entre deux signaux négatifs simultanés, une combinaison qui risque d’isoler davantage le Sénégal des circuits de financement internationaux au moment précis où il en aurait le plus besoin.

Pour le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, arrivés au pouvoir sur la promesse d’une rupture franche avec les pratiques de l’ancien régime, ce représente un contexte de contrainte majeure. Ils ont certes fait de la transparence budgétaire un cheval de bataille, contribuant eux-mêmes à dévoiler l’ampleur du passif. Mais rendre public le désastre financier ne suffit pas à le résorber. Il faut désormais convaincre des marchés sceptiques, négocier avec des désavantages regardants, et réformer en profondeur, tout en répondant aux aspirations sociales d’une population qui a voté massivement pour le changement.

La marge de manœuvre est étroite. Une note à CCC+ signifie que tout nouveau financement sur les marchés internationaux sera soit impossible, soit extrêmement coûteux. Le pays devra donc s’appuyer davantage sur les partenaires bilatéraux, les institutions multilatérales comme le FMI et la Banque mondiale, et sur la mobilisation des ressources intérieures, une piste que d’autres pays mieux notés, comme le Togo, ont su exploiter avec succès.

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