Politique

La destruction du plus grand complexe gazier du Qatar oblige le Pakistan à adopter des mesures d’urgence

Il y a quelques semaines à peine, le Pakistan s’est retrouvé avec un tel excédent de gaz naturel liquéfié (GNL) qu’il a dû vendre ses cargaisons à perte. Aujourd’hui, ce géant sud-asiatique fait face à une pénurie qui menace. La cause de ce changement soudain ne se trouve pas à l’intérieur de ses frontières, mais dans l’escalade militaire qui secoue actuellement le Moyen-Orient.

La balance énergétique pakistanaise s’est effondrée au lendemain de l’opération militaire israélo-américaine menée le 28 février contre les infrastructures iraniennes. En représailles à ces attentats en Iran, Téhéran a ciblé le 2 mars les installations gazières du Qatar situées à Ras Laffan, le plus grand complexe d’exportation de GNL au monde.

Face à l’ampleur des dégâts qui nécessiteront jusqu’à cinq ans de réparations, QatarEnergy a été contraint de réduire sa production de 17% et de déclarer la force majeure, se libérant ainsi de ses obligations contractuelles de livraison.

Pour le Pakistan, les conséquences ont été immédiates. Selon les données recueillies par Al Jazeera, Islamabad dépend à 99 % du Qatar et des Émirats arabes unis pour ses importations de GNL. Alors que le pays recevait en moyenne douze expéditions mensuelles au début de l’année, seules deux ont pu accoster en mars.

Cette contraction brutale de l’offre s’est accompagnée d’une flambée des prix sur les marchés. Entre mi-février et mi-mars, le coût d’acquisition des quelques cargaisons disponibles est passé de 10,47 dollars à 12,49 dollars par MMBtu (l’unité internationale de mesure du gaz), soit une augmentation de 19 % en un seul mois.

Ce déficit brutal intervient au moment où le Pakistan traversait une situation diamétralement opposée. Poussée par l’installation massive de panneaux solaires par les particuliers et une baisse de la demande sur le réseau national, la consommation de GNL a chuté de 1,21 million de tonnes en 2025. Lié à des contrats à long terme extrêmement rigides, le gouvernement s’est vu contraint d’injecter à perte cet excédent de gaz dans son réseau, créant une dette circulaire colossale atteignant 3,3 billions de roupies, soit environ 11 milliards de dollars.

La déclaration de force majeure du Qatar a mis hors service les centrales électriques pakistanaises alimentées au GNL, qui représentent plus de 21 % de la production électrique du pays. Haneea Isaad, analyste à l’Institut d’économie énergétique et d’analyse financière (IEEFA) cité par Al Jazeera, précise qu’un retour au marché spot est financièrement impensable pour Islamabad, tout comme l’utilisation massive du fioul, dont le prix a doublé depuis le début des tensions dans le détroit d’Ormuz.

Pour compenser ce déficit structurel à l’approche des pics de chaleur estivale, les autorités s’apprêtent à imposer des délestages programmés. Les ménages pakistanais vont devoir subir des coupures d’électricité quotidiennes de deux à trois heures, une mesure devenue la seule variable d’ajustement possible face à l’arrêt brutal de leurs approvisionnements stratégiques.

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