Politique

La Françafrique a toujours été teintée de racisme et de mépris (Par Bosse Ndoye)

Souvent attribuée à tort au premier président ivoirien, Félix-Houphouët Boigny, la paternité du mot-valise Françafrique, tel qu’on le connaît de nos jours, revient bel et bien à Jean Piot, rédacteur en chef de L’Aurore. Ce journaliste l’a employé pour la première fois dans un article paru à la une de ce quotidien à la date symbolique du 15 août 1945, jour de la capitulation du Japon. Déjà, à cette époque-là, il pensait que Paris devrait maintenir ses relations avec ses colonies africaines – lesquelles, jugeait-il, étaient légitimement animées par un désir d’autonomie – dans une communauté, une sorte de Commonwealth à la française, pour préserver son rang au niveau international, afin de mieux peser dans le nouveau monde incertain, qui se dessinait au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Objet de nombreux fantasmes et de toutes sortes de spéculations, l’évocation du mot Françafrique n’en fait pas moins penser aux accords de coopération léonins signés sur les plans financier, politique, diplomatique, économique, militaire et culturel, par la France avec quelques-unes de ses anciennes colonies africaines, au moment des indépendances. Elle renvoie aussi à des personnages tels que Jacques Foccart, le général de Gaulle, Maurice Delaunay, Pierre Messmer, Bob Denard, Maurice Robert, René Journiac, François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Pierre Guillaumat… dont les noms lui étaient indissociables lorsqu’elle se trouvait à son acmé et n’hésitait à se montrer à visage découvert, dans sa version la plus crue.  Elle fait aussi penser à la présence continue de militaires français sur le sol africain, et partant aux nombreuses interventions qu’ils y ont menées dans différents territoires depuis des décennies, au franc CFA et aux vives controverses et protestations dont il fait l’objet dans beaucoup de pays qui l’utilisent encore en tant que monnaie nationale et aux sabotages économiques subversifs, comme l’opération Persil en Guinée Conakry, après son accession à l’indépendance et sa sortie de la zone CFA. Dans l’esprit de nombre d’Africains, l’évocation du mot Françafrique fait ressurgir les souvenirs des circonstances nébuleuses entourant la mort de dirigeants nationalistes, tels que Sylvanus Olympio, Thomas Sankara, Barthélémy Boganda, Ruben Um Nyobé, pour ne citer que ceux-là. Elle exhume également l’histoire de coups d’État aussi ubuesques que spectaculaires comme le fut l’opération Barracuda, dont Alexandre de Marenches, ancien patron des services secrets français, le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), dit que : « C’est un modèle à enseigner dans toutes les écoles de guerre spéciales.» Cette opération fut si inédite dans un pays dit indépendant que même l’emblème de la Françafrique, Jacques Foccart, a reconnu son caractère colonial: «On m’a reproché mon néo-colonialisme, mais Barracuda ce n’est pas du néo-colonialisme, c’est du colonialisme, la dernière expédition coloniale.»

Pour nombre d’Africains, l’évocation du mot Françafrique réveille les souvenirs des multiples interventions de mercenaires – tels que Bob Denard et Paul Barril – dans divers pays africains dans le but de provoquer ou d’appuyer une sécession, de soutenir un régime allié docile, dont le pouvoir est menacé, ou de déposer un autre, souverainiste et gênant. Elle fait aussi penser au trucage d’élections présidentielles au profit de candidats pro-français déjà installés au pouvoir ou à sa conquête, de même qu’aux grands scandales financiers comme l’affaire Elf et aux mystérieux transferts de mallettes de billets de banque entre l’Hexagone et certaines capitales africaines pour le financement occulte de plusieurs partis politiques en France. Les périphrases dont se sert par extrapolation Christine Deviers-Joncourt – l’ex-maîtresse de l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Roland Dumas – pour désigner le continent noir en disent long sur ces circuits financiers: « un paradis du liquide, la tirelire de la Cinquième République. »

Sans doute est-ce pour tout cela – et pour bien d’autres affaires, qui ne peuvent pas toutes être énumérées tant elles sont nombreuses – que François-Xavier Verschave, l’ancien président de l’association Survie, dans son œuvre au titre pour le moins évocateur : De la Françafrique à la Mafiafrique, décrit cette relation persistante, que d’aucuns déclarent pourtant souvent révolue, anachronique, voire morte, en ces termes peu reluisants: « La Françafrique, c’est comme un iceberg. Vous avez la face du dessus, la partie émergée de l’iceberg : la France meilleure amie de l’Afrique, patrie des droits de l’homme, etc. Et puis, ensuite, vous avez 90% de la relation qui est immergée : l’ensemble des mécanismes de maintien de la domination française en Afrique avec des alliés africains. »

Dans cette longue relation asymétrique sans cesse actualisée, bien qu’il existe souvent des intérêts personnels et partisans à défendre au niveau français, les principales ambitions du côté de Paris restent les mêmes pour une bonne partie de l’élite politique, et ce, quelle que soit l’idéologie dominante parmi ceux qui tiennent les rênes du pays. Il s’est souvent agi de marquer une présence militaire sur le continent africain, d’accéder facilement aux si convoitées ressources naturelles et minières stratégiques dont regorge son sous-sol et d’y garder précieusement moult avantages, préemptions et prérogatives  de toutes sortes dans bon nombre de pays. L’Hexagone s’est mis à jouir pendant des décennies de privilèges sur les plans économique, financier, politique, géostratégique, le but étant de préserver une certaine puissance et de gonfler une influence tricolore dans le monde. Dans cette optique, l’ancienne métropole doit s’appuyer sur des groupes de dirigeants autoritaires locaux, qu’elle a souvent aidés à accéder au pouvoir dans leurs pays et/ou à s’y maintenir par tous les moyens. Plus préoccupés par la protection de leurs intérêts personnels et partisans, ces derniers, prêts à tout pour rester à vie à la tête de leurs États, pillent les richesses de leurs pays, qu’ils dirigent généralement d’une main de fer. Au grand dam de la grande majorité de leurs compatriotes, qui sont maintenus dans la misère par la force avec la complicité de l’ancienne puissance coloniale dans la plupart des cas, et parfois de celle d’autres puissances occidentales. C’est pourquoi, il convient de bien préciser que la Françafrique ne concerne qu’une partie des élites française et africaine, comme il a été bien rappelé dans cet extrait du bien nommé L’Empire qui ne veut pas mourir : Une histoire de la Françafrique, où elle est résumée et décrite comme étant : « Un système de domination fondé sur une alliance stratégique et asymétrique entre une partie des élites françaises et une partie de leurs homologues africains… »

Dès lors, comme dans la plupart des rapports de domination, les dominants, mus par un sentiment de supériorité, n’hésitent pas à adopter une attitude singulière envers les dominés. L’objectif étant de mieux asseoir leur ascendance sur eux, d’annihiler tout sentiment de révolte de leur part et surtout de marquer leur territoire, afin de freiner les ardeurs des potentiels concurrents, qui seraient tentés de les supplanter et/ou d’entretenir des relations avec les dominés pour moult raisons. Dans le cas de la Françafrique, depuis la vague d’indépendances, au début des années 60, jusqu’à nos jours, outre les nombreuses et différentes stratégies que la France n’a eu de cesse de mettre œuvre et d’actualiser pour pérenniser sa domination sur plusieurs de ses ex-colonies sur le continent, les dirigeants de l’ancienne métropole, notamment ceux se trouvant au sommet de l’État, n’ont pas manqué, à maintes occasions durant leur carrière politique, de se comporter de manière singulière lorsqu’il s’est agi du continent noir en général et de leurs homologues africains au Sud du Sahara en particulier. Nombre d’entre eux, sinon tous, ont tenu des postures et des propos méprisants, condescendants, voire racistes envers ces derniers, leurs pays, leurs peuples ou leurs cultures.

Toutefois, par pur calcul politique et par duplicité, et surtout par soucis de présenter une bonne image auprès de leurs détracteurs dans le monde, qui ne cessent d’accuser la France de continuer encore et toujours d’entretenir des relations néocoloniales avec quelques-unes de ses anciennes colonies africaines, quand les circonstances et les besoins l’exigent, il leur arrive quelquefois de revendiquer urbi et orbi tout le « respect et l’amour »  qu’ils vouent aux chefs d’État de ces pays-là. Par conséquent, ils entretiennent avec ces derniers des relations pour le moins ambiguës. C’est certainement ce qui explique qu’ils les traitent tantôt en « frères et partenaires », tantôt en « sujets et obligés » – pour reprendre autrement le titre de l’une des œuvres de Jean-Pierre Dozon, où il parle grandement de ce qu’il appelle « l’État franco-africain ». Ce comportement atypique, que ces autorités politiques françaises n’oseraient jamais avoir à l’endroit d’autres pays et/ou d’autres dirigeants à qui elles vouent un respect total et/ou avec lesquels elles traitent d’égal à égal, n’est cependant pas un fait du hasard, loin s’en faut. Il n’est que la face visible de l’énorme iceberg du racisme, et partant du mépris qui le sous-tend. D’aucuns pourraient toutefois objecter en évoquant à juste titre la servilité, la pusillanimité, la lâcheté et la complicité de certains dirigeants africains, lesquels sont très souvent redevables à l’ancienne métropole, qui les a généralement aidés à accéder au pouvoir dans leurs pays et/ou à s’y maintenir vaille que vaille. Mais il ne faut pas oublier que la France est le pays de la Police des Noirs, le pays où quelques mois après le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte, le 10 mai 1802, un décret du 2 juillet interdit aux Noirs, aux Mulâtres et autres gens de couleur de mettre le pied sur le territoire métropolitain. Et, comme additif, un arrêté du 8 janvier de l’année suivante proscrira le mariage mixte avec des Français (blancs). La France reste aussi la patrie du Code noir et du Code de l’indigénat, « le seul pays au monde à avoir officialisé le «gobino-darwinisme juridique», « à avoir codifié en droit la théorie de l’inégalité des races», comme l’a si justement rappelé René Naba, journaliste et écrivain franco-libanais, natif du Sénégal. La France est également le pays où, entre 1877 et 1931, et ce presque tous les ans, des exhibitions humaines (zoos) furent organisées au Jardin d’acclimatation. Dans ce pays dit « des lumières », entre 1877 et les années 50 du siècle suivant, dans l’un des manuels scolaires de lecture publié sous le pseudonyme de G. Bruno – Le Tour de la France par deux enfants –, vendu à des millions d’exemplaires, les élèves apprenaient que la race blanche est « la plus parfaite des races humaines». À l’approche de la libération du pays de l’occupation allemande, les troupes africaines représentaient près de la moitié des troupes FFL (Forces de la France libre) sur le sol tricolore. Mais sous le prétexte fallacieux de l’arrivée imminente de l’hiver, une note de l’état-major de l’armée B en date du 7 septembre 1944 tomba comme un couperet : « Les difficultés d’emploi des troupes sénégalaises sur les théâtres d’opérations du N-E pendant la saison froide imposent leur transformation rapide en unités entièrement blanches». Des recherches récentes ont mis au goût du jour les brutalités de ce pays, qui a pu massacrer sur le dos de l’histoire plusieurs soldats ouest-africains au camp militaire de Thiaroye, près de Dakar, le 1erdécembre 1944. Ces Tirailleurs sénégalais ont pourtant combattu à ses côtés, pour lui, pendant sa propre guerre : la Seconde Guerre mondiale. Leur seul tort était de réclamer le versement de leur solde et autres arriérés de paiement. Tous ces évènements, ces codes, toutes ces différentes pratiques, au fil des années et des siècles, ont permis à la France « d’échafauder l’étrangeté du Noir, son infériorité et la légitimité de son exploitation», note l’enseignante-chercheuse Mame-Fatou Niang. Ils ont conséquemment déteint sur sa société en y laissant des traces d’autant plus indélébiles qu’il n’y a pas eu de grandes campagnes de déconstruction, d’enseignement et d’information pour extirper des imaginaires les tenaces et vénéneuses idées racistes qui y ont été distillées par la propagande idéologique menée à travers entre autres les expositions coloniales, les cartes postales, les manuels scolaires et certaines revues pseudo-scientifiques. Jean-Paul Sartre, qui était tout à fait conscient que la colonisation était (et demeure) une entreprise d’exploitation et de domination raciste, avait senti la nécessité du travail colossal et courageux à faire dans les anciens pays colonisateurs en général, et en Europe en particulier, pour débarrasser leurs citoyens de certains comportements et préjugés racistes, longtemps nourris envers les (anciens) colonisés, une fois ceux-ci devenus indépendants. Aussi le fit-il savoir dans sa fameuse préface de l’œuvre de Frantz Fanon, Les damnés de la terre,publiée au début de la décolonisation, c’est-à-dire au moment où la majorité des colonies françaises en Afrique au Sud du Sahara venaient d’accéder à la souveraineté internationale, à l’aube des années 60 : «  (…) Nous aussi, gens de l’Europe, on nous décolonise : cela veut dire qu’on extirpe par une opération sanglante le colon qui est en chacun de nous. Regardons-nous, si nous en avons le courage, et voyons ce qu’il advient de nous. » Mais ces mots sont malheureusement restés lettre morte auprès des dirigeants tricolores – qui se sont succédé au pouvoir depuis la fin officielle de la colonisation – et de nombre de leurs compatriotes. Il y a eu comme une surdité intellectuelle d’un néocolonialisme têtu. C’est certainement pourquoi même s’«Ils ont enlevé le casque, en dessous leur tète reste coloniale,» comme le dit Régis Debray

À la fois esprit, carburant et externalité négative de l’esclavage, du colonialisme et du néocolonialisme, la domination, la soif de domination et d’exploitation ont insufflé à la Françafrique un ancrage et une formidable capacité d’autorégulation face à la complexité de ses relations aussi controversées qu’informelles. Per fas et nefas, l’ex-métropole va maintenir sa mainmise sur plusieurs de ses anciennes colonies en Afrique. Or le racisme est consubstantiel à toute domination d’un peuple ou d’un pays par un autre, et à l’exploitation qui en est souvent l’objectif. Frantz Fanon avait très tôt bien établi le rapport entre le triptyque : domination, exploitation et racisme: « Il n’est pas possible d’asservir des hommes sans logiquement les inférioriser de part en part. Et le racisme n’est que l’explication émotionnelle, quelquefois intellectuelle de cette infériorisation (…) Le racisme obéit à une logique sans faille. Un pays qui vit, tire sa subsistance de l’exploitation de peuples différents infériorise ces peuples. Le racisme appliqué à ces peuples est normal.» Tirer une part non négligeable de sa subsistance de l’exploitation de peuples différents, c’est ce que l’ancienne métropole a presque toujours fait dans plusieurs pays en Afrique au Sud du Sahara. En effet, à la longue période de domination directe et d’exploitation à travers l’esclavage et la colonisation succède celle du néocolonialisme, dont la Françafrique n’est qu’un avatar. Dans l’inertie du pacte colonial fait de spécialisation, de perpétuation, de dépendance et de monopole commercial, la France va signer des accords de coopération léonins de toutes sortes et dans plusieurs domaines avec ses ex-colonies nouvellement indépendantes sur cette partie du continent. Par ce moyen, aussi paradoxal fût-il, obnubilé par sa recherche de grandeur, l’Hexagone voulait sauvegarder son indépendance prônée par le général de Gaulle tout en maintenant ces pays sous dépendance. Ce qui a fait dire à François-Xavier Verschave que : «De Gaulle sacrifie les indépendances des pays africains à l’indépendance de la France.» Avec une place de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, un premier essai d’explosion de la bombe atomique réussi au début des années 60 et la réserve de voix que pouvaient constituer ces pays nouvellement indépendants lors de certains votes à l’ONU, le général était conscient que l’influence et la grandeur de la France dans le monde bipolaire d’après Seconde Guerre mondiale et son indépendance (énergétique, économique et militaire) vis-à-vis des Anglo-saxons (les États-Unis et l’Angleterre) et de l’URSS devaient nécessairement passer par la domination de son pays sur ces ex-colonies – autrefois membres de l’Union française. Il y avait très tôt pensé. Déjà, en 1947, dans un discours prononcé à Bordeaux, il disait : « Pour nous, dans le monde tel qu’il est et tel qu’il va, perdre l’Union française ce serait un abaissement qui pourrait nous coûter jusqu’à notre indépendance. La garder et la faire vivre, c’est rester grand, et par conséquent rester libre.»  De plus, rapporte Jacques Foccart, lorsqu’il fut nommé secrétaire général de la Communauté par de Gaulle, celui-ci lui avait « longuement parlé de ce que la France devait garder et la façon dont il entendait que les choses évoluent pour qu’elle conserve son rang.». D’autant que, continua l’ancien chef du gouvernement provisoire français: « La France a perdu l’Indochine… Nos positions en Algérie ont été gâchées par tant d’erreurs, de sang et de souffrances. Il reste l’Afrique noire, où la décolonisation en cours doit être réussie (…) C’est de cela que je vous charge. » Donc, le général de Gaulle, comme la plupart sinon tous ses successeurs, a toujours été obsédé par la préservation du rang de la France dans le monde. Et pour y parvenir, il fallait une « mise sous tutelle » de ses anciennes colonies en Afrique au Sud du Sahara. Dès lors, du côté de Paris, il fallait tout faire pour maintenir la politique de domination, et partant d’exploitation de ces nouveaux États. Le racisme étant consubstantiel à toute domination d’un peuple par un autre, d’un État par un autre, son application à ces pays-là et à leurs ressortissants ne semblait pas anormale du côté de l’ancienne métropole, où les relations entre elle et ces derniers ne sont souvent conçues que sous l’angle de la sujétion et de l’exploitation, rarement, pour ne pas dire jamais, sous celui du respect mutuel et de l’égalité. Peut-être est-ce parce que la France a du mal à accepter de traiter d’égal à égal, du jour au lendemain, avec des personnes dont elle avait pendant longtemps pris l’habitude de soumettre les grands-parents à travers l’esclavage et les parents pendant la colonisation.

Il faut cependant noter que pour s’adapter aux rapports de force fluctuants, et surtout pour mieux se fondre dans le décor des relations internationales des temps changeants, ce racisme, bien ancré dans une bonne partie de l’élite politique hexagonale, quand il s’agit des anciennes colonies tricolores en Afrique au Sud du Sahara, peut se diluer, se métamorphoser, voire se réactualiser. Mais il ne mourra pas tant et aussi longtemps que la France refusera d’admettre l’indépendance et la souveraineté de ces pays et d’effectuer un travail de reconnaissance, d’études, d’information et de déconstruction des structures mentales et institutionnelles racistes ayant motivé son entreprise de domination et permettant encore d’entretenir un certain complexe de supériorité nourri par une bonne partie sa population envers ces pays et leurs ressortissants. Ce travail, pour difficile et complexe qu’il puisse être, a été entamé par d’autres anciennes puissances colonisatrices. En visite à Tripoli en 2008, Silvio Berlusconi a présenté les excuses officielles de son pays pour les torts causés pendant colonisation. Un montant de 5 milliards – une sorte de compensation – avait même été promis sur une durée de 25 ans. La Belgique a solennellement présenté des excuses à la RDC avec la restitution d’une dent en or de Patrice Lumumba. En Grande Bretagne, à la suite d’un long combat judiciaire, en 2013, le gouvernement a indemnisé à hauteur de 23 millions d’euros un total de 5000 victimes Mau-Mau, avant d’inaugurer un mémorial en plein cœur de Nairobi sur lequel est inscrit : « Le gouvernement britannique reconnaît que les Kényans ont été soumis à des actes de torture et d’autres formes de maltraitance de la part de l’administration coloniale». Du côté de l’Allemagne, en mai 2021, le gouvernement, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a reconnu officiellement le génocide des Hereros et des Namas, et par conséquent présenté des excuses. Et le pays s’est même engagé à verser 1,1 milliard d’euros sous forme d’aide au développement à la Namibie sur une période de 30 ans. Pendant ce temps, rien ne semble malheureusement bouger du côté de la France, où l’histoire coloniale du pays reste encore un sujet tabou, brûlant et clivant. Ce qui fait qu’elle n’y est pas étudiée profondément et objectivement dans les programmes scolaires. Elle est même mise entre parenthèses, voire totalement occultée lorsqu’il s’est agi d’écrire le roman national. Comme si elle n’avait pas toujours son importance et ses conséquences dans la société actuelle. Or, comme le rappelle le sociologue et historien anglais, Paul Gilroy : « Il n’y aura pas de paix, de progrès ou de guérison sans examen de ces archives sanglantes que l’Europe préfère oublier. Il n’y a pas qu’en Grande-Bretagne qu’on assistera à un essor du pouvoir du racisme et de l’ultranationalisme, si la tâche de faire face au passé colonial est négligée ou récusée.» C’est certainement ce qui explique que les descendants d’anciens colonisés africains subissent encore en France toutes sortes de discriminations et de racisme liés à la couleur de leur peau, à leurs origines et à l’histoire de leurs parents et/ou grands-parents. Contrairement aux descendants d’anciens immigrés européens, comme les Italiens, les Polonais et les Portugais… qui, au fil du temps, sont parvenus à se fondre dans la population française dite de souche, la couleur de leur peau aidant, nombre d’entre eux – même parmi ceux disposant de la citoyenneté française – sont souvent traités en citoyens de seconde zone. Pendant ce temps, les idées d’extrême droite, souvent brandies par les pourfendeurs de l’immigration postcoloniale, qui n’hésitent pas à agiter l’épouvantail du grand remplacement, progressent de jour en jour dans la société, où la xénophobie, l’islamophobie et la négrophobie… sont non seulement de plus en plus assumées, mais sont en constante augmentation surtout envers cette frange de la population issue de l’immigration (post)coloniale. Cette situation a créé dans le pays ce que Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire… appellent la fracture coloniale dans un livre éponyme. Concept large qu’ils définissent globalement comme étant à la fois la tension et les effets de la postcolonialité. En outre, en France, nombre de personnes dans l’élite politique et intellectuelle pensent encore que leur pays jouit auprès de certaines de ses anciennes colonies de ce que le philosophe canadien, James Tully appelle « un droit impérial ». Foncièrement raciste, celui-ci est défini comme étant le droit que se donne une puissance impériale autoproclamée « civilisée » de prendre en garde et de contrôler des territoires et des ressources de peuples qu’elle juge « non civilisés » et de leur imposer les régimes constitutionnels qu’elle estime appropriés. C’est pourquoi pour cette élite, les anciennes possessions de leur pays en Afrique au Sud du Sahara doivent éternellement rester une chasse gardée, un pré carré à défendre et une réserve de ressources naturelles et de voix à l’ONU. François Mitterrand, à l’instar de la plupart sinon de tous les présidents français de la Ve République ne faisait pas exception à la règle. Bien au contraire, il a été l’un des précurseurs de la Françafrique. Lors d’une escale en République centrafricaine, en décembre 1984, toujours fortement hanté par le complexe de Fachoda, l’ancien ministre de la France d’Outre-mer de René Pleven le fit savoir sans détours au colonel Varret, qui y dirigeait les forces françaises. En effet, après lui avoir demandé ce qu’il pensait de sa politique africaine, et que celui-ci lui eut donné une réponse loin de satisfaire ses attentes, en parlant entre autres de la lutte contre le terrorisme et de l’agression libyenne au Tchad, il la lui clarifia de but en blanc : « Vous n’avez rien compris à ma politique africaine. Pour pouvoir garder, voire renforcer notre place dans le monde, il nous faut cet atout africain. Lors des votes à l’ONU, nos amis africains nous apportent leurs voix au grand dam des Américains. Notre ennemi n’est que marginalement le Libyen, il ne menace pas directement notre pays. Le danger, c’est l’Américain qui cherche à nous supplanter sur notre terrain d’excellence. » Jacques Godfrain, ancien ministre de la Coopération sous Jacques Chirac, ne dit pas autre chose dans son œuvre, dont le titre est pour le moins évocateur : L’Afrique notre avenir : « C’est ainsi : grâce à ce lien avec l’Afrique, la France ne sera ni le Liechtenstein ni même l’Allemagne. Nous sommes un pays à part en Europe. Aux Nations unies, grâce à l’Afrique, nous pesons plus lourd que notre population, notre superficie ou notre produit intérieur brut. L’Afrique est pour nous un levier formidable. Petit pays, avec une petite force, nous pouvons soulever la planète parce que nous sommes en relations d’amitié et d’intimité avec quinze ou vingt pays africains.»  Ces pensées – qui impliquent sinon une domination, du moins une relation asymétrique euphémiquement qualifiée d’amicale – sont en parfaite harmonie avec celle de cette élite politico-intellectuelle, dont certains membres n’hésitent pas à soutenir qu’il faut appuyer tel régime en Afrique, qu’il faut condamner ou combattre tel autre ou restaurer tel dirigeant profrançais déchu, au besoin par la force – le cas du président nigérien déchu, Mohamed Bazoum est frais dans les mémoires -, qu’il ne faut pas perdre tels ou tels pays ou les laisser aux Chinois ou aux Russes, comme si c’étaient encore des possessions françaises ou des objets sans propriétaires dont il faut s’accaparer.

La présence tenace d’un certain impensé colonial au sein de cette élite politico-intellectuelle française fait que les questions relatives à l’histoire coloniale du pays, qui surgissent par moments dans l’espace public, déchainent toutes les passions et font souvent se dresser face à face deux camps inconciliables. D’un côté, ceux qui souhaitent unaggiornamento et demandent une étude critique et objective de cette histoire et réclament parfois même des excuses et des réparations à l’État tricolore pour les nombreux crimes et torts causés à plusieurs peuples pendant la période coloniale ; et de l’autre, ceux qui, ayant la nostalgie d’une certaine grandeur perdue de la France, refusent toute idée de repentance, jugée inimaginable parce que la considérant comme étant de l’autoflagellation, de la haine de soi. D’autant que, pensent ces derniers, la France n’a rien fait de répréhensible dont elle devrait s’excuser. Bien au contraire, son œuvre civilisatrice a été aussi salvatrice que salutaire pour les peuples colonisés. Car elle leur a non seulement permis de sortir des méandres de la sauvagerie dans lesquels ils baignaient, mais leur a aussi donné l’opportunité de bénéficier gratuitement de l’enseignement dispensé dans les écoles construites par les colons et des soins médicaux prodigués par des médecins humanistes. Sans parler d’autres nombreuses infrastructures comme des routes, des ponts, des ports, etc.

Quelques faits, parmi tant d’autres, peuvent montrer la difficulté, voire le malaise que la question de ce passé colonial suscite au sein de la société hexagonale en général. Le 14 décembre 2025, la France s’est abstenue lors du vote d’une résolution des Nations unies pour l’instauration d’une Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et manifestations. Cette posture est d’autant moins étonnante que le pays d’Emmanuel Macron est resté cohérent avec lui-même. Car non seulement il refuse encore de regarder lucidement en face son passé colonial, qui lui pèse si lourdement, mais la Kanaky-Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française figurent toujours sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies  à décoloniser.

Le 17 décembre 2018, le Conseil municipal de Bordeaux avait décidé d’attribuer les noms de deux sentes à Rosa Parks et à Frantz Fanondans le petit écoquartier de Ginko, dans le Nord de l’agglomération bordelaise. La promesse fut tenue pour la militante des droits civiques américains, qui « a eu » sa rue. Ce qui n’a pas été le cas pour l’ancien médecin-chef de l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville. Pour cause : d’anciens Pieds-noirs, des militants du RN (Rassemblement national) et d’autres internautes s’y sont fortement opposés en arguant qu’il avait été très proche du FLN (Front de libération nationale), qui avait mené contre la France une guerre féroce pour l’indépendance de l’Algérie. Quelque controversées que puissent être certaines positions que l’auteur de Peau noire, masques blancs avait pu adopter durant sa courte vie très mouvementée,  il n’en demeure pas moins qu’il avait été décoré de la Croix de guerre par le général Salan pour sa participation courageuse et remarquée aux combats pour la libération de la France du joug allemand pendant le Seconde Guerre mondiale. Rappelant l’épisode du refus d’attribution du nom d’une rue à Frantz Fanon, Adam Shatz, l’un de ses biographes, résume ainsi la perception ambiguë encore réservée en France à l’auteur des Damnés de la terre : « Près de six décennies après la perte d’Algérie, la France n’a toujours pas pardonné la « trahison » de Fanon : une proposition récente visant à donner son nom à une rue à Bordeaux a été rejetée. Peu importe qu’il ait versé son sang pour la France dans sa jeunesse, puis qu’il se soit battu pour l’indépendance algérienne au nom des principes classiquement républicains ; ou encore que ses écrits continuent de faire sens pour de nombreux jeunes citoyens français noirs ou d’origine arabe qui se sentent souvent étrangers dans leur propre pays.» Mais face aux enjeux politiques et devant la pression populaire, Alain Juppé, l’ancien maire de Bordeaux, dut capituler en sursoyant à cette décision. Pour se justifier, il dira plus tard  que : « La dénomination des voies de notre commune doit être l’occasion de rendre hommage à des personnalités qui incarnent des valeurs partagées.» Cette déclaration est d’autant plus discutable – pour ne pas dire hypocrite et mensongère – qu’il existe à Bordeaux des rues portant encore des noms d’anciens négriers.

Lorsque l’œuvre du grand poète, homme politique martiniquais et non moins français, Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, fut inscrite au programme des classes de terminale en 1994, le député Alain Griotteray – un des fondateurs de l’UDF, ancien militaire et farouche partisan de l’Algérie française – interpella François Bayrou, l’alors ministre de l’Éducation nationale, en juillet 1995. Il déplora: «  Qu’une œuvre aussi résolument politique (…) osant comparer nazisme et colonialisme soit inscrite au programme de français de terminale.» Le ministre prit discrètement un décret qui éloigna l’œuvre des programmes scolaires, où elle était censée rester pendant deux ans. À part Le Canard enchaîné, qui a brièvement parlé de la censure, presque aucun autre média français n’en avait fait mention.

Le remous que suscitent les questions relatives au passé colonial de la France et les cafouillages que celles-ci génèrent dans le pays au niveau de certains intellectuels et hommes politiques peuvent se voir même au sommet de l’État tricolore, notamment sous les magistères de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy et récemment d’Emmanuel Macron pour ne citer que ces trois-là parmi les plus récents. Sous la présidence de Jacques Chirac, il a été voté et promulgué la loi no 2005-158 du 23 février 2005 dont l’article 4 (alinéa 2) imposait aux programmes scolaires de reconnaître le rôle positif de la colonisation française. Mais devant la pression populaire, les tensions et les polémiques que cette loi a créées, tant au niveau national qu’international, cette disposition avait dû être abrogée en 2006 par le président de la République. Dans son tristement célèbre discours de Dakar, prononcé dans la capitale sénégalaise, le 26 juillet 2007, pour éviter de condamner l’entreprise coloniale de son pays, qui fut pour le moins désastreuse et macabre, eu égard aux grands nombres de crimes et de dégâts laissés dans son sillage, Nicolas Sarkozy se sentit obligé de jouer à l’équilibriste, d’user de nuances intentionnellement trompeuses en établissant une sorte de discours comptable, dont le but, pour paraphraser Gilles d’Élia, était de mettre les recettes dans une colonne et les dépenses dans une autre pour arriver à un bilan équilibré du côté des colonisateurs et des colonisés en guise de solde de tout de compte. Mais cette posture était d’autant moins étonnante de la part du prédécesseur de François Hollande que, dans son discours du 6 mai 2007, célébrant sa victoire à l’élection présidentielle, il avait très tôt annoncé les couleurs en manifestant sa volonté d’en finir avec «  la repentance » qui, selon lui, n’est qu’« une forme de haine de soi.» Quant au président Emmanuel Macron, il a marqué les esprits par un reniement spectaculaire. En pleine compagne électorale pour la présidentielle de 2017, de passage à Alger, il se montra impitoyable vis-à-vis de la colonisation française en la qualifiant de crime contre l’humanité et de barbarie. Mieux, il alla même jusqu’à parler de la nécessité pour son pays de présenter des excuses aux peuples qui en furent les victimes. Mais, une fois élu, et après avoir essuyé de nombreuses critiques en France, il se ravisa complètement lors d‘un entretien avec Kamel Daoud, en 2023, en affirmant : « Je n’ai pas à demander pardon… »

Les traces de cet impensé colonial et de la nostalgie du temps béni des colonies sont aussi encore présentes dans le comportement de certains éléments de l’armée française en Afrique, ce qui a été même confirmé par un rapport du parlement hexagonal publié en mai 2023, où est indiquée « La persistance d’un univers colonial dans l’esprit de certains militaires français.» Cela s’est aussi entre autres manifesté par la glorification de quelques figures historiques très controversées et par la persistance de certaines pratiques ayant marqué l’histoire coloniale du pays. Ce fut le cas lors de la crise dans le Sahel. En effet, pendant son audition par les députés de l’Assemblée nationale française, le 6 novembre 2019, le chef d’état-major des armées, le général François Lecointre, avoua avec force détails que l’une des références de la stratégie mise en œuvre dans le Sahel est Hubert Lyautey. Il a même reconnu que « la doctrine de la tache d’huile», théorisée par Galliéni, fut mise en œuvre au Mali. Lors de cette audition, le général n’hésita pas de parler de zones à pacifier, expression d’autant plus blessante qu’elle fait ressurgir les souvenirs de très douloureux évènements dans l’esprit de beaucoup de personnes dans plusieurs anciennes colonies françaises sur le continent africain et ailleurs dans le monde. De plus, le maréchal Hubert Lyautey représente une figure très controversée de l’histoire coloniale hexagonale. Car non seulement son nom est associé aux répressions violentes des mouvements de résistance en Indochine, à Madagascar et en Algérie, mais il avait aussi administré le Maroc, où il a laissé de très mauvais souvenirs au sein des populations. En outre, il fut le commissaire général de l’exposition coloniale de Paris de 1931. Dès lors, rien que pour ses positions racistes et colonialistes et pour son passé chargé de crimes, il ne semble pas être ce parangon de vertu dont des soldats devraient s’inspirer. D’autant que certaines de ses idées néfastes peuvent très fortement déteindre sur eux. Mais cela ne semble pas très important chez nombre de gradés tricolores, qui l’ont pris pour modèle. Ce qui fait que, dans la préface d’une réédition de son célèbre article: « Le rôle social de l’officier », le général Bentégeat, dont « la photo du maréchal orne le bureau », parle d’un modèle à suivre. En 2019, un dossier, dont le titre est « L’actualité de Lyautey », lui est même consacré dans la Revue militaire générale, laquelle est éditée par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC), qui est un département du ministère des Armées. Le général Pascal Facon, directeur de ce centre, à cette époque, qui prendra plus tard le commandement de l’opération Barkhane, parle dans son éditorial d’un « Maréchal de France, qui continue à inspirer les chefs militaires et ceux qui ont la lourde tâche de les aider à décider.»  En sus, l’africaniste d’extrême droite, Bernard Lugan – « conseiller Afrique » d’Éric Zemmour lors de l’élection présidentielle française de 2022, véritable nostalgique du temps béni des colonies, qui a une vision racialiste du continent noir – fait office de maître-penseur et de référence pour nombre d’officiers de l’armée tricolore, en particulier dans les troupes de marine. Citant le journaliste Rémi Carayol, Raphaël Granvaud rapporte que : « Lorsqu’il commandait l’opération Barkhane entre juillet 2018 et juillet 2019, le général Blachon avait  pris l’habitude, au quartier général de N’Djaména, d’imprimer en plusieurs exemplaires (L’Afrique réelle), publication mensuelle de Lugan), de la distribuer à son équipe et même de s’en servir pour animer les briefings.»

En définitive, la présence tenace d’un impensé colonial, la nostalgie d’une certaine grandeur réelle ou fantasmée perdue, le refus obstiné de jeter un regard objectif sur certains évènements historiques, de les étudier froidement, l’importante avancée des idées d’extrême droite dans la société hexagonale, le refus de toute idée de repentance, considérée comme un aveu de faiblesse et la persistance de certains hommes politiques tricolores à vouloir faire l’histoire à la place des spécialistes… rendent la résolution de la question relative au passé colonial français encore plus difficile, sinon aporétique. Or, en refusant de jeter un regard critique sur ce passé ou en le glorifiant, la France continueracertainement sa politique (françafricaine) de domination condescendante, paternaliste et raciste envers plusieurs de ses anciennes colonies en Afrique au Sud du Sahara : les deux sont liés. Et les pays qui tenteront de se défaire de son étreinte, comme ceux de l’AES, pourraient être exposés de sa part à toutes sortes de pressions et de tentatives de déstabilisation. Frantz Fanon disait que : « L’histoire montre que nulle nation colonialiste n’accepte de se retirer sans que toutes ses possibilités de maintien n’aient été épuisées.» Cette remarque est aussi valable pour les puissances néocoloniales, notamment pour la France, qui s’accroche à ses anciennes colonies en Afrique au Sud du Sahara tel un naufragé à sa bouée de sauvetage. Mais les temps ont changé. Et non seulement elle n’a plus les moyens de ses ambitions, mais pour ces pays il existe un contexte international plus favorable au multilatéralisme, et partant à de nouvelles alliances. De plus, les moyens de communications sont devenus plus accessibles, les populations africaines sont de plus en plus conscientisées, informées et préoccupées par ce qui se passe dans leurs pays, et il y a un vent de luttes pour les « secondes indépendances » qui souffle sur le continent.

BOSSE NDOYE

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