Politique

la fuite d’enregistrements impliquant une agence étrangère pousse le Premier ministre à alerter l’Europe.

Les électeurs slovènes se rendent aux urnes ce dimanche pour un scrutin particulièrement serré opposant l’actuel Premier ministre Robert Golob à l’ancien chef du gouvernement de droite, Janez Jansa. Si les sondages n’indiquent aucun vainqueur clair entre le Mouvement pour la liberté (GS) et le Parti démocratique slovène (SDS), la fin de la campagne s’est soudainement déplacée sur le terrain géopolitique suite à des révélations visant les processus démocratiques du pays.

Quelques jours avant le vote, une série de conversations secrètement enregistrées ont été mises en ligne. Les documents présentent un lobbyiste slovène, un avocat, un ancien ministre et un chef d’entreprise discutant des moyens d’influencer les décideurs de l’actuelle coalition gouvernementale afin d’accélérer les procédures et d’obtenir des contrats.

Selon les informations rapportées par la chaîne Al Jazeera, ces fuites s’inscrivent dans une affaire plus vaste. Un rapport conjoint de l’Institut du 8 Mars, une organisation non gouvernementale, et de journalistes d’investigation indique que des représentants de la société de renseignement privée israélienne Black Cube se sont rendus en Slovénie en décembre. Ces agents se seraient rendus au siège de Janez Jansa dans les semaines précédant la diffusion des enregistrements.

L’Agence slovène de renseignement et de sécurité a officiellement confirmé mercredi la présence de membres du Black Cube sur le territoire national. Vojko Volk, secrétaire d’État à la Sécurité nationale et internationale, a précisé que “selon les informations disponibles à ce jour, des représentants de Black Cube se sont rendus en Slovénie quatre fois au cours des six derniers mois”. Le directeur de l’agence a également présenté un rapport suggérant que ces opérations d’ingérence étaient sponsorisées par des acteurs internes au pays.

Cette situation a conduit à une mobilisation au sommet de l’État. Le Premier ministre Robert Golob a envoyé jeudi une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour partager “des informations alarmantes concernant ce qui semble constituer un cas grave de manipulation de l’information et d’ingérence étrangère”. Une démarche soutenue par le président français Emmanuel Macron, qui a déclaré à la presse que le dirigeant slovène « a été victime d’une ingérence manifeste » de « pays tiers ».

L’implication d’une agence israélienne dans le paysage politique slovène s’articule autour d’un clivage diplomatique majeur entre les deux candidats. Le gouvernement de Robert Golob s’est distingué par ses positions fermes face aux opérations militaires israéliennes à Gaza. En mai 2024, la Slovénie a officiellement reconnu l’État de Palestine. Le pays a également interdit aux ministres israéliens Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich d’entrer sur son territoire, a interdit tout commerce d’armes avec Israël et a soutenu la juge slovène de la Cour pénale internationale (CPI) Beti Hohler après qu’elle ait été la cible de sanctions américaines.

À l’inverse, Janez Jansa affiche un strict alignement sur la politique israélienne. Proche allié du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l’ancien chef du gouvernement a fermement condamné la reconnaissance de l’Etat palestinien par Ljubljana, une décision que son parti a assimilée à un “soutien à l’organisation terroriste Hamas”. Concernant le dossier des écoutes téléphoniques, Janez Jansa a reconnu avoir rencontré un représentant de Black Cube, tout en rejetant toute implication dans des actes illégaux.

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