Société, Culture

La lutte contre le VIH en péril

Les centres de dépistage et de prise en charge du VIH se vident depuis l’annonce du durcissement des peines contre l’homosexualité par le Premier ministre Ousmane Sonko et l’éclatement d’une affaire très médiatisée d’arrestations. Les acteurs de la santé publique craignent une recrudescence des contaminations.

L’hôpital Fann, l’un des principaux centres hospitaliers du pays, constate une chute brutale de la fréquentation, rapporte TV5 Monde dans un reportage diffusé récemment. Selon le docteur Rassoul Diouf, responsable de la prise en charge des patients depuis 2021, seuls deux patients se sont présentés le jour du tournage, contre 15 à 20 habituellement. “En temps normal, nous avons les patients qui viennent. Il est 13h et il ya personne”, constate-t-il auprès de TV5 Monde.

Parmi ceux qui osent encore venir renouveler leur traitement antirétroviral, certains dissimulent leur visage sous une cagoule ou une capuche, indique la chaîne de télévision. “Les convocations pour les rendez-vous se passent difficilement. On les appelle mais il ya des réticences, il ya des peurs, il ya des craintes. Peur d’être arrêté surtout, et aussi d’être stigmatisé”, explique le spécialiste à TV5 Monde.

Cette crise intervient après l’annonce par Ousmane Sonko d’un durcissement des peines réprimant l’homosexualité, passant de 5 à 10 ans de prison. Parallèlement, une trentaine de personnes ont été arrêtées et accusées d’homosexualité et de transmission volontaire du VIH dans une affaire qui fait la une des quotidiens depuis plus de deux semaines.

Un acquis sanitaire menacé

Le Conseil national de lutte contre le sida dénonce auprès de TV5 Monde une triple violation : “Sur le plan éthique, ce n’est pas normal, mais même sur le plan légal, je pense que le VIH à la chance d’être encadré par une loi qui interdit la du statut des gens”, déclare un responsable de l’organisme. Les noms et statuts sérologiques des personnes interpellées ont été rendus publics dans les journaux, en violation du secret médical, du secret de l’instruction et de la loi contre le VIH.

“Nous ne savons pas comment, par quel procédé des résultats de personnes, surtout de personnalités, se sont retrouvés sur la place publique”, s’indigne-t-il dans le reportage.

Les acteurs de la lutte contre le sida déplorent également une confusion dans la population autour des modes de transmission du virus, alimentée par la désinformation, note TV5 Monde. Le Sénégal a pourtant longtemps été cité en exemple dans la lutte contre le VIH, avec un accès précoce au traitement dès la fin des années 90.

“Au moment où beaucoup de pays au début de l’épidémie avaient refusé de reconnaître que le VIH existait, le Sénégal a dit non seulement le VIH existe, mais moi je vais le traiter”, rappelle un expert sollicité par TV5 Monde.

Le risque sanitaire est majeur : “Quand on prend le traitement, on est indétectable et on ne peut pas transmettre le virus. Mais si aujourd’hui ces personnes arrêtent le traitement par peur de stigmatisation, le risque c’est qu’à court terme il y ait de nouvelles transmissions et donc une augmentation de la prévalence du VIH”, avertit-il.

Aujourd’hui, le taux de prévalence du VIH au Sénégal est estimé à 0,3%, l’un des plus bas de la région, selon les données citées par TV5 Monde.

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