Politique

la stratégie narrative commune adoptée par Washington et Tel-Aviv pour justifier l’escalade

Alors que le conflit armé au Moyen-Orient entre dans son cinquième jour, les hostilités sur le terrain s’accompagnent d’un changement sémantique notable. Au-delà des questions géopolitiques classiques, les responsables américains et israéliens mobilisent un vocabulaire spécifique pour décrire la campagne militaire en cours contre l’Iran, suscitant de vives réactions au sein des organisations de défense des droits civiques.

Les opérations ont débuté samedi par des frappes conjointes des États-Unis et d’Israël sur le territoire iranien. En représailles, Téhéran a ciblé des positions en Israël ainsi que des intérêts militaires américains à Bahreïn, en Arabie Saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Irak et à Chypre, maintenant le Golfe sous la menace constante de frappes.

Dans ce contexte de haute tension, la rhétorique utilisée pour justifier les opérations prend une dimension théologique. La Military Religious Freedom Foundation (MRFF), un organisme de surveillance américain, a reçu plusieurs rapports internes. Selon un sous-officier qui a requis l’anonymat, un commandant a exhorté ses officiers à expliquer aux troupes que cette guerre faisait partie d’un « plan divin ». Les instructions faisaient explicitement référence au Livre de l’Apocalypse, parlant d’Harmaguédon et du retour imminent de Jésus-Christ. L’officier ajoute que la hiérarchie a présenté le président Donald Trump comme ayant été désigné pour déclencher cet événement en Iran.

Cette terminologie se retrouve également dans les déclarations publiques des hauts fonctionnaires. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a qualifié les dirigeants iraniens de « fanatiques religieux fous », tandis que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a parlé de « régimes fous déterminés à s’appuyer sur des illusions prophétiques islamiques ». Pour sa part, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a déclaré qu’il serait acceptable qu’Israël prenne le contrôle de l’ensemble du Moyen-Orient, citant une promesse biblique.

En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a mobilisé la Torah dimanche dernier, comparant l’Iran aux Amalécites, un ancien ennemi biblique représentant le mal absolu dans la tradition juive.

Ces discours ont provoqué une réaction de la part du Conseil sur les relations américano-islamiques (CAIR). L’organisation a fermement condamné cette rhétorique, la qualifiant de dangereuse et anti-musulmane. Dans un communiqué, le CAIR dénonce l’utilisation de l’histoire biblique pour justifier l’escalade militaire, soulignant que les références aux « illusions prophétiques » visent directement les croyances chiites sur la fin des temps.

Selon les analyses recueillies par Al Jazeera, cette stratégie narrative répond à des objectifs précis. Ibrahim Abusharif, professeur agrégé à l’université Northwestern au Qatar, explique que ce vocabulaire vise à mobiliser l’opinion publique nationale, en particulier l’électorat évangélique et sioniste chrétien aux États-Unis. En transformant une confrontation géopolitique en un drame moral entre le bien et le mal, les dirigeants simplifient les enjeux pour le grand public.

Or, Jolyon Mitchell, professeur à l’université de Durham, précise à Al Jazeera que l’enrôlement de la religion dans ce conflit a des conséquences directes sur le terrain diplomatique. L’utilisation de termes sacrés pour décrire l’adversaire radicalise les positions, rendant la consolidation de la paix et les compromis politiques beaucoup plus complexes à mettre en œuvre.

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