Société, Culture

La théologie explique le monde sous nos yeux

La théologie est le discours rationnel sur Dieu, les textes sacrés et la foi sous le prisme duquel s’effectue une analyse du monde – le nôtre pour simplifier – et des interactions entre les éléments qui le composent et des lois qui les régissent. Dans son œuvre philosophique, Souleymane Bachir Diagne défend une thèse – lire notre antithèse dans les colonnes de ce portail – dont l’européocentrisme est irréfutable. « En Europe, laissez-t-il entendre, on observe que la grande question des sciences est une question qui se joue entre la théologie et la philosophie. Est-ce que c’est la philosophie qui est servante de la théologie ou est-ce que c’est la théologie qui est servante de la philosophie ? » En enfermant ensuite le monde islamique dans « l’art des précédents » – la jurisprudence pour tout dire – qui « [ramène] ce qui advient à des précédents » bien connus, le philosophe de la « pétrification de la pensée rationnelle et critique en terre d’Islam » conclut que « d’un autre côté ce que l’on a c’est une discussion sur des disciplines qui sont toutes les deux des disciplines qui mettent en œuvre l’argumentation rationnelle, la discussion, la disputation (…) qui devient le principe autour duquel s’organisent les universités et à partir de là on peut considérer qu’on a un essor des universités dans le monde européen qui n’a pas d’équivalent dans le monde de l’islam ». Notre adhésion écrite à l’autre thèse de Diagne – « De langue à langue : l’hospitalité de la traduction » – n’a malheureusement pas suffi à dissiper l’inimitié du philosophe à notre respect. C’est cela l’un des travers de nos aînés en écriture qui ne retiennent des cadets que la faculté à les applaudir sans rien vouloir d’autre. Le pays pâtit bien sûr de ce type de tutorat !

Bref, dès après la création de l’Être humain, Dieu, le Créateur, ordonne à neuf entités distinctes de déléguer leurs pouvoirs à la créature dont le projet de création est antérieur à tous les autres projets. Le savant soufi, théologien, philosophe, poète, écrivain et conférencier, le Sénégalais Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum (1926-2026) dont nous sommes dans le Centenaire de la naissance dit de la décision de Dieu, qui est d’avoir réalisé son tout premier projet – celui de la création de l’Homme – après tous les autres, qu’elle est le moyen de s’assurer que tout ce qui a été créé avant l’Homme sert de témoin.

Quelles sont les neuf entités à avoir transmis leurs pouvoirs à l’Homme ? Il s’agit de l’Âme, l’Ego, la Passion, la Raison, la Conscience, la Mémoire, l’Intellect, la Logique et le Travail.

Quand elle n’évolue pas seule, une entité peut être appariée pour ancienne, avec une autre, une paire désirable ou stratégique.

Au nombre de trois, les apparences les plus étudiées sont celui de l’Ego et de la Passion, celui de la Conscience et de la Mémoire et celui de l’Intellect et de la Logique.

Lorsque l’Ego et la Passion ne font plus qu’une entité par un mélange détonnant, l’individu – peu importe qu’il soit engagé en politique ou pas – est en proie à un dérèglement qui le pousse à tous les excès dans ses paroles et ses actes.

L’association adéquate de la Mémoire et de la Conscience chez l’individu – peu importe qu’il soit engagé en politique ou pas – conduit au respect des engagements pris. Lorsque la Conscience et la mémoire ne coopèrent plus, l’individu – peu importe qu’il soit engagé en politique ou pas – ne respecte pas ses engagements.

L’individu – peu importe qu’il soit engagé en politique ou pas – dont l’Intellect et la Logique s’entrelacent au souci de la forme dans les paroles et les actes. La personne – peu importe qu’elle soit engagée en politique ou pas – dont l’Intellect et la Logique ne sont pas associés parle et agit comme bon lui semble en se dédouanant de la forme adéquatement attendue d’elle dans ses paroles et ses actes.

Tout repose alors sur le bon ou le mauvais apparence.

Quid de l’Âme, de la Raison et du Travail ?

L’Âme veille – peu importe que l’on soit engagé en politique ou pas – au maintien en chacun de nous des valeurs telles qu’elles nous sont parvenues des Prophètes et des autres serviteurs de Dieu dont les parents et les enseignants compétents car – il faut le dire – tous les enseignants ne le sont pas.

La Raison s’interpose, elle, entre chacun de nous et les mauvaises tentations du fait de la floraison des tendances du moment. Les tendances font tendance, renvoyant à la mode pas seulement vestimentaire. Comportementale aussi !

Les tendances mentionnées sont à l’origine des systèmes religieux, politique, économique, financier, etc., en proie à la critique des spécialistes des sciences exactes, des sciences appliquées, des sciences sociales, de la planification et de la prise de décisions à tous les niveaux – élevés ou moins élevés – où les décisions se prennent.

Sous l’entreprise des systèmes – peu importe que l’on soit engagé en politique ou pas – chaque individu, dépendant du niveau où il se situe dans un système donné, se considère comme plus intelligent que tous les autres avec lesquels il est en contact ou pas dans le système.

Le Travail (libérateur) est chez l’individu – peu importe qu’il soit engagé en politique ou pas – le seul moyen d’engranger les résultats de l’action. Il n’est nullement surprenant que l’absence de travail coïncide avec le non-respect des engagements pris. Autrement dit, l’appariement adéquat de la Conscience et de la Mémoire n’est réalisable que chez le sujet dont le goût du travail est prononcé.

De l’Occident

L’approfondissement de l’analyse théologique, basé sur les appareils, et/ou sur les entités isolées a conduit à une explication des caractéristiques morales, éthiques, intellectuelles, politiques et militaires des sociétés occidentales et des relations internationales dont les sociétés s’autoproclament les maîtres qui ne tolèrent aucune contestation ne pouvant émaner que de groupes humains inférieurs aux groupes dominants occidentaux. Cette démence a coûté la vie à 6 millions de Juifs dont le seul tort a été d’exister. L’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis parle de la consommation des valeurs européennes où ce qu’il en restait, à ce moment précis, dans la fumée des crématoires.

Partant de ce qui est écrit plus haut, l’Ego et la Passion chez Donald Trump et Benjamin Netanyahu ne font qu’une entité en ébullition permanente. Un orage gronde dans les crânes des deux hommes. Les pulsions meurtrières en chacun d’eux ne s’arrêteront jamais. Ils sont tous les deux ainsi non pas parce qu’ils sont engagés en politique. Ils subirent tous les deux du dérèglement qui fait qu’ils s’apparentent contre la volonté des peuples américain et israélien pour réaliser leur projet commun de marcher main dans la main sur les ruines d’un monde totalement anéanti. L’Orient, civilisé et raffiné, exaspère les deux hommes déchaînés. C’est alors par là qu’ils commencent. Ils ont tué le théologien Ali Khamenei (1939-2026) – le patriarche âgé de 87 ans – et sont apparus à la télévision pour le dire, heureux d’avoir tué un jeûneur en plein Ramadan. Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores – tous les deux déportés – attendent, eux, d’être jugés sur le sol américain. Hallucinant !

Bien sûr, les appareils nous ont permis de nous faire notre opinion sur les hommes politiques sénégalais dont Macky Sall, une vie pour les privilèges et pour ceux prodigués aux moins méritants qu’il chérit tant. Que pourra-t-il contre Trump et Netanyahu que n’a pas pu faire Guterres avec les deux alliés pour la terreur ? Une chose est sûre : Macky Sall est opposé à la Révolution qui n’est rien d’autre que la rencontre opportune de la légitime aspiration d’au moins 191 membres sur 193 de l’Assemblée générale des Nations unies à un monde meilleur sans guerre avec une grande idée débattue par les élites aux quatre coins de la Terre. Macky dit se contenter d’une « évolution » dont la logique impériale trace déjà, sous nos yeux, les contours apocalyptiques. À New York pour pas grand-chose ! Le texte médiocre qu’il dit être sa vision lui correspond tout seul. Il n’invoque aucune réforme fondamentale de peur de déplier à trois des membres (États-Unis, Grande Bretagne, France) du Conseil de sécurité dont on connaît les désaccords profonds avec les deux autres membres permanents (Chine et Russie) avec droit de veto.

Créationnisme ou évolutionnisme ?

Notre raisonnement est évidemment celui des figures créationnistes qu’il ne nous semble pas intelligent d’opposer aux figures évolutionnistes et pour cause.

Dans un domaine déterminé, comme, par exemple, celui des espèces animales et végétales, les doctrines ou théories sur le domaine finissent par converger en un point ou en plusieurs points. Cette théorie de la convergence suppose l’isolement des théories sur le domaine concerné, chaque théorie poursuivant son chemin sans contact avec une autre sur le même domaine d’étude et/ou de recherche. En regardant dans l’autre théorie sur le même domaine, une théorie perd son autonomie première au profit de la doctrine concurrente. Lorsqu’elle ne s’arrête pas, cette perte d’autonomie peut aboutir à l’abandon pur et simple de la théorie dépendante. L’étanchéité des cloisons à l’intérieur résultant se développe des théories sur un domaine donné est le meilleur moyen de voir surgir une ou plusieurs convergences entre elles si elles existent vraiment.

Dans le cas des théories créationnistes et évolutionnistes sur les espèces animales et végétales, un des points de convergence est le moment où l’Homme est apparu. Les savants et théologiens musulmans – tous créationnistes – nous ont appris que l’Homme est créé par Dieu après que toutes les autres espèces animales l’ont été. Pour les évolutionnistes, les humains sont apparus au terme de la longue évolution des autres espèces animales. Le point de convergence des créationnistes et des évolutionnistes sur l’apparition de l’Homme après celle des autres espèces animales montre qu’un temps s’est écoulé entre les deux apparitions. L’évolutionnisme, postérieur au créationnisme, ne serait donc qu’une confirmation de celui-ci par les moyens qui lui sont propres du fait de l’isolement d’où naissent les points de convergence entre doctrines ou théories dans un domaine précis. Créationnisme et évolutionnisme ne faisant qu’une et même théorie, d’après ce raisonnement, toute analyse sur ce que l’on appelle « antisystème », opposé aux systèmes – car il y en une pléthore – devient plus aisée. Nous l’avons fait au chapitre 4 de notre opuscule de 128 pages intitulé Migrer comme le poisson (L’Harmattan Sénégal & Éditions Universitaires Européennes, Dakar et Londres, Février 2023). Notre lettre ouverte au président Faye et à l’Union européenne sur l’état des pêches au Sénégal corrélé à la vague migratoire qui endeuille la Nation depuis plus d’un quart de siècle.

Référence principale :

Al Maktoum (Conférences, 1980-2010)

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