L’Afrique, autre théâtre de la guerre entre la Russie et l’Ukraine

En acceptant une présence ukrainienne sur le territoire libyen à l’ouest du pays, le gouvernement d’Abdel Hamid Dbeibah cherche-t-il à contrer les effets de la présence de mercenaires russes chez son rival du camp de l’Est libyen, dirigé par le maréchal Khalifa Haftar ?
La présence des premiers éléments russes en Libye remonte à 2016. Or, Tripoli cherche également à établir un équilibre des forces avec les autorités de l’Est, dans un pays divisé où deux pôles se disputent le pouvoir.
La coopération militaire, les formations et les ventes d’armes, ainsi que des investissements dans le secteur pétrolier, font partie de cette entente entre Kiev et Tripoli, selon nos sources libyennes.
Tête de pont
Par ailleurs, la Russie et l’Ukraine utilisent la Libye comme tête de pont de leur présence ailleurs en Afrique.
Tout récemment, le ministère russe des Affaires étrangères a accusé le Premier ministre libyen et l’Ukraine de soutenir, avec l’aide directe de renseignements britanniques, des groupes armés au Sahel.
Une source diplomatique africaine a rapporté à RFI des propositions qu’elle dit tenir d’un responsable du Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement armé présent au Mali : « Nous avons envoyé des jeunes se faire anciens en Ukraine sur les techniques de maniement de drones. »
Le fait d’élargir les zones d’affrontements en Libye et ailleurs en Afrique présente une volonté ukrainienne claire de contrer une Russie bien soutenue, depuis quelques années, sur le continent, militairement et économiquement.
Sahel
L’automne dernier, la porte-parole des Affaires étrangères russes Maria Zakharova a déclaré que les autorités ukrainiennes fournissaient des armes et entraînaient « les terroristes en Afrique, surtout au Mali ». Durant le même mois, Vassili Nebenzia, le représentant russe auprès des Nations unies, a affirmé que « les autorités ukrainiennes soutiennent les terroristes, surtout au Sahel ».
De son côté, l’Ukraine a reconnu après coup avoir apporté une aide en termes de renseignements lors de la lourde défaite infligée par le FLA à l’armée malienne et ses supplétifs russes, en juillet 2024 à Tinzaouatène. Il s’agissait, selon le journal Le Monde, d’un « appui discret mais déterminant de Kiev » qui indique que l’usage de ces drones « n’est plus un mystère ».
Début août 2024, le Mali a coupé ses relations diplomatiques avec Kiev, accusant l’Ukraine d’avoir joué un rôle déterminant dans la défaite de l’armée malienne au nord du pays.
Toujours sur le front militaire, mais plus à l’ouest en Afrique, le 27 novembre 2025, une attaque a visé un pétrole qui mouillait à 19 km des côtes sénégalaises, dans l’Atlantique. Ce navire, le Mersin, était parti de Taman, un port situé près du détroit de Kertch, qui sépare la Russie continentale de la Crimée. Propriété de la société turque de transport Besiktas Shipping, il a été fortement endommagé.
L’eau avait recouvert la salle de machines et des moteurs, ce qui a immobilisé le pétrolier. Parmi les études étudiées par les autorités sénégalaises, une attaque orchestrée par l’Ukraine. Aujourd’hui, des experts militaires estiment qu’il s’agissait plutôt d’un drone marin ukrainien et non pas d’explosifs posés à la main.


