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L’Afrique défie l’Église d’Angleterre | SènePlus

(SénéPlus)Le Monde sous la plume de la journaliste Sarah Belouezzane rapporte le 12 mars qu’une rupture historique s’est jouée une semaine plus tôt à Abuja avec l’annonce de la création d’un Conseil anglican mondial par le réseau conservateur Gafcon. Cette décision définit directement l’autorité de l’Église d’Angleterre en transférant l’obédience des fidèles vers ce nouveau conseil dirigé par l’archevêque rwandais Laurent Mbanda. Cet événement majeur a réuni 347 évêques sur 650 et 27 provinces ecclésiastiques sur 42, marquant un tournant décisif vers la scission selon les chiffres du quotidien français.​

Cette fronde africaine a été avancée par la nomination en octobre 2025 de Sarah Mullally, une ancienne infirmière britannique de 63 ans, comme première femme archevêque de Canterbury. Dès sa prise de fonction en janvier, cette décision a été qualifiée de « dévastatrice » par l’archevêque nigérian Henry Ndukuba, rapporte Le Monde. Le porte-parole du Gafcon, Justin Murff, a justifié ce rejet en affirmant à la source que « la majorité de la communion anglicane continue de croire que la Bible exige un épiscopat exclusivement masculin ».

La crise actuelle s’inscrit dans un mouvement de contestation amoureuse dès 2008, lors de la création du Gafcon à Jérusalem en réaction aux dérives doctrinales perçues au sein de la communion. Née en 1534 de la volonté du roi Henri VIII de divorcer de Catherine d’Aragon, la religion anglicane s’est mondialisée avec l’Empire britannique, mais voit aujourd’hui ses anciennes colonies rejeter son libéralisme. Selon le journaliste, les crispations se sont accumulées autour de l’ordination des femmes actées en 1992, puis de la bénédiction des couples homosexuels.

Écritures contre la culture contemporaine

Pour les dirigeants conservateurs, le conflit dépasse largement la question du genre ou de la sexualité pour toucher à l’essence même de la foi chrétienne. Justin Murff reprend l’enjeu dans les colonnes du Monde en demandant « si ce sont les Ecritures ou la culture contemporaine qui régissent la vie de cette Eglise ». La nouvelle archevêque, féministe assumée qui défend la bénédiction des couples homosexuels, incarne pour eux une ligne révisionniste lointaine de l’orthodoxie biblique.

Le poids de cette rébellion repose sur une réalité arithmétique incontournable : sur les 100 millions d’anglicans dans le monde, 63,5 millions vivent en Afrique, selon Sarah Belouezzane. Ce dynamisme contraste fortement avec l’érosion du nombre de fidèles en Occident, déplaçant inexorablement le centre de gravité spirituelle vers les pays du Sud. Dans ces régions, la volonté de s’affranchir des diktats occidentaux renforce l’attachement aux valeurs traditionnelles perçues comme plus authentiques.

Malgré l’ampleur de la rupture, les dissidents n’ont pas encore proclamé un schisme total, comme le souligne l’historienne Pauline Piettre, entourée par Le Monde. Les membres du Gafcon « ne parlent pas eux-mêmes de schisme » et ne revendiquent pas l’autorité absolue de leur nouveau dirigeant sur l’ensemble de l’anglicanisme. L’Église d’Angleterre se contente pour l’instant d’appeler à l’unité face à ce que Pauline Piettre décrit comme une « fracture civilisationnelle », où les conservateurs estiment que « l’Occident leur impose ses valeurs ».

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